Gojira (Godzilla), Inoshiro Honda, 1954
Avec ce film, Honda livrait pour les studios Toho le maître étalon d'un genre qui allait devenir très populaire au pays du soleil levant : le "kaiju eiga" ou film de monstres géants. Par son ton constamment grave, ce Gojira premier du nom demeure sans doute comme son représentant le plus digne. Le film bénéficie de plus de la présence de l'immense Takashi Shimura, alors que ses rejetons n'auront droit qu'à des acteurs de seconde zone. Avec un noir et blanc propice à l'émergence de visions terrifiantes au réalisme quasi documentaire, porté par le thème musical bien inquiétant d'Akira Ifukube, le réalisateur montre bien l'effarement qui saisit une population face à une catastrophe aussi incroyable. Héritier direct des monstres créés par Willis O'Brien pour The Lost world (Hoyt, 1925) et surtout King Kong (Cooper+Schoedsack, 1933), Godzilla est surtout l'incarnation du traumatisme de la bombe atomique. Terre de catastrophes naturelles, le Japon subissait en 1945 un désastre qui allait profondément marquer son imaginaire. Les ruines et la menace d'un cataclysme deviennent alors la principale phobie d'un peuple, et l'on ne compte plus les films et les mangas qui mettent en scène des mégalopoles réduites en poussière. Symboles de la vanité humaine, de l'inconscience scientifique, de l'égoïsme politique. Créature antédiluvienne éveillée par les bombardements nucléaires, le lézard géant au souffle radioactif renvoie l'homme à sa mauvaise conscience. La victoire finale des humains ne suscitera nulle réelle exaltation, car nous savons désormais que rien ne nous préserve d'encourir prochainement une nouvelle colère divine.
Sora no daikaijû Radon (Rodan), Inoshiro Honda, 1956
Le ptérodactyle géant (Radon en VO) est un de mes streumons nippons préférés. J'aime sa silhouette et le déplacement d'air qu'il provoque et qui emporte tout sur son passage, pareil au souffle d'une explosion atomique. Néanmoins, il faut bien le dire, ce film est franchement peu imaginatif, ou bien il a perdu de son impact après tant d'autres oeuvres du même genre. En effet sur le plan du récit le spectateur a, non pas une longueur d'avance sur les personnages, mais 25 : le film s'appelle Rodan, il y a un gros monstre ailé sur l'affiche, pas la peine de tenter de nous tenir en haleine sur ses mystérieuses manifestations, le suspense est éventé. Si au moins il y avait une intrigue avec les humains digne de ce nom. Mais non, contrairement à la plupart des kaiju eiga qui s'arrangent toujours pour avoir une narration même empreinte de naïveté, ici c'est plat. Toute la première heure est ainsi consacrée aux différentes investigations des hommes au sein d'une mine ou d'un cratère, succession de scènes de réunion entre pseudo-scientifiques et militaires. Pas de héros à suivre, et l'ennui finit par pointer malgré les apparitions tout de même sympathiques d'une espèce de fourmi géante au cri horripilant. Plastiquement, le film nous offre heureusement de jolies images en Technicolor, tant dans la mine que sur les pentes des montagnes. Le plus gros défaut du film est qu'on ne voit pas assez Radon. Parce qu'une fois sorti de son trou, son carnage en ville est vraiment réussi, avec des maquettes non seulement très détaillées mais magnifiquement détruites. Oeuvres du magicien Eiji Tsuburaya, les immeubles miniatures se désagrègent en effet avec un réalisme stupéfiant. Certes, l'animal n'a aucune grâce dans son pitoyable battement d'ailes, et les câbles qui le soutiennent sont un peu trop souvent visibles. Mais sa menace est bien réelle, surtout lorsqu'un second spécimen le rejoint dans la mêlée. Bien qu'émouvante comme il se doit, la fin des deux compères est quand même un peu minable. On a droit à 10 minutes de plans d'explosion et de roquettes qui s'envolent, déclenchant une éruption volcanique et la mort des bestiaux sans plus de résistance que cela.
Furankenshutain no kaijû : Sanda tai Gaira (La Guerre des monstres), Inoshiro Honda, 1966
Assurément l'un des plus beaux kaiju eiga que j'ai pu voir. À première vue, le film ne se détache pas vraiment du genre en ce qui concerne les personnages humains et l'intrigue : même schéma narratif éculé (manifestations du monstre, incrédulité des autorités, déploiement lassant de forces militaires), interprétation au rabais (et Russ Tamblyn en western guest star), personnages aux réactions/déductions consternantes, etc. Mais ça se suit sans ennui, et ces "légèretés" font partie du charme. Akira Ifukube est toujours de la partie et compose un chouette thème avec des envolées de trompettes, ainsi qu'une chanson pop en anglais assez marrante. L'essentiel étant bien sûr les gros monstres qui bénéficient ici d'un traitement royal. Peut-être parce qu'ils sont humanoïdes, les deux géants semblent d'une expressivité bien plus poussée que les mutants caoutchouteux de la bande à Godzilla. Du coup, leur relation est vraiment intéressante, basculant tragiquement du soutien fraternel à l'affrontement fratricide. L'un étant bon et proche des humains, l'autre n'étant qu'une brute, Honda évite de verser trop facilement dans le manichéisme et crée des images d'une inattendue poésie, comme celle qui surprend un des monstres en train de s'abreuver paisiblement à un fleuve. Les combats sont plus gargantuesques que jamais avec des maquettes généreusement maltraitées. Les décors surprennent d'ailleurs par leurs vastes dimensions, offrant ainsi des plans assez inédits et très dynamiques. Le spectacle est aussi violent que fascinant et le film se conclut sur une note pleine d'inquiétude puisqu'on nous balance le générique de fin sans même confirmer la mort des monstres. Nous sommes encore dans la période sérieuse du genre, avant l'infantilisation dans laquelle il va bien vite sombrer.
Kaijûtô no kessen : Gojira no musuko (Son of Godzilla/La Planète des monstres), Jun Fukuda, 1967
Un scénario particulièrement insipide qui met en scène une équipe de scientifiques de pacotille isolés sur une île peuplée de monstres géants : mantes religieuses volantes, araignée et surtout Godzilla et son immonde rejeton. Ce foisonnant bestiaire va malheureusement susciter peu d'enthousiasme, la faute sans doute à la réalisation de Jun Fukuda, désespérante de mollesse. Ce décor d'île déserte se révèle n'être qu'un cache misère, le budget maquettes étant ainsi réduit au minimum. Il semble qu'il en fut de même pour le budget costumes, car on a vraiment l'impression qu'ils ont tous été fabriqués à partir de matériaux moisis. Et que dire du budget son ? Les cris du bébé Godzilla, véritable étron sur pattes baptisé Minya, sont encore plus horripilants que ceux de son père. C'est bien simple, on a envie de lui coller des baffes à chacune de ses apparitions. Le Roi lézard n'est plus la bête qui fait peur, le spectateur peut désormais éprouver de la sympathie pour lui. Clairement destiné aux enfants, le film est assez écoeurant par son ton bêtifiant (bébé Godzilla se gamelle, chiale, apprend à cracher son souffle atomique comme papa, etc.), les combats entre monstres sont d'une paresse innommable. À ce niveau-là, ce n'est même plus une question de mauvais goût, parce qu'alors, il y aurait encore du goût, même mauvais. On en retiendra heureusement une bien belle image finale, où père et fils s'étreignent sous la neige, attendant d'être congelés.
