Extrospection

Un titre générique pour caser et partager mes passions, mes créations. Cinéma, musica, dessin et bouquins sont de la partie. Bref, les bouts de cervelle qui animent le specimen ÉLias_

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Mercredi 3 octobre 2007
« La vie humaine — ah ! La vie en elle-même — est poésie. Inconscients, nous la vivons, jour après jour, étape par étape, — mais dans son intangible unité, elle vit, elle nous fait poésie. Loin, bien loin de l'ancienne formule : "faire de sa vie une oeuvre d'art", nous ne sommes pas notre oeuvre d'art. »
Lou Andreas-Salomé, Mon remerciement à Freud




Lou Andreas-Salomé, Ma vie
Hélas pour moi, je crois n'avoir rien lu de Lou. Ce qui fait que son autobiographie n'a pas été évidente à aborder. L'auteur s'adonne en effet à l'exercice des mémoires selon une méthode assez peu conventionnelle, car thématique et non chronologique. Elle reconstitue son parcours en creux, laissant nombre de choses dans l'ombre, évoquant des figures du passé qui sont aujourd'hui un peu oubliées. Le fil n'est donc pas toujours facile à suivre. Cependant, cette approche par le sensible et par l'esprit donne lieu à de très jolies pages, qui ouvrent souvent à la réflexion. On y découvre une femme libre, qui voyage beaucoup, qui s'efforce de rester fidèle à certaines valeurs, à certaines passions, à ce qu'on pourrait appeler la poésie de l'existence. L.A.-S. aborde avec une grande intelligence des notions aussi essentielles que le sens de la spiritualité, l'amitié et l'amour. Elle évoque bien sûr aussi son attachement à la terre russe, ainsi que les grands noms qu'elle a fait plus que croiser (Nietzsche, Freud). Son témoignage prend parfois la forme d'une analyse critique, qui s'avère d'autant plus précieuse qu'elle vient de quelqu'un qui a assisté au développement des oeuvres et des pensées de ces hommes. Autre force de cette construction, Salomé semble laisser à l'arrière-plan son mari, l'évoquant à peine, ce qui n'a pas cessé de m'interroger. Elle garde en fait pour les dernières pages le moment de parler enfin de lui, et le portrait plein de dignité qu'elle en trace alors suscite une émotion inattendue. Mais les plus beaux passages sont sans doute ceux consacrés à Rilke, qui laissent entrevoir une compréhension assez unique entre deux êtres, entre deux âmes, bien au-delà du "simple" rapport amoureux. Une lecture pas indispensable, donc, mais qui donne tout de même matière à puiser.




Jules Roy, La Vallée heureuse
La vallée heureuse, c'est la vallée de la Ruhr, ravagée nuit après nuit par les bombardiers de la R.A.F. pendant la Seconde guerre mondiale. Roy s'inspire évidemment de sa propre expérience de pilote, encore bien vivace (le livre paraît en 1946). Avec une humilité assez touchante, il rend compte de la dure réalité de ces missions où les hommes trouvent le temps de s'interroger sur la valeur de l'existence, espérant à chaque fois que leur nombre leur permettra par un atroce jeu de pourcentage de passer à travers les tirs de la D.C.A. et des chasseurs ennemis, parfaitement conscients qu'ils bombardent non seulement des objectifs militaires mais aussi des civils, parfois même leur propres concitoyens. L'auteur n'abuse jamais du pathos, ne sombre ni dans la mièvrerie ou dans les clichés du soldat tourmenté. Il nous hisse simplement à hauteur d'homme, dans une communauté qui a ses codes, qui sait éventuellement faire preuve de solidarité sans non plus perdre de vue certaines distinctions de classe. Une vraie oeuvre de poète, dont l'intérêt dépasse le seul témoignage historique.




Ernesto Guevara, Voyage à motocyclette
Pour ceux qui, comme moi, apprécient les récits de voyage, voilà un très beau texte, dénué d'artifices comme de prétention, rédigé par Guevara à l'occasion d'une traversée du continent sud-américain en 1952. Il s'agit vraiment la plupart du temps de simples notes. Je ne pense pas que le Che écrivait en ayant en tête une possible publication. On a davantage affaire à un récit proche du journal intime, privilégiant l'anecdote au jour le jour et affranchi de toute exigence narrative. On n'y trouvera par exemple aucun dialogue. Il y a un côté très picaresque dans l'odyssée de ces deux routards qui avalent des kilomètres à moto, en stop, à pied ou en bateau, se débrouillant comme ils peuvent pour dormir et se nourrir, nous offrant au fil des étapes des considérations tantôt touristiques, tantôt sociologiques sur les différents pays traversés, où consciences du passé, du présent et de l'avenir se mêlent. Entre deux crises d'asthmes, entre deux arrêts dans des léproseries, Guevara trace un portrait saisissant de l'Amérique latine, de la réalité du métissage des peuples, et d'une possible évolution de la situation politique qui pourrait éventuellement trouver sa voie dans une révolution. Ceci n'est qu'esquissé, mais rétrospectivement cette intuition prend évidemment un poids tout à fait étonnant.