Kingu Kongu no gyakushû (La Revanche de King Kong/King Kong s'est échappé), Inoshiro Honda, 1967
La Toho fête ses 35 ans alors la RKO lui prête son King Kong pour cette adaptation sur grand écran d'une populaire série animée américaine. Financé par une puissance internationale inconnue (mais assurément asiatique) le Docteur Wu et sa cape de Comte des Carpates conçoivent depuis leur base du Pôle Nord un plan machiavélique pour dominer le monde. Le savant fou a trouvé le moyen d'extraire l'élément X (sic), un minerai radioactif surpuissant, en fabriquant un robot géant de simiesque apparence : MekaniKong. Malheureusement, cette terrifiante machine ne supporte pas le rayonnement magnétique. Wu et ses sbires débarquent alors sur l'île Mondo pour refourguer le boulot à Kong mais une équipe de scientifiques de l'ONU va contrer ses plans. Après le bâtard King Kong vs. Godzilla, Honda est certainement très heureux de pouvoir rendre à nouveau hommage au film fondateur de Cooper et Schoedsack débarrassé du lézard. Il en profite pour remaker l'affrontement entre un T-Rex et Kong pour les beaux yeux d'une potiche blonde (du genre qui trébuche en fuyant). Affrontement qui tourne cependant vite au burlesque, le dinosaure n'hésitant pas à balancer ses deux pattes arrières dans la face du roi singe. C'est rigolo et en même temps ça fait de la peine pour la simple raison que le look de Kong est une catastrophe : tronche de papier mal mâché, yeux vitreux, bouche inexpressive, air débile. La huitième merveille du monde a pris un sacré coup de vieux. La complicité qui va naître entre l'animal et la potiche réussit néanmoins à faire naître un très léger soupçon d'émotion lorsque le gorille est filmé de dos, bien aidé par un joli thème mélancolique d'Ifukube. Mais dès qu'un contrechamp nous replonge dans son regard, on se marre en ayant presque honte. Au final, le réalisateur laisse quand même trop peu de place à ses monstres, et les scènes d'inspiration jamesbondienne avec les humains ont trop peu d'originalité et de folie pour vraiment passionner. On sourit à peine de l'avalanche de clichés (les sbires incapables, les gadgets, les ordinateurs à loupiottes qui se dérèglent, la partie d'échec pour bien faire comprendre qu'on a affaire à un génie du mal-mouahaha). Le duel très attendu entre Kong et son rival robotique s'avère particulièrement mou et peu cinégénique. Le superbe décor glacé du Pôle Nord était prometteur mais c'est au sommet de la Tour de Tokyo qu'aura lieu ce climax, les deux géants se contentant paresseusement de se coller des baffes jusqu'à ce que le méchant tombe, préservant un peu trop les maquettes d'immeubles. Bref, un honnête représentant d'un genre qui continue très sérieusement à dégénérer mais pas plus attachant que ça.
Kaijû sôshingeki (Destroy all monsters/Les Envahisseurs attaquent), Inoshiro Honda, 1968
The mega kaiju party ! Quinze ans après avoir créé le genre, la Toho proposait en effet de rassembler tout son bestiaire pour un grand baroud d'honneur. L'action se situe dans un futur proche, où les monstres ont été parqués sur l'île de Monsterland observée par des scientifiques sous mandat de l'ONU (Michael Crichton a-t-il vu ce film avant d'écrire son Jurassic park ?). On y retrouve entre autres, dans des costumes hélas pas reprisés pour l'occasion, Radon mon chouchou, Mothra revenue à l'état de mite géante, Manda la corde à linge, ce crétin d'Anguilas le porc-épic, évidemment Godzilla le king lizard en personne et malheureusement aussi Minya, son repoussant fiston. Plus la peine de créer du mystère, les créatures nous sont présentées en pleine lumière, sans plus de manière. La petite bande cohabite tranquille jusqu'au jour où une explosion détruit les barrières de sécurité qui les maintenaient dans l'île. Et c'est le lancement d'une grande tournée mondiale : Anguilas à Paris ! Godzilla à New York ! Rodan à Moscou ! Mothra à Pékin !... Seule Tokyo est un temps épargnée, les Japonais découvrant alors que les monstres sont téléguidés par des extraterrestres qui souhaitent envahir la Terre. Le film baigne dans une esthétique clairement pop art, avec ces costumes et décors aux couleurs primaires très primaires. Mention spéciale aux combinaisons des pilotes de la fusée lunaire et à leur casque modèle "tête de gland". L'intrigue avec les humains est très rigolote à suivre et parfois non dénuée de poésie. Ainsi les Killacs, des limaces baveuses extraterrestres qui se présentent aux humains sous la forme de jeunes filles au sourire étrange vêtues de capes à paillettes argentées, énonçant avec un calme glaçant la prochaine destruction de la civilisation terrienne. La photographie est souvent belle. Les thèmes musicaux d'Akira Ifukube s'expriment avec ampleur. Honda retrouve son poste de réalisateur et ça fait vraiment toute la différence avec l'incompétence d'un Jun Fukuda. Plans et cadrages dynamiques, avec des mouvements de caméra souvent saisissants qui parviennent enfin à donner toute la mesure de la puissance des monstres. Ce film sera l'un des derniers sur lequel oeuvrera Eiji Tsuburaya, responsable des effets spéciaux de la série et pratiquement l'inventeur du genre. Que ce soit en ville ou dans la campagne, les scènes de destruction et de baston sont toutes jubilatoires. L'intégralité du film ayant été tourné en studio, tous les plans larges d'extérieurs s'avèrent être des maquettes. Le climax nous offre un affrontement au pied du Mont Fuji entre tous les monstres qui se rangeront finalement du côté des humains et mettront une sévère déculottée à Ghidrah l'hydre volante à trois têtes. La bande son est alors sursaturée de samples de cris. À la fin, les kaiju sont quasiment devenus nos potes, guidés par leur seul instinct de protecteurs de la Terre. Ils retrouvent leur île et adressent de grands signes d'adieu aux spectateurs. Un excellent spectacle, plutôt bon enfant mais pas puéril.
Chikyû kogeki meirei : Gojira tai Gaigan (Godzilla vs. Gigan/Objectif Terre, mission apocalypse), Jun Fukuda, 1972
Là c'est du lourd, du vrai et bon nanar. Le scénar, crétinoïde au possible, enfile les invraisemblances comme des perles, la direction d'acteur est laissée en jachère, et l'infâme Fukuda fait un usage éhonté de stock-shots issus de précédents films de la série, avec faux raccords de rigueur qui ne cherchent même plus à duper qui que ce soit. Le spectateur s'inquiète d'une telle sécheresse d'inspiration dans la mise en scène des combats. Godzilla et son pote Anguilas vont une nouvelle fois protéger la Terre (enfin plutôt un terrain vague de la banlieue de Tokyo où a été construit un parc d'attraction), de l'invasion extra-terrestre (des cafards ayant pris l'apparence d'humain) qui contrôlent Ghidrah et Gigan. Ce dernier est un nouveau venu au design aberrant à base de scie circulaire dans le bide. Ici, on atteint un palier supplémentaire dans la misère des maquettes et la moisissure des costumes et on devine que la Toho cherche à faire du blé en en dépensant le moins possible puisque même le scénario pue le recyclage. Jamais Godzilla n'est apparu aussi facilement identifiable à Casimir, et il faut le voir dialoguer avec Anguilas à coup d'incrustation de phylactères ! On est dans l'infantilisme le plus irresponsable, le tout enrobé par une direction artistique très pop 70's c'est-à-dire ultra-kitsch. Les séquences avec les humains valent leur pesant de nanardise, ce qui fait qu'on se marre bien pendant tout le film, sans jamais s'ennuyer tant les péripéties sont généreusement consternantes, sans oublier l'inévitable discours moralisateur sur les risques du progrès avec ces machines qui peuvent aussi être sources de destruction pour l'homme. Amen.
Mekagojira no gyakushu (MechaGodzilla contre-attaque/Les Monstres du continent perdu), Inoshiro Honda, 1975
Dernière réalisation de Honda, quinzième film de la série. C'est la suite directe de Godzilla contre Mekanik monster (1974), et le scénario ne fait aucun effort pour justifier une reprise aussi peu imaginative des mêmes éléments : une race d'extraterrestre aux embarrassants costumes et au rire gras envisage de raser Tokyo car l'humanité l'a bien mérité. Ils reconstruisent pour ce faire les morceaux de MechaGodzilla, double robotique de Godzilla que ce dernier avait pourtant déjà vaincu dans le précédent épisode (c'est là que le spectateur commence sérieusement à se demander si on se foutrait pas un peu de sa gueule, à force) et s'adjoignent en plus les services de Titanosaurus, un genre de serpent de mer plutôt réussi. Cette fois, les maquettes de ville et les explosions sont plus présentes et assez spectaculaires, les combats sont nombreux, dynamiques et enfin lisibles, même si on n'échappe pas aux stock-shots du sempiternel défilé de forces armées. C'est toujours rigolo de voir ces monstres en caoutchouc se filer des claques et des kicks même quand leur adversaire est à terre, et rivaliser avec leurs insupportables cris monotones. Les personnages humains sont relativement plus complexes (enfin, faut voir d'où on est parti), avec notamment ce savant fou-mais-en-fait-gentil, désireux de se venger de l'incompréhension de ses compatriotes, et sa malheureuse fille-cyborg plusieurs fois victime de ses expériences. Ce qui n'empêche pas les situations d'être toujours aussi débiles. Ici Godzilla est clairement le sauveur de la Terre et l'ami des enfants, débarquant pour fritter les deux monstres alors que personne ne lui a rien demandé, pile au moment où des crétins de mômes vont être écrasés sous le pied de Titanosaurus. On notera d'ailleurs que, contrairement aux films précédents, on voit un peu plus les réactions de la population fuyant à l'arrivée des monstres, sous les appels au calme des haut-parleurs. Mais il ne semble jamais y avoir de victimes alors que des quartiers entiers sont dévastés. Bref, c'est un peu n'importe quoi mais ça reste distrayant.
Gojira (The Return of Godzilla/Godzilla 1985), Koji Hashimoto, 1984
Pour son 30e anniversaire, Godzi revient et il est pas content. Fini le Casimir radioactif moisi, le gentil protecteur des petits écoliers nippons. On demande au spectateur de faire comme si rien ne s'était passé depuis le premier film de Honda. Le monstre fait peau neuve, avec un corps aux articulations un peu plus dynamiques, et une gueule en animatronic davantage mobile, que le réalisateur filme non sans une certaine complaisance bien qu'elle demeure totalement inexpressive. Le début est assez sympathique et donne le ton avec son ambiance de film d'horreur à la The Thing (un cargo abandonné avec une grosse limace planquée). Puis il faut laisser le temps aux scientifiques de mettre un nom sur la nouvelle menace. Le scénario s'attarde sur les conséquences au niveau de la diplomatie internationale. On est en pleine guerre froide et le Japon assiste, impuissant, à la rivalité des deux grandes puissances qui cherchent le moindre prétexte pour tester leur armement. Cet arrière-plan sur la peur du nucléaire est un retour aux sources bienvenu et plutôt bien traité, Godzilla étant explicitement comparé à une bombe atomique sur pattes. La naïveté reste toutefois de mise : les déductions du scientifique font sourire, et on est consterné par la présence d'une nouvelle gourdasse qui ne sert à rien d'autre qu'à ralentir la fuite des héros en se vautrant lamentablement dès qu'elle court plus de trois foulées. Cette fois, le roi des monstres est entouré par des gratte-ciels qui font plus de deux fois sa taille, ce qui renouvelle pas mal l'imagerie du genre. En contrepartie, les maquettes sont moins détaillées que d'habitude. Les plans sont chouettes, avec de jolis effets de lumière mais Hashimoto s'endort un peu devant. Le spectacle est mou des écailles et il n'y a guère plus de 5 minutes de vraie baston. Le final quand à lui est plus émouvant que jamais, les humains regardant avec des larmes plein les yeux le lézard géant sombrer dans la lave d'un volcan.
Gojira tai Biorante (Godzilla vs. Biollante), Kazuki Omori, 1989
Second film de cette série post-84. Chaque opus consiste désormais à tester une nouvelle technologie pour anéantir une bonne fois pour toutes un Godzilla redevenu menaçant. L'intrigue proprement dite n'est pas inintéressante, entre espionnage international et biotechnologies. Mais la réalisation est vraiment mauvaise, la musique assez foireuse et presque toujours à côté de la plaque, le comportement des personnages souvent crétin, les acteurs très nuls, et on n'échappe pas au pénible ton sentencieux. Alors on se contente d'attendre les scènes avec Godzilla. On y note d'heureuses améliorations de son costume, de beaux aperçus de sa gueule béante avec sa langue et ses dents articulées. Même s'il ne s'y attarde pas, Godzi traîne un peu à Osaka, ce qui permet d'admirer de très belles maquettes de gratte-ciels. Ça explose bien, mais le lézard est par trop invincible, jamais on ne sent l’impact des balles et missiles qu’il reçoit. La violence n’est par contre plus suggérée lorsqu’il se fait bouffer et transpercer par les tentacules de Biollante. Cette créature génétiquement modifiée, oeuvre de la science des hommes, est particulièrement impressionnante, notamment dans sa dernière mutation. Quelques séquences de face à face silencieux entre Godzilla et des humains isolés sont de même assez fortes.
Gojira vs. Mekagojira (Godzilla vs. Mechagodzilla II), Takao Okawara, 1993
L'un des opus les plus réussis de cette période. Visuellement le costume de Godzilla gagne encore en expressivité et il est même franchement terrifiant dans certains gros plans. C'est également le grand retour de Rodan et leurs affrontements sont tout à fait jouissifs et violents, bien soutenus par une mise en scène inventive, offrant quelques vues subjectives plutôt efficaces. Ces deux vétérans vont passer un très mauvais quart d'heure dès l'instant où Mechagodzilla intervient. Rien à voir avec le mecha d'autrefois qui était contrôlé par de méchants envahisseurs aliens : ici, le robot est le dernier espoir des Japonais. Terrassés à plusieurs reprises, les monstres ressuscitent et gagnent en puissance, et on apprend au passage que Godzilla possède un deuxième cerveau situé dans le fondement (chacun en tirera les conclusions qui s'imposent). Les décors sont bien variés, nous promenant de l'île déserte à la verte campagne, de la vieille ville de Kyoto à la zone industrielle, sous des éclairages tantôt nocturnes tantôt diurnes. À côté de ça, on est obligé de se gaver Godzilla Jr, certes relooké et moins tête à claque que celui d'il y a 20 ans, mais toujours agaçant dans son chantage à l'émotion. Les humains quant à eux ont cessé de se prendre la tête. Nulle rivalité ou trahison, pas de morale anti-scientiste, les enjeux sont simples : il faut régler son compte à Godzilla. Le monstre est néanmoins toujours personnifié de telle sorte qu'on ne se réjouisse jamais de ses défaites. Même en lui défonçant la gueule comme rarement, les humains ne se départissent jamais d'un certain respect, et ils le regarderont en tout sérénité s'enfoncer dans l'océan avec son rejeton retrouvé. Comment ça, déjà vu ?
Gojira vs. Supesugojira (Godzilla vs. SpaceGodzilla), Kensho Yamashita, 1994
40 bougies et un nouveau retour en arrière, puisque Gojira redevient le sauveur de la Terre. On le voit en effet "s'associer" aux humains dans leur combat contre le SpaceGodzilla, un monstre assez impressionnant, double maléfique né d'une mutation de cellules godzillesques qui se baladaient dans le cosmos. Bébé Godzi revient faire son intéressant tandis que des mini-Mothra se joignent à la fête. Les humains combattent à bord de Mogera, un robot géant franchement peu efficace. On retrouve également Miki la télépathe, personnage croisé régulièrement dans la série à partir de Godzilla vs. Biollante. Le début se passe dans une île du pacifique, fidèle en cela aux films des 60's. On tente diverses expériences sur la bête avant que n'arrive son cousin spatial qui devient un enjeu bien plus inquiétant. Les affrontements sont spectaculaires mais manquent un peu trop de corps à corps à mon goût, les monstres se contentant de se cracher leurs rayons à la gueule. C'est joli mais un peu répétitif et il y a peu de destruction. Une fois en ville, SpaceGodzilla fait sortir des cristaux géants du sol, et la baston se déroulera entièrement dans ce paysage irréel. Vu le film dans sa version américaine et je soupçonne un remontage à la sauvage, tant les transitions sont abruptes et le doublage aberrant. Pas un seul dialogue qui semble à sa place. L'intrigue en devient sympathiquement nanaresque, le film se résumant à de l'action non-stop. Je ne sais pas si la musique est d'origine mais elle est particulièrement en verve ici. On notera l'avertissement final comme quoi, à force de polluer la Terre, on mériterait bien de se ramasser d'autres résidus from outer space. C'est pas faute d'avoir prévenu.