Klaus Kinski, Crever pour vivre
Éprouvante autobiographie de ce grand acteur qui confirme ici — par son récit comme par son écriture — qu'il est véritablement fou. Mais la folie n'est-elle pas qu'une vue de l'esprit, une notion relative ? Voilà le genre de questions que ces pages pleines de fièvre nous amènent à nous poser. De son enfance miséreuse à Berlin jusqu'à son départ pour l'Amazonie à l'occasion du tournage d'Aguirre, Kinski enchaîne les anecdotes bien scabreuses, fait le portrait d'un monde qui le débecte et qui ne le comprend pas, expose sans honte ses frasques. Arrivé à l'âge adulte, le bouquin devient malheureusement un peu lassant, dans le sens où il finit par ne parler que de baise (j'ai bien dit "baise"). Comme l'écrit l'auteur : « Je n'ai jamais oublié une femme, ou une gamine, avec qui j'ai baisé. » S'il ne s'y donne pas pour autant le beau rôle, il tient à en rendre scrupuleusement compte. Sans exagérer, j'en suis ressorti avec l'impression qu'il "baisait" à peu près deux fois par pages, et pas forcément avec la même personne. Du coup, tout ce qui concerne le travail de l'acteur, ses rencontres avec les artistes et les metteurs en scène, est impitoyablement relégué au second plan et j'avoue que ce fut un peu décevant. Si vous cherchez des anecdotes sur Sergio Corbucci ou Werner Herzog, passez votre chemin. David Lean est à la rigueur celui qui a droit à un traitement un peu plus poussé, mais uniquement parce qu'il aura donné à Kinski le goût des Rolls. Néanmoins, le style est assez jubilatoire, à l'image de cet hallucinant interprète.



par ÉLias_ publié dans : Booking
Mercredi 23 mai 2007
J'avais précédemment passé en revue les quelques passages de Superman au grand écran. De récentes lectures me donnent l'occasion de revenir à ses origines papetières (grand merci à Stefan mon pourvoyeur en petits mickeys, avisé et patient).


Mark Millar & Dave Johnson, Red son, 2003
Et si Superman n'avait pas atterri à Smallville, Kansas, mais dans un kolkhoze d'Union soviétique ? Sur ce concept aussi simple que génial, Mark Millar réinvente toute la mythologie non seulement du héros kryptonnien mais également de nombreux autres vétérans de DC, tels Batman, Wonderwoman et même Green Lantern. L'action qui démarre sous le stalinisme va ainsi faire basculer totalement une perspective qui avait fini par nous être un peu trop familière. Cette relecture donne inévitablement lieu à quelques situations qui mettent à mal avec beaucoup d'humour des personnages que l'on croyait bien connaître, sans pour autant tomber dans le pastiche irrespectueux. Même si on rigole souvent des trouvailles de Millar, de certaines audaces réjouissantes (des Batmen lobotomisés condamnés à épousseter les bibelots de la Forteresse de solitude), son utopie fait preuve d'une réelle finesse dans sa réinterprétation du superhéros, de ce qui le motive et des valeurs qu'il peut représenter pour un peuple. La personnalité de Superman est restée la même : il veut protéger la Terre et faire le bien. La seule différence est qu'ici il va défendre les idées qui lui semblent justes et qui sont celles du pays qui l'accueille. Et c'est un miroir qui est alors tendu à l'Amérique et à ses propres idéaux, où le bien apparaît finalement comme une notion relative.


En plus de ces réflexions passionnantes, les auteurs n'oublient pas leur mission première qui est de fournir un comics de divertissement, et assurent des scènes d'action spectaculaires et très réussies, avec un affrontement Superman/Lex Luthor étalé sur des dizaines d'années et qui se conclut de façon assez fantastique. Bref, une oeuvre excellente.



Steven T. Seagle & Teddy Kristiansen, It's a bird..., 2004
Je ne connaissais les auteurs que de nom (Sandman mystery theatre). Eh bien quel talent ! Le scénariste Seagle propose ici un roman graphique qui tient à la fois de la BD autobiographique et de l'essai sur une icône, en l'occurence Superman. Remarquablement construit, le récit met donc en scène Seagle lui-même, sollicité par son éditeur pour écrire une histoire de Superman, un projet qui n'enthousiasme pas plus que ça le narrateur, pire qui l'enfonce dans une vraie dépression où un terrible secret de famille va faire surface. Régulièrement, les situations qu'il vit lui inspirent des idées qui l'amènent à décortiquer point par point les caractéristiques de l'homme de Krypton, ses forces comme ses faiblesses, ses valeurs et son anormalité qui en fait un être si différent, tantôt modèle, tantôt objet de rejet. Il est vrai que commander aujourd'hui une aventure de Superman peut apparaître comme un cadeau empoisonné. Et tout cela est bien sûr prétexte à parler de soi-même, de son entourage, de sa place dans le monde.