Gojira : fainaru uôzu (Godzilla final wars), Kitamura, 2005
Kitamura assume l'héritage nanaro-kitsch de la série en revenant à ses fondamentaux : complots extraterrestres, acteurs d'opérette, péripéties débiles. Le film pourrait donner l'impression d'avoir été pensé pour une exportation facile (présence du gweilo Don Frye en gros bourrin ricain punchliner, seul personnage à parler inexplicablement anglais pendant tout le film, et à converser ainsi avec les Japonais). Cela faisait d'ailleurs une éternité que la franchise n'avait pas bénéficié d'une distribution internationale. Le réalisateur s'attarde malheureusement sur une intrigue assez hors-sujet à base d'affrontements pénibles entre humains mutants et aliens. La mise en scène est rarement de très bon goût, multipliant des effets branchouilles déjà datés, la palme revenant à une scène de poursuite en moto qui multiplie sans raison les cabrioles insensées. Par contre la séquence où la troupe de militaires affronte un homard géant dans une usine est bien impressionnante. Et c'est bien ça que souhaite le public. Voir en action le gros lézard et ses copains en mousse. De ce point de vue là, les espoirs sont largement récompensés. C'est même l'un des kaiju eiga les plus spectaculaires qu'il m'ait été donné de voir. Rarement, j'ai eu l'impression d'une dévastation aussi radicale de la planète. Le dynamisme des combats est poussé plus loin que tout ce qui s'est fait auparavant. Le Roi des monstres n'a d'ailleurs jamais été aussi balèze. Alors que dans les films précédents il passait toute la longueur du métrage à affronter un ou deux adversaires, il terrasse ici les mêmes en quelques minutes seulement, au grand désespoir du chef des méchants, obligé de sortir de sa manche un nouveau golgoth. Final wars est bien un film conçu par et pour des fans, à l'image du générique d'ouverture qui convoque des extraits des précédentes aventures de Godzilla. Voir défiler la quasi-intégralité du bestiaire de la Toho dans des décors clins d'oeil (les grandes mégalopoles mais aussi les décors exotiques des îles) procure une intense jubilation. Un spectacle très référencé, donc, nostalgique mais pas rétrograde. La suit-motion n'a pas dit son dernier mot face aux effets numériques.
par ÉLias_
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Mon dossier pour Cinétudes consacré à la saga de La Planète des singes s'enrichit d'un troisième volet. J'y aborde cette fois le prolongement de la franchise sur le petit écran au milieu dès années 70. Deux séries télévisées virent alors le jour, de qualité variable : Planet of the apes, réalisée en prises de vue réelles, et Return to the planet of the apes, série animée assez médiocre mais pas inintéressante. Pour lire l'article, clique ici.
Au programme de la mise à jour mensuelle de Cinétudes, Dario Argento, Tim Burton et Tetsuya Nakashima sont également à l'honneur. Et j'en profite pour te rappeller que toutes mes chroniques cinéma pour des sites externes sont accessibles depuis la colonne de gauche ("Chroniques kino"), tandis que le rayon "Kino" de ce blog rassemble les dérives cinéphiliques régulièrement publiées ici-même.
par ÉLias_
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Kino
Bilan d'une année cinéma 2007 caractérisée par la surprise. Des films que je n'attendais pas m'ont merveilleusement emballé tandis que ceux que je guettais m'ont tantôt désappointé, tantôt réjoui au-delà de mes espérances. Histoire d'assumer la part d'arbitraire dans le classement qui suit, je livre non pas un top 10 mais un top 11 de mes meilleurs moments en salle.
1. Persepolis, Marjane Satrapi+Vincent Paronnaud
Bouleversant. Le passage sur pellicule magnifie avec grâce et talent le touchant récit autobiographique de Marjane. Gloire également à Vincent "Winshluss" Paronnaud. Le travail sur l'animation est épatant de subtilité et l'inventivité constante de la mise en scène demeure au service des situations et des émotions. La drôlerie et le tragique se mêlent sans pathos abusif, et l'on quitte la salle le coeur longtemps serré.
2. Death proof (Boulevard de la mort), Quentin Tarantino
Extraordinaire. Mes yeux écarquillés par le fascinant spectacle de l'écran, ma mâchoire qui n'a pas décrispé de toute la projection, figée dans un sourire idiot. Maître d'oeuvre d'un film hors-normes, Tarantino manipule le spectateur avec un brio qui m'a laissé pantois. Le basculement du deuxième acte dans le cinéma de cascade semble vouloir ressuciter un art perdu. Quelle tension, quelle folie, quelle beauté dans ces scènes de bagnole. Un film sexy en diable, et Zoë Bell est ma nouvelle idole.
3. Exiled (Exilé), Johnnie To
Puissant. Je me contente ici de le citer mais le magistral diptyque Election du même To, également sorti cette année, mérite tout autant de rejoindre ce top. Je choisis finalement de mettre en avant cet Exiled, fabuleuse chanson de geste intemporelle, épure somptueuse qui réduit personnages et situations à des archétypes sans les appauvrir pour autant. D'une élégance vertigineuse, le style du metteur en scène explose à chaque plan et les morceaux de bravoure s'enchaînent et se complètent jusqu'à l'extase.
4. Das Leben der Anderen (La Vie des autres), Florian Henckel von Donnersmarck
Glaçant. À la fois film à suspense, réflexion sur l'art et le rôle de l'artiste, drame sentimental poignant, reconstitution historique manifestement très documentée et devoir de mémoire. Le casting particulièrement brillant, le magnifique personnage de l'actrice interprétée par Martina Gedeck étant le véritable coeur du film. La fin est certainement l'une des plus belles que j'ai vues cette année.
5. Stardust, Matthew Vaughn
Génial. Je suis entré simplement curieux de voir l'adaptation d'un conte de Neil Gaiman, j'en suis sorti gonflé d'euphorie. Caméra aérienne, Vaughn embarque le spectateur dans un ailleurs follement dépaysant, visuellement splendide, et mène son récit sur un rythme haletant. Sans jamais verser dans la bouffonnerie ou le cynisme de petit malin, le film est plein de drôlerie et d'irrévérence. On ne tombe jamais dans le mauvais goût et l'aventure n'en devient que plus pétillante. Les effets spéciaux sont vraiment réussis, et certaines séquences m'ont réellement collé des frissons par leur beauté et leur poésie.
6. American gangster, Ridley Scott
Grand. Le cinéma de Scott ne cesse de me fasciner au-delà du raisonnable. Formidablement aidé par l'admirable scénario de Steve Zaillian, le réalisateur semble réellement s'inscrire dans l'héritage du cinéma seventies d'un Lumet et signe ici une fresque époustouflante, qui derrière l'argument ascension et chute d'un parrain trace le bouillonnant portrait d'une époque, d'une société et du terreau qui la nourrit. Denzel Washington y réalise de nouvelles prouesses.
7. The Good shepherd (Raisons d'état), Robert De Niro
Impressionnant. Le casting prestigieux et le sujet laissaient craindre une reconstitution téléfilmesque aseptisée. Il n'en est heureusement rien. Repassant derrière la caméra, De Niro aborde le film d'espionnage servi là encore par un scénario d'une exceptionnelle ambition, dense et passionnant, signé Eric Roth (Révélations, Munich). Très bien entouré donc, Matt Damon incarne sur plusieurs décennies un personnage froid mais non calculateur sur lequel glissent les drames du monde comme ceux de sa vie privée.
8. We own the night (La Nuit nous appartient), James Gray
Superbe. Retour longtemps guetté et en grande forme d'un cinéaste précieux — trois films en treize ans — qui s'impose définitivement comme un grand classique américain. On plonge dans la nuit d'une nouvelle tragédie familiale, on assiste impuissant à une spirale de violence qui s'achève en suspension, sans réelle victoire. Histoire d'hommes avant tout, ce film sombre peut aussi être vu comme une ode au talent bouleversant de Joaquin Phoenix.
9. The Assassination of Jesse James by the coward Robert Ford (L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford), Andrew Dominik
Un bien beau film, d'une mélancolie insondable. Le réalisateur opte pour un rythme très contemplatif, qui s'accorde aux images sublimées par la photographie crépusculaire de Roger Deakins. Et pourtant, malgré la profusion de détails, le tissage assez serré d'événements et de relations entre les uns et les autres, avec cette bande qui finit véritablement par devenir une authentique famille redonnant un nouveau sens à l'expression "les liens du sang", on reste avec l'impression pas désagréable que le monde intérieur des personnages nous échappe. Seul demeurera ce que la légende aura choisi de garder. L'épilogue désabusé de cet anti-western m'a beaucoup touché, et j'avoue que j'avais envie de prolonger le voyage avec ces personnages au pathétique destin.
10. Youth without youth (L'Homme sans âge), Francis Ford Coppola
Unique. Une oeuvre de poète, osée, étrange et finalement très attachante, riche d'idées formelles qui laissent deviner la touche du fidèle complice Walter Murch au montage. L'Homme sans âge c'est l'histoire d'une quête douloureuse à travers le temps des hommes, un voyage passionnant aux origines du langage, une romance mystique qui n'est pas sans évoquer Bram Stoker's Dracula, alternant moments dérangeants et pur envoûtement. Francis is still alive.
11. La Graine et le mulet, Abdellatif Kechiche
Magique. J'avoue avoir lutté durant la première demi-heure, aucun des parti-pris du réalisateur — tant formels que narratifs — ne trouvant grâce à mes yeux. Et puis le dispositif trouve bientôt sa raison d'être, évitant avec une discrète virtuosité les nombreux pièges qu'on pensait voir venir. Et nous voilà captivés, littéralement absorbés au coeur d'une véritable épopée humaine, juste et magnifique, presque étouffante de vie. Ce fut là mon expérience filmique de l'année.
Si j'omets du classement le terrifiant Bug de William Friedkin c'est uniquement parce que je l'avais découvert en avant-première l'an dernier.
Parmi les séances remarquables, je retiens malgré quelques fautes de goût le touchant Rocky Balboa, le surprenant La Môme (bien plus qu'une biographie d'artiste, j'y ai vu un beau film sur la mémoire doublé d'une performance d'actrice sans équivalent), le fort triste Control, les peu joyeuses Promesses de l'ombre, les émotions insoupçonnées des Chansons d'amour, le charme irrésistible des Amours d'Astrée et de Céladon, le bouleversant Scaphandre et le papillon, l'ébouriffant Ratatouille, l'expérience visuelle de 300, la belle histoire d'Angel, la profondeur de Zodiac, la drôlerie de The Simpsons movie, la généreuse folie de Planet terror.
Dans la famille "les papys ont décidément de beaux restes", je choisis Sidney Lumet (7h58 ce samedi-là) et Woody Allen (Cassandra's dream), deux films intensément noirs sur la famille.
Dans la catégorie des plaisirs coupables, je me suis surpris à jubiler devant Spider-man 3 et Transformers, pourtant aberrants à plus d'un titre.
Dans la série des rendez-vous manqués, je suis un peu resté hermétique à l'Inland empire de Lynch et au Retribution de Kurosawa. Et j'ai été déçu par le retour bien fade d'Anthony Minghella (Par effraction).
C'était pas très bon : Pirates of the Caribbeans at world's end, La Cité interdite, Sunshine, London to Brighton, Die hard 4.0, Hostel part II, 28 weeks later, L'Ennemi intime, La Boussole d'or.
1. Persepolis, Marjane Satrapi+Vincent ParonnaudBouleversant. Le passage sur pellicule magnifie avec grâce et talent le touchant récit autobiographique de Marjane. Gloire également à Vincent "Winshluss" Paronnaud. Le travail sur l'animation est épatant de subtilité et l'inventivité constante de la mise en scène demeure au service des situations et des émotions. La drôlerie et le tragique se mêlent sans pathos abusif, et l'on quitte la salle le coeur longtemps serré.
2. Death proof (Boulevard de la mort), Quentin TarantinoExtraordinaire. Mes yeux écarquillés par le fascinant spectacle de l'écran, ma mâchoire qui n'a pas décrispé de toute la projection, figée dans un sourire idiot. Maître d'oeuvre d'un film hors-normes, Tarantino manipule le spectateur avec un brio qui m'a laissé pantois. Le basculement du deuxième acte dans le cinéma de cascade semble vouloir ressuciter un art perdu. Quelle tension, quelle folie, quelle beauté dans ces scènes de bagnole. Un film sexy en diable, et Zoë Bell est ma nouvelle idole.
3. Exiled (Exilé), Johnnie ToPuissant. Je me contente ici de le citer mais le magistral diptyque Election du même To, également sorti cette année, mérite tout autant de rejoindre ce top. Je choisis finalement de mettre en avant cet Exiled, fabuleuse chanson de geste intemporelle, épure somptueuse qui réduit personnages et situations à des archétypes sans les appauvrir pour autant. D'une élégance vertigineuse, le style du metteur en scène explose à chaque plan et les morceaux de bravoure s'enchaînent et se complètent jusqu'à l'extase.
4. Das Leben der Anderen (La Vie des autres), Florian Henckel von DonnersmarckGlaçant. À la fois film à suspense, réflexion sur l'art et le rôle de l'artiste, drame sentimental poignant, reconstitution historique manifestement très documentée et devoir de mémoire. Le casting particulièrement brillant, le magnifique personnage de l'actrice interprétée par Martina Gedeck étant le véritable coeur du film. La fin est certainement l'une des plus belles que j'ai vues cette année.
5. Stardust, Matthew VaughnGénial. Je suis entré simplement curieux de voir l'adaptation d'un conte de Neil Gaiman, j'en suis sorti gonflé d'euphorie. Caméra aérienne, Vaughn embarque le spectateur dans un ailleurs follement dépaysant, visuellement splendide, et mène son récit sur un rythme haletant. Sans jamais verser dans la bouffonnerie ou le cynisme de petit malin, le film est plein de drôlerie et d'irrévérence. On ne tombe jamais dans le mauvais goût et l'aventure n'en devient que plus pétillante. Les effets spéciaux sont vraiment réussis, et certaines séquences m'ont réellement collé des frissons par leur beauté et leur poésie.
6. American gangster, Ridley ScottGrand. Le cinéma de Scott ne cesse de me fasciner au-delà du raisonnable. Formidablement aidé par l'admirable scénario de Steve Zaillian, le réalisateur semble réellement s'inscrire dans l'héritage du cinéma seventies d'un Lumet et signe ici une fresque époustouflante, qui derrière l'argument ascension et chute d'un parrain trace le bouillonnant portrait d'une époque, d'une société et du terreau qui la nourrit. Denzel Washington y réalise de nouvelles prouesses.
7. The Good shepherd (Raisons d'état), Robert De NiroImpressionnant. Le casting prestigieux et le sujet laissaient craindre une reconstitution téléfilmesque aseptisée. Il n'en est heureusement rien. Repassant derrière la caméra, De Niro aborde le film d'espionnage servi là encore par un scénario d'une exceptionnelle ambition, dense et passionnant, signé Eric Roth (Révélations, Munich). Très bien entouré donc, Matt Damon incarne sur plusieurs décennies un personnage froid mais non calculateur sur lequel glissent les drames du monde comme ceux de sa vie privée.