Ça peut sembler bien prétentieux dit comme ça, mais c'est vraiment tout le contraire, parce que Seagle a choisit une approche à la fois humble (il est loin de se montrer sous un jour flatteur) et intelligente. J'ai trouvé ça beau et passionnant. Le dessin de Teddy Kristiansen est quant à lui absolument magnifique, tout en couleur directe, avec un mélange des styles réellement admirable. Les différents traitements thématiques du superhéros proposées par le scénariste sont l'occasion pour le dessinateur d'employer un style à chaque fois différent, et chacune de ces approches va nourrir la propre réflexion du narrateur. Une lecture souvent émouvante, un livre tout simplement brillant, à découvrir absolument.



Scott McCloud, Aluir Amancio & Terry Austin, Strength, 2005
L'idée de voir Scott McCloud, grand théoricien de la bande dessinée en tant qu'"art invisible", investir l'univers du Man of steel semblait prometteuse sur le papier. Or si le scénariste trousse un récit incontestablement efficace, avec une troupe de bad guys assez finement écrits, cela aboutit tout de même à une aventure relativement anecdotique. C'est vraiment là qu'on se rend compte qu'un superhéros comme Superman est en soi assez inintéressant. Il semble qu'un scénariste d'aujourd'hui ne puisse l'aborder sans en profiter pour revenir sur la naissance du mythe et tenter d'en redéfinir les origines. Ici, cette tentative est peu convaincante, donnant vraiment l'impression d'être greffée sur une histoire principale faite d'action et de suspense qui finalement se suffisait bien à elle-même. Ainsi, le passage qui raconte un épisode de l'enfance de Clark Kent, bien que ne manquant pas d'idées, apparaît comme une simple parenthèse. Le reste du temps, Superman reste un peu en arrière-plan, au point de se retrouver avec la tête détachée du corps, figure grotesque conservée dans un bocal et objet des plus pitoyables jeux de mots de la part de ses ennemis. McCloud fait un peu trop appel à des gadgets et des inventions improbables qui font qu'un peu trop de choses deviennent possibles (des gants téléporteurs). Il ne s'agit évidemment pas de chercher la crédibilité dans un comix de superhéros mais tout au plus de ne pas avoir l'impression de facilités scénaristiques. Ce genres d'inventions trouvaient parfaitement leur place dans les comix d'il y a 40 ans, avec leur naïveté assumée. Dans ce récit aux préoccupations bien contemporaines, ça devient un peu idiot. Néanmoins le climax est absolument sublime, remarquablement découpé, avec une course poursuite d'un incroyable dynamisme suivie d'un face à face pathétique qui ne manque pas de force.


Je ne suis pas très fan du dessin d'Aluir Amancio (crayonnés) et Terry Austin (encrage) qui manque un peu de subtilité à mon goût, ainsi que de cette tendance à représenter systématiquement les personnages féminins comme des bombasses aux tenues avantageuses. Les couleurs évitent le mauvais goût mais ce petit côté fan service rabaisse un peu les ambitions espérées sur un tel projet. À réserver aux fans, donc.



par ÉLias_ publié dans : Booking
Jeudi 26 avril 2007
Frank Le Gall, Les Marais du temps, 2007
Ce dernier album en date de cette épatante série est visuellement un régal. L'élégance du trait, le soin accordé aux décors, le travail très sobre sur les couleurs, tout ces éléments procurent un réel plaisir de lecture. Hélas le scénario pèche un peu. Le Gall nous embarque pour un voyage dans le temps qui se met très laborieusement en place, avec des scènes d'exposition bien bavardes qui donnent l'impression de gâcher de la page qui aurait pu être consacrée à de la vraie aventure. Or ça ne bouge pas beaucoup. Spirou et Fantasio n'ont quasiment rien à faire de toute l'histoire, se contentant de subir l'action, de vadrouiller en attendant que Champignac trouve une solution un peu trop facile à leur problème. Même le retour de Zorglub se fait sans panache. Le pire étant atteint avec un personnage de gamin surdoué qui débarque de nulle part pour tirer nos héros d'une inextricable situation. L'humour, reposant sur la confrontation avec les Parigos du XIXe siècle, arrache quelques sourires bienveillants, mais qu'on est loin du rythme et de la grâce de l'ère Tome et Janry, sans même remonter à Franquin et Greg !