8. We own the night (La Nuit nous appartient), James GraySuperbe. Retour longtemps guetté et en grande forme d'un cinéaste précieux — trois films en treize ans — qui s'impose définitivement comme un grand classique américain. On plonge dans la nuit d'une nouvelle tragédie familiale, on assiste impuissant à une spirale de violence qui s'achève en suspension, sans réelle victoire. Histoire d'hommes avant tout, ce film sombre peut aussi être vu comme une ode au talent bouleversant de Joaquin Phoenix.
9. The Assassination of Jesse James by the coward Robert Ford (L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford), Andrew DominikUn bien beau film, d'une mélancolie insondable. Le réalisateur opte pour un rythme très contemplatif, qui s'accorde aux images sublimées par la photographie crépusculaire de Roger Deakins. Et pourtant, malgré la profusion de détails, le tissage assez serré d'événements et de relations entre les uns et les autres, avec cette bande qui finit véritablement par devenir une authentique famille redonnant un nouveau sens à l'expression "les liens du sang", on reste avec l'impression pas désagréable que le monde intérieur des personnages nous échappe. Seul demeurera ce que la légende aura choisi de garder. L'épilogue désabusé de cet anti-western m'a beaucoup touché, et j'avoue que j'avais envie de prolonger le voyage avec ces personnages au pathétique destin.
10. Youth without youth (L'Homme sans âge), Francis Ford CoppolaUnique. Une oeuvre de poète, osée, étrange et finalement très attachante, riche d'idées formelles qui laissent deviner la touche du fidèle complice Walter Murch au montage. L'Homme sans âge c'est l'histoire d'une quête douloureuse à travers le temps des hommes, un voyage passionnant aux origines du langage, une romance mystique qui n'est pas sans évoquer Bram Stoker's Dracula, alternant moments dérangeants et pur envoûtement. Francis is still alive.
11. La Graine et le mulet, Abdellatif KechicheMagique. J'avoue avoir lutté durant la première demi-heure, aucun des parti-pris du réalisateur — tant formels que narratifs — ne trouvant grâce à mes yeux. Et puis le dispositif trouve bientôt sa raison d'être, évitant avec une discrète virtuosité les nombreux pièges qu'on pensait voir venir. Et nous voilà captivés, littéralement absorbés au coeur d'une véritable épopée humaine, juste et magnifique, presque étouffante de vie. Ce fut là mon expérience filmique de l'année.
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Si j'omets du classement le terrifiant Bug de William Friedkin c'est uniquement parce que je l'avais découvert en avant-première l'an dernier.
Parmi les séances remarquables, je retiens malgré quelques fautes de goût le touchant Rocky Balboa, le surprenant La Môme (bien plus qu'une biographie d'artiste, j'y ai vu un beau film sur la mémoire doublé d'une performance d'actrice sans équivalent), le fort triste Control, les peu joyeuses Promesses de l'ombre, les émotions insoupçonnées des Chansons d'amour, le charme irrésistible des Amours d'Astrée et de Céladon, le bouleversant Scaphandre et le papillon, l'ébouriffant Ratatouille, l'expérience visuelle de 300, la belle histoire d'Angel, la profondeur de Zodiac, la drôlerie de The Simpsons movie, la généreuse folie de Planet terror.
Dans la famille "les papys ont décidément de beaux restes", je choisis Sidney Lumet (7h58 ce samedi-là) et Woody Allen (Cassandra's dream), deux films intensément noirs sur la famille.
Dans la catégorie des plaisirs coupables, je me suis surpris à jubiler devant Spider-man 3 et Transformers, pourtant aberrants à plus d'un titre.
Dans la série des rendez-vous manqués, je suis un peu resté hermétique à l'Inland empire de Lynch et au Retribution de Kurosawa. Et j'ai été déçu par le retour bien fade d'Anthony Minghella (Par effraction).
C'était pas très bon : Pirates of the Caribbeans at world's end, La Cité interdite, Sunshine, London to Brighton, Die hard 4.0, Hostel part II, 28 weeks later, L'Ennemi intime, La Boussole d'or.
par ÉLias_
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Kino

Unforgiven (Impitoyable), Clint, 1992
Multiprimé aux Oscars, Unforgiven a certainement imposé le statut de grand réalisateur américain du señor Eastwood. Incontestablement, il s'agit là d'un de ses plus beaux films, doté d'une photographie à tomber, tant dans les intérieurs sombres et rustiques que dans les extérieurs froids et désolés. Dédié à Sergio et Don, Unforgiven est un déboulonnage impitoyable des mythes de l'Ouest tels que popularisés par des décennies de westerns, mais aussi de la figure même du héros eastwoodien, synthèse et antithèse des pistoleros vengeurs incarnés précédemment. S'il n'est pas vraiment neuf, le masochisme de l'acteur n'a sans doute jamais été aussi loin. William Munny est un homme vieilli, une véritable loque obsédée par la mort et la pourriture, rongée par les remords d'un passé sanglant. La violence est ici omniprésente, la mort sale, les légendes dissimulent mal les mensonges et impostures sur lesquelles elles se sont fondées. Gene Hackman compose un subtil vilain, Richard Harris en vieux beau est bien maltraité. Et puis il y a ce choeur de prostituées, femmes traitées comme des moins que rien qui incarnent ces voix de l'Amérique qu'on n'entend pas. Ce sont elles qui mettront en mouvement l'action. Le thème musical de Lennie Niehaus, sobre et empreint d'une profonde tristesse, apporte une dimension nostalgique supplémentaire. Chef-d'oeuvre ?
A perfect world (Un monde parfait), Clint, 1993
Un de mes films préférés, que je n'hésite justement pas à qualifier de parfait et qui m'a toujours fasciné par sa grande richesse thématique (les rapports père/fils sont clairement le coeur d'un récit poignant), son impeccable maîtrise formelle (cette superbe, poétique et énigmatique ouverture sur Costner en dormeur du val), et en même temps sa simplicité affichée (pas de grands éclats, une façon d'être très proche des personnages sans péché d'angélisme, le rôle en mode mineur qu'endosse Clint). Les scènes s'enchaînent, entre tranquillité et violence. Le scénario original de John Lee Hancock est franchement un bijou et la photo quasi estivale de Jack Green donne une couleur chaleureuse à ce qui demeure une tragédie. Grand.

The Bridges of Madison County (Sur la route de Madison), Clint, 1995
C'est à l'occasion de cette récente retrospective-maison que j'ai enfin découvert ce merveilleux film. Les premières minutes m'ont inquiété, avec ce portrait des enfants un peu caricatural. Par la suite l'évolution du frère et de la soeur à la lecture des mémoires de leur mère conservera une certaine prévisibilité mais gagnera énormément en justesse et en sensibilité (superbe scène nocturne sur la rivière). J'oublie vite ces réserves pour plonger dans le récit de ces quatre jours entre un homme et une femme. Quatre jours qui resteront comme un tisonnier brûlant planté dans leur coeur jusqu'à la mort. Le pari était loin d'être évident pour ne pas tomber dans le mélo sirupeux ou le romantisme poussiéreux. Eastwood retrouve la veine sensible qui l'avait inspiré sur le très beau Breezy. Il filme le quasi-rien, un geste, un regard, une attente, une discussion qui se prolonge dans la nuit, entre complicité et malentendu. L'air, la pluie, sont palpables et immortalisent d'indéfinissables sentiments. L'érotisme et la compréhension qui peuvent naître entre deux être sont rendus avec une précieuse subtilité. On a l'agréable et troublante impression que ces personnages existent, prennent chair. La caméra épouse véritablement l'âme du personnage interprété par Meryl Streep et les mots me manquent pour qualifier son interprétation. Et puis on sent l'odeur, l'air et la chaleur de cette campagne isolée, Clint en profitant pour faire partager son goût du blues et du jazz (argh, les ballades de Johnny Hartman). Cette chronique d'une passion m'a d'autant plus touché qu'elle évite la surdramatisation et n'amène jamais vraiment à juger ses personnages alors que la question morale est bien présente. Million dollar baby m'avait grandement impressionné en montrant pour la première fois à ma connaissance le visage d'un Clint défait, en pleurs. J'ai découvert ici un acteur encore plus méconnaissable, dans le rôle si vrai d'un homme simple qui croyait posséder la maîtrise de son existence et qui va petit à petit être séduit puis complètement bouleversé par des sentiments nouveaux. Le comédien démontre une vérité de jeu tout simplement hallucinante, avec une économie de moyens admirable. Quel film !