Le Gall semble vraiment s'être contenté d'un pitch et de diluer la sauce pour boucler ses cinquante pages, se faisant plaisir sur l'atmosphère. À force de respect pour ses idoles, le créateur de Théodore Poussin aboutit à un résultat sincère et certainement digne mais tiède, finalement guère mémorable. Et ses quelques audaces (Spirou qui jure) sont peu convaincantes. Bref, un rendez-vous manqué ?



Franquin, Le Voyageur du Mésozoïque, 1957
Retour à l'âge d'or. Dans sa finition, l'album laisse deviner les conditions de travail en vigueur à cette époque au Journal de Spirou. On sent qu'il fallait pisser de la planche chaque semaine. Le dessin est un peu vite exécuté (mais tout est relatif, ça reste du Franquin), le lettrage déborde, le coloriste bave. Passée une exotique introduction, l'intrigue se révèle dérisoire, prétexte à un enchaînement de scènes burlesques assez hénaurmes, de drôleries et de catastrophes. Franquin s'amuse comme un petit fou et son lecteur avec. Il en profite pour caser quelques éléments satiriques jubilatoires sur l'armée, les scientifiques pourvoyeurs d'armes de destruction, les associations humanitaires, la bêtise provinciale, bref, toute une philosophie qui s'exprimera avec plus de franchise encore dans les futurs Gaston Lagaffe. Enfin la présence du Marsupilami est toujours un plus appréciable, surtout lors du face à face entre le petit animal et le gigantesque dinosaure au regard débile. Le rôle de Fantasio ne manque pas de piquant également, réduit à l'inaction par un rhume carabiné. Un second récit est proposé dans le même album, bien plus abouti, scénarisé par Greg. Le Comte de Champignac y avale par erreur les résidus d'une potion et se transforme en effroyable vilain, assommant les passants, et leur disant « zut ! », animé d'un rire démoniaque. C'est très rigolo, surtout lorsque le rythme du récit devient infernal. Je crois que c'est là que Jidéhem assurait pour la première fois le dessin des décors. Armé de ces nouveaux talents, Franquin passera à la vitesse supérieure dès l'album suivant, Le Prisonnier du Bouddha, une merveille que je considère comme l'un des plus beaux de la série.



Tome & Janry, Le Réveil du Z, 1985
En reprenant les rênes d'une franchise qui menaçait alors de sombrer dans une relative médiocrité, Tome et Janry y apportèrent ce qu'on peut raisonnablement qualifier de sang neuf, entre respect du travail des aînés et plongée virtuose dans un irrévérencieux postmodernisme. Le tandem, assisté à l'occasion des excellents Gazzoti et Stéphane De Becker, a signé ainsi quelques albums réjouissants, bénéficiant d'un sens du cadre et de l'ironie savoureux, et qui n'ont certainement pas à rougir de la comparaison avec les meilleurs Franquin. Ce volume-ci est sans doute un de leurs plus délirants. Zorglub (ou plutôt son descendant nabot) et voyage temporel sont au programme, et rétrospectivement la comparaison avec l'album de Le Gall qui vient de paraître s'impose. Sauf qu'on a ici un incontestable bijou, bourré d'idées, de gags, et d'action, parfaitement inspiré de la première à la dernière case, jamais hésitant ou laborieux. Les auteurs arrivent à caser un nombre incroyable d'événements, avec un découpage parfaitement maîtrisé qui en fait un modèle de rythme. Et puis on y croise l'hilarant Snouffelaire, créature farfelue imaginée dans le tome précédent, L'Horloger de la comète. Le dessin est véritablement excellent, même s'il reste encore en deçà de ce que fera Janry lorsqu'il assurera seul cette tâche (le diptyque La Frousse aux trousses/La Vallée des bannis en particulier est sur ce plan à pleurer).



Tome & Janry, Luna fatale, 1995
Avant-dernier opus du génial duo, en forme d'avant-dernière levée des tabous. Sympathique rappel de Spirou à New York, l'histoire se passe pour l'essentiel dans la Big apple et plonge Spirou, Spip et Fantasio au coeur d'un impitoyable affrontement entre les triades chinoises et la mafia italienne aux ordres de Vito Cortizone. Rondement menée, l'intrigue est riche en gags irrésistibles et situations aussi cocasses que les méchants sont bêtes. Dessin et découpage sont toujours aussi éblouissants, tandis qu'aux couleurs De Becker signe peut-être là son chef-d'oeuvre, créant des atmosphères particulièrement originales. Mais ce qui va distinguer ce 45e volet, c'est le jeu délicieux avec l'image de Spirou entamé ici, dans une démystification du personnage qui culminera avec cet album du non-retour qu'est Machine qui rêve. Interrogeant certaines conventions du neuvième art, les auteurs abordent ici ouvertement la dimension (a)sexuelle du héros de bande dessinée. Forcément chaste et vierge de désir, Spirou est désormais confronté à une brochette de filles sexy. Les dialogues abondent d'allusions salaces digne des comédies d'Howard Hawks et les charmantes Seccotine et Ororéa semblent soudain bien loin. Cette volonté de remise en question est à coup sûr le pendant d'une certaine lassitude qui allait amener le duo à quitter le navire, pour le meilleur... comme pour le pire. Et il faut bien avouer que depuis leur défection, Dupuis s'empêtre dans une direction éditoriale confuse, entre série officielle et albums parallèles.