Absolute power (Les Pleins pouvoirs), Clint, 1997
Un divertissement policier fort sympathique, abordé avec beaucoup de force et en même temps de décontraction par Eastwood. Il n'hésite pas à nous montrer un pouvoir politique perverti jusqu'aux plus hauts échelons (avec citation explicite du Watergate), distillant ainsi derrière les conventions d'un genre gentiment balisé une délicieuse subversion. Encore une fois, compléments d'une intrigue principale à la noirceur souvent étonnante, ce sont les scènes de simples discussions entre les personnages qui sont les plus attachantes, vivantes. Le personnage et l'interprétation d'Ed Harris sont de ce point de vue assez géniaux. Le réalisateur n'en oublie néanmoins pas de ficeler de magnifiques scènes de suspense, dont on retiendra en particulier le rendez-vous au café, petit chef-d'oeuvre de mise en place. On pourra tout de même regretter que la conclusion arrive si vite et que le jeu jubilatoire du chat et de la souris ne se poursuive pas avec un peu plus de sophistication, de tension. Au final, tout ça manque peut-être un peu de danger mais je n'ai pas boudé mon plaisir.

Midnight in the garden of good and evil (Minuit dans le jardin du bien et du mal), Clint, 1997
De l'art de faire oublier qu'on est au cinéma. Je ne l'avais pas revu depuis sa sortie, et ce titre m'est apparu dans toute sa grandeur. Un récit magistralement mené sur un rythme presque onirique. Car le film est un voyage. Le spectateur colle littéralement aux semelles de John Cusack, explorateur cherchant ses marques au sein de l'exotique ville de Savannah, découvrant ses habitants et ses rituels. Sans pour autant perdre de vue l'intrigue "principale", ce sont surtout des existences que le réalisateur s'attache à peindre, avec une simplicité qui renforce paradoxalement le caractère fantasque voire fantastique de cette communauté. Ce qui est vraiment appréciable c'est que le procès en cours ne débouche pas sur la révélation d'une vérité certaine. Ce qui compte, c'est finalement davantage ce qu'on croit que ce qu'on sait, l'idée de la confiance dans la fiction qu'on se fabrique. Comme le dit Kevin Spacey à la fin : la vérité se trouve dans l'oeil du spectateur. Interprétation de premier plan. Superbe photographie de Jack Green (les teintes boisées, la verdure envahissante, les nuits profondes). Si je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un Eastwood majeur, c'est certainement un des plus envoûtants (et le terme trouve ici tout son sens). Sa longue durée est un atout.
True crime (Jugé coupable), Clint, 1999
Découvert un film que je n'espérais franchement pas aussi beau et puissant. Dans cette vision complètement désenchantée d'une Amérique et de ses éternels délaissés, je retrouve intacte toute la maîtrise et l'élégance de cette dernière période du cinéaste. Le personnage de journaliste qu'il interprète est vraiment formidable, type qui a échoué bien bas et qui s'en fout, profitant de la vie comme il peut et redécouvrant soudain le sens de l'engagement. Le réalisateur ne se contente pas de boucler un film de plus sur l'erreur judiciaire, son héros est montré dans ses moments d'hypocrisie, de lâcheté. Et quand bien même il s'acquitte de sa mission, il se fait renvoyer à la gueule le côté dérisoire de cette lutte (le dialogue avec la grand-mère qui lui fait remarquer que des innocents sont victimes d'injustice tous les jours sans que personne n'intervienne). Eastwood n'est jamais dupe du spectacle qu'il propose, il ne cherche certainement pas à nous donner bonne conscience. C'est d'une force et d'une dignité constante. Le récit impose une course contre la montre diablement efficace (l'action tient en à peine 24h) et pourtant rien ne sonne faux. Les scènes avec la petit fille de Clint sont remarquables et dégagent un naturel charmeur (superbe visite du zoo). Des moments de pure bouffonnerie y trouvent tout autant leur place, avec notamment un James Wood grandiose (pléonasme, je te l'accorde). Une très belle surprise.

Space cowboys, Clint, 2000
J'ai l'impression que ce Eastwood est un peu mésestimé, jugé au mieux anecdotique au pire ridicule. Pour ma part, j'avais été conquis dès sa découverte en salle. Le pitch est osé, assurément. Comment concevoir en effet qu'un gros studio accepte de produire un film ayant pour héros des représentants du troisième âge, donc à mille lieues des contingences marketing ? Space cowboys fait donc figure de petit miracle. Et c'est une oeuvre bien mélancolique que livre Clint. Le réalisateur désormais septuagénaire nous offre un regard sur la vieillesse sans condescendance, un mariage harmonieux entre comédie, drame et film d'action. Fluidité de la mise en scène, qualité de l'interprétation, en particulier un Tommy Lee Jones plus que parfait, profondément humain. On est parfois pas loin du film de potes et les yeux rieurs du quatuor de papys laissent facilement deviner l'amusement réel des comédiens sur le plateau. Les effets spéciaux qui m'avaient énormément impressionné en salle tiennent bien la route et j'adore la façon dont le vieux satellite russe est doté d'une vraie personnalité grâce à son design, son animation et ses effets sonores. Le dernier plan du film est fabuleux, un véritable poème. Plus qu'un agréable divertissement, une oeuvre émouvante et belle que je prends énormément de plaisir à revoir.
Mystic river, Clint, 2003
Une tragédie d'une densité assez éprouvante, un film tendu et douloureux servi par une troupe d'acteurs éblouissants. Clint ne fait appel qu'à des têtes connues sans que l'on perde de vue le personnage derrière la star et sans non plus tomber dans le numéro d'acteur. Je demeure en admiration devant la moindre subtilité du jeu des interprètes. L'histoire est d'autant plus bouleversante qu'on sait assez vite qu'il ne pourra jamais y avoir d'issue dès lors qu'il est question d'enfance gâchée. La quête d'absolution n'aboutira qu'à un écoeurant simulacre où nul ne sort libéré de son propre drame, de sa culpabilité. Fidèle à lui-même, le regard du cinéaste ne vient juger personne, il se pose avec une douceur et une honnêteté désarmantes sur des événements bien atroces qui résonnent profondément en nous car il brasse finalement des inquiétudes et des sentiments universels. Un très beau film dont je suis loin d'avoir fait le tour.