J'attends beaucoup du prochain tome par Yann et Fabrice Tarrin. J'adore le dessin de ce dernier qui parvient à avoir une vraie personnalité tout en s'inscrivant clairement dans l'héritage de Franquin. Le talent de scénariste du premier n'est plus à prouver.
Certains de mes collègues bloggeurs ayant été récemment atteints d'une mystérieuse crise de spiroumanite aiguë, j'ai cédé à mon tour aux ravages de cette douce maladie :




par ÉLias_ publié dans : Booking
Mardi 6 mars 2007


« On s’ennuie de tout, mon ange, c’est une Loi de la Nature ; ce n’est pas ma faute.
Si donc, je m’ennuie aujourd’hui d’une aventure qui m’a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n’est pas ma faute. Si, par exemple, j’ai eu juste autant d’amour que toi de vertu, et c’est sûrement beaucoup dire, il n’est pas étonnant que l’un ait fini en même temps que l’autre. Ce n’est pas ma faute. Il suit de là, que depuis quelque temps je t’ai trompée : mais aussi, ton impitoyable tendresse m’y forçait en quelque sorte ! Ce n’est pas ma faute. Aujourd’hui, une femme que j’aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n’est pas ma faute. Je sens bien que voilà une belle occasion de crier au parjure : mais si la Nature n’a accordé aux hommes que la constance, tandis qu’elle donnait aux femmes l’obstination, ce n’est pas ma faute. Crois-moi, choisis un autre amant, comme j’ai fait une autre maîtresse. Ce conseil est bon, très bon ; si tu le trouves mauvais, ce n’est pas ma faute.

Adieu, mon ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret : je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute. »

Lettre CXLI
La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont



Publiées en 1782, Les Liaisons dangereuses de Monsieur Choderlos de Laclos sont bel et bien un monument de la littérature du siècle des Lumières — donc de la littérature mondiale. Mais un monument qui n'a rien d'intimidant. Les relectures ne l'entament jamais, c'est un bonheur à chaque page que de savourer ce style impeccable, cette jouissance de la langue qui s'avère aussi délectable que le machiavélisme des personnages principaux. Mécanique sublime, le livre est également d'une richesse incroyable concernant les moeurs de son temps, décrits avec une  ironie mordante sous couvert d'édification morale. On conseillera de le lire dans l'édition Livre de poche, dont l'appareil critique est aussi avisé que lumineux.

Roman épistolaire touffu et jouant à fond la carte de l'éloquence et de la séduction par l'écrit, l'adapter à l'écran relève par principe de l'impossible. L'expérience à été cependant tentée à plusieurs reprises, avec plus ou moins de réussite selon qu'on garde ou non à l'esprit l'oeuvre originale. Surtout c'est l'occasion pour des acteurs de trouver des rôles en or, au premier rang desquels Valmont et Merteuil.




Les Liaisons dangereuses, Roger Vadim, 1959
Avec Jeanne Moreau (Merteuil), Gérard Philipe (Valmont), Annette Vadim (Tourvel), Jeanne Valérie (Cécile), Jean-Louis Trintignant (Danceny)
Vadim modernise le roman en imaginant des Valmont et Merteuil des années 60. Le film a fait son petit scandale à une époque où le réalisateur d'Et Dieu créa la femme était considéré comme un cinéaste sulfureux. Son audace doit gentiment faire sourire aujourd'hui. Au moins la présence d'un duo de stars au sommet de leur beauté n'en fait pas un spectacle désagréable. Il s'agit d'un des derniers films de Gérard Philipe.




Dangerous liaisons (Les Liaisons dangereuses), Stephen Frears, 1988
Avec Glenn Close (Merteuil), John Malkovich (Valmont), Michelle Pfeiffer (Tourvel), Uma Thurman (Cécile), Keanu Reeves (Danceny)
Christopher Hampton avait connu un certain succès à Broadway en adaptant le roman pour la scène. Il reprend ici son travail pour livrer un scénario qui demeure jusqu'à présent le plus fidèle à l'oeuvre de Laclos. C'est ainsi que des scènes importantes du livre sont littéralement transposées, de même que de nombreuses répliques marquantes. Cet aspect seul suffit à combler de plaisir le spectateur. Mais son adaptation, en plus de se montrer extrêmement fidèle, s'avère particulièrement intelligente. En effet, je n'estime pas pour autant qu'on soit dans une banale illustration, j'y vois une compréhension profonde et une restitution juste des enjeux du roman, de sa technique et de ses beautés.

Pour son premier film américain, Frears tente le pari assez osé du film en costume. Sa mise en scène donne l'impression de faire corps avec ses personnages, souvent filmés de très près. Lors de ma première vision, j'avais moyennement accroché à ce principe que j'accusais d'être trop théâtral, mais en le revoyant j'ai trouvé que c'était finalement assez puissant, donnant vraiment une force et un poids impressionnants aux moindres apparitions de Merteuil et Valmont. L'interprétation est incontestablement la cerise sur le gâteau. À sa sortie, le film proposait rien de moins que l'un des plus beaux castings de l'année. Jeu ciselé au millimètre de Glenn Close. Sous la poudre, Malkovich fier et soudain enragé, qui incarne avec brio la chair de son personnage. Et une Michelle Pfeiffer idéale en Madame de Tourvel fragile au possible, contemplant avec effroi et grâce l'abîme qui va la dévorer. Uma Thurman est assez inattendue dans le rôle de la naïve Cécile mais passe plutôt bien. Keanu Reeves en Chevalier Danceny fait moins d'étincelles. La musique de George Fenton qui accompagne ces images est très belle et évidemment dans un style baroque tout à fait approprié.




Valmont, Milos Forman,1989
Avec Annette Bening (Merteuil), Colin Firth (Valmont), Meg Tilly (Tourvel), Fairuza Balk (Cécile), Henry Thomas (Danceny)
Cinq ans après Amadeus, Forman tourne à nouveau un film sur le XVIIIe. Sa version sort quelques mois à peine après celle de Frears et cette double impression de redite lui fera manquer son public. En ce qui me concerne, je l'avais adoré à sa sortie, et je l'ai souvent revu depuis avec un plaisir renouvelé. Ce qui me plaisait particulièrement, c'était la transformation de Meg Tilly qui, lorsqu'elle s'abandonne à la passion, apparaît alors avec ses beaux cheveux noirs défaits.

Je ne vais pas m'attarder sur les costumes, la photo, les décors, la jolie musique sur instruments d'époque. Ici les personnages vivent vraiment. Ça respire, la mécanique est un peu moins écrasante, l'atmosphère un peu plus humaine. L'adaptation de Jean-Claude Carrière est assez impitoyable vis-à-vis du roman. C'est presque une autre histoire. La façon dont le film se termine semble justifier son titre, au sens où la conclusion ne s'attarde que sur le seul destin de Valmont. Il semble emporter son secret avec lui dans la tombe. Tous les autres personnages viennent se recueillir, mais rien ne nous est dit quant à leur propre devenir et il n'apparaît pas qu'ils soient alors particulièrement perdus (La Tourvel en particulier donne l'impression d'avoir juste vécu une douloureuse parenthèse). Or, dans le bouquin, le final est réellement effroyable. Entre la mort, le couvent, la maladie, la ruine et le déshonneur, c'est presque une danse de damnés. Chez Forman, ça reste relativement paisible. Les personnages sont caractérisés avec précision, et on assiste à pas mal de scènes qui restaient hors-champ dans le roman.

Colin Firth est vraiment excellent dans le rôle-titre, Annette Bening compose une Merteuil qui sait parfois toucher. Et il est toujours sympathique de retrouver Jeffrey Jones chez Forman, de même que l'inévitable trogne de Vincent Schiavelli. La meilleure idée de casting est d'avoir confié le rôle de Cécile Volanges à Fairuza Balk, la Dorothy de Return to Oz. La jeune actrice a un physique très étonnant qui, associé à son interprétation et à la manière dont elle est habillée et filmée, permet de lui donner d'une scène à l'autre tantôt une moue d'enfant, tantôt le visage d'une presque femme. Son ingénuité est délicieuse (irrésistible scène du petit déjeuner où elle croit bien faire en répondant qu'une fois mariée avec Gercourt, elle gardera Danceny comme amant !).




Cruel intentions (Sexe intentions), Roger Kumble, 1999
Avec Sarah Michelle Gellar (Merteuil), Ryan Philippe (Valmont), Reese Witherspoon (équivalent de Tourvel), Selma Blair (Cécile)
Nouvelle modernisation avec une intrigue transposée cette fois dans le milieu des campus américains, avec sa jeunesse décadente, friquée et arriviste. Ce qui se révélera une fausse bonne idée. Certes, les efforts de Roger Kumble — à la fois réalisateur et scénariste — pour donner à son récit une couleur dixhuitièmiste sont louables (décors, accessoires), mais les manoeuvres de cette jeunesse contemporaine n'a plus grand chose de troublant aujourd'hui. Le pari entre Valmont et Merteuil n'est plus qu'un inconséquent marivaudage (un plan drague, quoi), d'où toute subversion est absente. Le récit de Laclos trouvait justement sa force par rapport à la société de son temps, offrant un cruel tableau des moeurs, de la condition de la femme et de l'hypocrisie de la noblesse. Ici, la conclusion nous montre les soi-disantes victimes interprétées par Selma Blair et Reese Witherspoon s'associer et retourner un peu trop facilement le plan de Sarah Michelle Gellar contre elle-même. Leur attitude montre bien à quel point leurs mésaventures n'en sont pas vraiment, arborant un sourire comme pour une mauvaise farce.

De plus, en dehors de Ryan Philippe qui est un acteur que j'aime bien et de Witherspoon qui se rattrape pas mal, l'interprétation est très moyenne. J'ai vu des acteurs réciter leur texte, mais à aucun moment vivre, souffrir, être troublés. Tout cela commençait plutôt bien avec un très beau générique et Every you every me de Placebo en fond sonore, suivi d'une scène d'ouverture assez maligne. Le reste de la bande son est occupé par des titres qui semblent là pour justifier l'édition d'une BO-compile pour teenagers. En dehors de 2 ou 3 scènes, la fusion image/musique est ratée. Et je ne parle même pas de l'espèce de soupe qui sert de bande originale.




Les Liaisons dangereuses, Josée Dayan, 2003
Avec Catherine Deneuve (Merteuil), Rupert Everett (Valmont), Nastassja Kinski (Tourvel), Leelee Sobieski (Cécile), Tedi Papavrami (Danceny)
Pas vu, mais tout me semble annoncer une catastrophe. Les échos que j'en avais eus évoquaient même un truc assez ridicule. Éric-Emmanuel Schmitt signe l'adaptation télévisée, faussement modernisée puisque l'action est située dans les 60's. À ce titre, c'est presque un remake du film de Vadim. Casting international classieux mais dont les choix m'apparaissent peu convaincants : Deneuve est bien trop vieille pour donner corps à Merteuil, l'offensée rancunière. La durée conséquente de la série (252 minutes en deux ou trois épisodes) peut néanmoins permettre une transposition plus souple et ouverte. Mais je ne m'acharnerai pas forcément à chercher l'occasion de voir ça.
par ÉLias_ publié dans : Booking
Jeudi 7 décembre 2006

Muller, Jade, édité par
L'Association Terre BD, 2006
Je crois que Muller n'a pas encore 18 ans et il a réalisé ici une petite merveille. Son précédent album, chez le même éditeur, proposait une relecture loufoque et iconoclaste de la fable du corbeau et du renard. Le désordre y régnait en maître. Avec Jade, on sent que l'auteur a assimilé entretemps de nouvelles et nobles références (Trondheim, Larcenet). J'ai été littéralement emballé par ces 66 pages d'une bande dessinée étonnamment mature, que l'on devine profondément personnelle sans qu'elle soit pour autant plombée par la complaisance autobiographique. Placé sous le signe de Bob Marley, le récit met en scène Christophe, un jeune homme dont la vie en dehors du boulot se résume à de rocambolesques allers-retours entre ses amis (console de jeux, spliffs, conversations sur les filles ou l'envie de refaire le monde) et son lit, depuis lequel il fait des songes obsédants, vivant tous les week-ends une histoire d'amour avec une certaine Jade, la fille de ses rêves au sens propre. A l'aide de dialogues particulièrement bien écrits, Muller rapporte avec beaucoup de drôlerie et de finesse ces moments vides de discussions entre amis, brossant une galerie de portrait vivante et vraiment savoureuse (la soeur et ses pathétiques histoires d'amour, le vieux rasta blanc). Tout cela témoigne d'un authentique talent d'auteur.

Et ce qui emporte véritablement le morceau, c'est incontestablement son talent de dessinateur. Optant pour un trait minimaliste en négatif et un découpage systématique en gauffrier de 3 cases sur 3, il maîtrise magnifiquement son rythme, jouant à l'occasion sur la répétition, les blancs et les noirs, les prolongements de décors eux-même réduits à l'essentiel. Et jamais l'exercice n'apparaît gratuit. La fluidité de la narration est un bonheur de tous les instants tellement l'auteur invente quasiment à chaque séquence de nouvelles solutions graphiques.

(Cliquez sur l'image pour agrandir)


De plus le bouquin est remarquablement bien fabriqué, dos carré relié, beau noir et blanc, touchantes pages de garde. Voilà assurément un jeune talent à suivre.
par ÉLias_ publié dans : Booking
Vendredi 30 juin 2006

L'Âge d'homme
était un livre fabuleux. Dépassant de loin le strict cadre de l'autobiographie, Michel Leiris y décidait à trente-huit ans de mettre son âme à nu, avec méthode et poésie. Ces Biffures en sont à la fois le prolongement et la naissance d'un projet qui va donner lieu à ce qu'il appellera par la suite sa "Règle du jeu", le dévoilement rigoureux de tout ce qui a fait de lui ce qu'il est devenu, l'étude obsessionnelle de sa personnalité, son goût des mots, son interrogation du langage, des signes qui construisent son langage. Leiris conduit cette exploration avec une maniaquerie presque décourageante, puisqu'elle va s'appliquer de préférence aux éléments les plus insignifiants, rapportés par une écriture à la limite de la névrose. Phrases construites comme une ouverture infinie de tiroirs où l'on cherche en vain un point final, mots presque trop parfaitement choisis aux sonorités décortiquées jusqu'à l'abstraction, attachement au détail, digressions incessantes. Rédigées pendant l'occupation, ces lignes n'évoqueront qu'à peine les sombres événements de l'époque. Le sujet c'est  l'homme intérieur.

Entre le désir d'une rigueur implacable et l'inévitable ouverture permise par les associations d'idées, le texte est souvent fascinant, certes, mais ce qu'en tire l'auteur est trop rarement communicable au lecteur, tant ce qui s'y dit n'appartient la plupart du temps qu'à lui-même, et on a souvent l'impression qu'il n'écrit que pour lui. Il est d'ailleurs symptomatique qu'à la fin, estimant qu'il a échoué dans son projet, Leiris rédige encore des dizaines de pages pour expliquer qu'il ne peut désormais que se réduire au silence en attendant de mûrir davantage.


« C'est en me répétant certains mots, certaines locutions, les combinant, les faisant jouer ensemble, que je parviens à ressusciter les scènes ou tableaux auxquels ces écriteaux, charbonnés grossièrement plus souvent que calligraphiés, se trouvent associés ; c'est en disposant côte à côte (comme si je visais à les rajuster) ces signes épars ou épaves délavées, que je parviens à tirer de leur immatérialité de fantômes (auxquels c'est à peine si je croyais encore) ces souvenirs sans autre caractère commun que leur capacité d'être ainsi ressuscités, tels des morts se levant à l'appel de leur nom ou au seul énoncé d'une formule dépourvue de signification raisonnable mais par le fouet magique de laquelle ils sont revigorés. »
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Dimanche 14 mai 2006

On imagine mal aujourd'hui les remous provoqués en 1951 par la publication de ce livre. Dans une langue qui sait faire place à quelques fulgurances poétiques, Camus interroge la notion de révolte et dresse le constat de ses manifestations à travers l'histoire des hommes et des idées. De Prométhée à  Sade, de Spartacus à Dostoïevski, de la Révolution française aux goulags soviétiques, la révolte semble systématiquement mener vers différentes formes de nihilisme qui conduisent trop souvent au crime d'État, justifiant le meurtre au profit de la raison révolutionnaire. À peine libéré de ses chaînes, l'esclave en fond de nouvelles pour encadrer sa liberté conquise. Aux maîtres d'hier se substituent d'autres bourreaux. Avec un courage qu'il est bon de replacer dans le contexte de l'époque, Camus aborde frontalement les horreurs du XXe siècle et l'imposture stalinienne. Les existentialistes, au premier rang desquels Jean-Paul Sartre, ne tolèreront pas une telle remise en question du communisme, apparemment incapables de voir que Camus ne juge pas ici une cause mais ses conséquences.

Le texte est ardu mais passionnant. On sent que l'auteur du Mythe de Sisyphe est porté par le désir de faire cesser l'hypocrisie qui a trop souvent placé l'idéal au-dessus de l'homme. L'approche historique est particulièrement intéressante parce que documentée, notamment tout le passage sur Saint-Just ainsi que celui sur les premiers révolutionnaires russes. Il y est également question du rapport de l'artiste à la révolte, qu'il soit poète (Lautréamont) ou romancier (Proust). Le livre pourrait être au final assez déprimant par cette accumulation d'exemples qui montrent que la révolte est condamnée pour s'accomplir à agir comme une force négative, source de mort qui ne cesse de promettre la lumière en versant le sang ou en pervertissant la pensée. Il n'y a pourtant pas lieu de s'ouvrir au desespoir. L'injustice demeure mais l'homme doit désormais pouvoir faire face à sa nature, affronter le présent sans calculer l'avenir, avec générosité, sans avoir la prétention de remplacer Dieu.


« Dans la lumière, le monde reste notre premier et notre dernier amour. Nos frères respirent sous le même ciel que nous, la justice est vivante. Alors naît la joie étrange qui aide à vivre et à mourir et que nous refusons désormais de renvoyer à plus tard. Sur la terre douloureuse, elle est l'ivraie inlassable, l'amère nourriture, le vent dur venu des mers, l'ancienne et la nouvelle aurore. Avec elle, au long des combats, nous referons l'âme de ce temps et une Europe qui, elle, n'excluera rien. »
 
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