Million dollar baby, Clint, 2004
Souvenir d'une séance de cinéma magique : l’objectivité du spectateur est une chimère, qu’on peut prétendre approcher dans certains cas. Mais lorsqu’il s’agit de Clint, il faudra accepter de me voir quasiment conquis d’avance, fétichisant le moindre élément composant le film (la seule apparition du logo Warner bros. suffit à démarrer mes frissons). Million dollar baby s'est donc révélé à moi comme une œuvre magnifique, presque hors du temps. À plusieurs reprises, je me faisais en effet la réflexion qu'il n'était pas si évident que ça de situer l'action à une époque précise. Tout — des décors aux personnages — semble figé dans une sorte d’entre-deux monde (le passé et l’avenir, la faute et le pardon, l’ombre et la lumière), un lieu où les fantômes du passé ont leur place. J'adore ce goût que cultive Eastwood de film en film pour le clair-obscur, la sous-exposition à la limite des conventions admises par les majors qui le financent. Ici, on atteint de nouveaux sommets, et Tom Stern mérite désormais pleinement sa place aux côtés des fidèles Jack Green et Bruce Surtees. La découverte de cet univers visuel en scope a fait son petit effet à l’ouverture du film, avec ces ambiances nocturnes aux frontières du réel. De même, le travail sur le son est tout à fait remarquable, dynamisant incroyablement les scènes de boxes, elles-mêmes brillamment chorégraphiées. Buddy Van Horn s'est surpassé : les coups font mal, et la succession de KO est franchement spectaculaire. Eastwood manipule son spectateur en maître. J’ai rarement eu à ce point l’impression de faire corps avec un film. La progression optimiste de la première partie m’a mis en confiance. Les personnages parviennent à se sortir des pièges qui se dressent sur leur chemin, le film évitant ou traitant avec subtilité certains passages obligés. Par exemple, on sait très bien que Clint va accepter d’entraîner Swank, et qu’elle se révèlera douée ; mais là n'est pas l'essence du film. Le spectateur est pris par la main et baladé d'une émotion à l'autre, il commence à se plaire au milieu de ces personnages attachants, même si tout n’est pas rose, comme dans la vie. Le match à Las Vegas arrive alors, particulièrement chargé d'attentes, et on ignore tout de l'issue qui pourra être la sienne. Après quelques difficultés, notre héroïne semble en passe de remporter la victoire et Clint choisit de la mettre à terre à ce moment-là, ce qui produit un effet assez inouï, qui m’a personnellement laissé le souffle coupé. C'est peu de dire que l'interprétation de Hillary Swank est magistrale. On oublie complètement l’actrice au profit de cet incroyable personnage plein de ténacité. Quant à Clint, plus j’y repense, plus je me rends compte de la puissance de sa performance, toute en intériorité, jusqu’à cette scène hallucinante où son visage en larmes se décompose littéralement face au prêtre. Son personnage est vraiment riche, avec son questionnement sur la foi, sa quête d'une famille, et tout un tas d’autres trucs qui ne s’expriment pas mais qu’on ressent (les non-dits sont ici particulièrement prégnants). Le texte narré en voix off par Freeman est sublime et les échanges entre les deux vieux briscards sont à la fois pleins de malice et lourds du poids du passé. Clint parvient ici à une alchimie assez rare, pour une oeuvre qui ne me semble jamais tapageuse ou malhonnête sur un sujet difficile, où la vie finit quand même par sortir gagnante (magnifique dernier plan). Lorsque les lumières sont revenues dans la salle, les applaudissements spontanés des spectateurs célébraient comme rarement un authentique sentiment de fusion. Au final, je crois que j’ai été autant bouleversé par l'émotion que charrie le récit que par la réussite cinématographique que représente ce superbe film.
Flags of our fathers (Mémoires de nos pères), Clint, 2006
Un grand et beau film — complexe. Une reconstitution audacieuse à l'atmosphère profondément triste. Aucun manichéisme, une volonté d'être juste avec tout le monde en n'oubliant personne. Scène absolument formidable, le buffet avec les mères des soldats contient le discours de quasiment tout le film. Flags of our fathers est une passionnante réflexion sur la médiatisation en tant qu'arme politique, cette capacité d'une nation à préférer vivre dans la fable. Un faux film de guerre à l'approche très originale, pour ne pas dire inédite. J'ai aimé la façon dont les soldats revivent par flash le champ de bataille et je trouve assez admirable de construire un film sur l'histoire d'une photographie, point de départ faussement dérisoire qui renferme un véritable océan de drames humains. Clint retarde l'instant décisif du cliché sans jamais chercher à faire le malin. Les scènes de guerre sont éprouvantes, aucun plan ne respire la facilité, et c'est même généreux en gore. Je ne m'attendais pas à un film aussi spectaculaire, réalisé avec autant de moyens. À l'époque de Firefox puis de Space cowboys, Eastwood déclarait que ça l'ennuyait de tourner des films à effets spéciaux. On peut dire que là il s'est lâché et c'est certainement son plus gros budget à ce jour. Je ne trouve pas qu'il se soit perdu pour autant, il démontre au contraire une époustouflante maîtrise. C'est bien simple, j'étais véritablement au coeur de cette atroce mêlée, sur ce bout de rocher infernal qu'est l'île d'Iwo Jima. Il m'a fallu cependant un peu batailler contre moi-même et ma vénération pour le reconnaître, mais la construction très éclatée du récit m'a parue parfois confuse. Je dis bien parfois. En fait, c'est surtout l'identification des nombreux personnages (entre leur nom, leur visage et leurs actions respectives) et les scènes au présent avec le fils et les personnes interviewées qui m'ont un peu paumé. On n'identifie pas toujours celui qui raconte. Et j'ai eu l'impression que le dernier quart d'heure n'en finissait pas de conclure sur fond de ritournelle bluesy, au point d'assécher un peu mon émotion (les derniers mots entre le père et le fils auraient du me bouleverser). Cela dit j'ai beaucoup aimé le dernier plan, image faussement apaisée du passé, pause presque irréelle qui deviendra pour les personnages un moment d'une saveur inégalable.

The End ?
par ÉLias_
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«Watch the skies...»
Réalisé en totale indépendance par le californien Tom Graeff, Teenagers from outer space (L'Invasion martienne en VF) fait partie de ces savoureuses productions SF des fifties, outrageusement fauchées et dont les ambitions sont clairement compromises par la faiblesse des moyens et des talents. Et c'est ça qui est bon. Au programme : petite ville tranquille, soucoupes volantes, gros monstre, squelettes et personnages décérébrés. Je t'invite à lire ma chronique du film pour Nanarland, en cliquant ici.
par ÉLias_
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Any which way you can (Ça va cogner !), Buddy Van Horn, 1981
Every which way but loose avait fait un carton, le plus gros succès qu'aura connu Malpaso. Eastwood s'autorise logiquement une suite, confiant cette fois la mise en scène à son fidèle chef cascadeur, qui s'acquitte de sa tâche sans réel génie. On est loin de l'énergie et de la fraîcheur du premier opus. Les personnages sont moins bien écrits, Sondra Locke joue les utilités, et si quelques gags font toujours mouche (Clyde défonçant les bagnoles, le gang des Black Widows toujours aussi rigolo), le film se vautre un peu trop souvent dans la vulgarité — parfois réjouissante c'est vrai, mais souvent abusive. Il y a en particulier cette infâme nuit au motel où tous les personnages semblent soudain pris d'une frénésie sexuelle, y compris Clyde et cette bonne vieille Ma. L'aspect le plus réussi demeure la confrontation entre les deux champions du film, Philo Beddoe et son adversaire Wilson. Confrontation faite de fair play malgré la présence de mafieux en organisateurs de combat. La baston finale demeure un moment d'anthologie pour les amateurs de bourre-pif et de cinéma burlesque. Musicalement, l'atmosphère country est toujours aussi agréable, avec notamment le chaleureux morceau d'ouverture Beers to you, interprété par Clint et Ray Charles.
Firefox, Clint, 1982
Certainement l'un des films les moins intéressants et les moins personnels de Clint, mais sa présence et son talent de réalisateur en font un divertissement efficace. Pour moi c'est surtout un grand souvenir d'enfance. La photo de Surtees est superbe, le scope est géré avec élégance. La première partie joue la carte de l'espionnage et de l'infiltration. Le vétéran Mitchell Gant reprend du service pour aller dérober un avion top secret au coeur même du territoire ennemi. La tension est permanente, le héros ne cessant de voir son identité contrôlée par la police moscovite ou le KGB. On a vraiment le sentiment que la moindre erreur peut être fatale. Le régime soviétique nous est montré comme un état policier où même les touristes américains sont suspects, où le délit d'opinion existe et vous condamne à des années de cachot. Les militaires sont du type droit dans mes bottes et ont toujours un train de retard sur la stratégie des américains. Et si leur Firefox est effectivement d'une technologie supérieure, ils le doivent en grande partie aux scientifiques juifs qu'ils détiennent prisonniers et qu'ils obligent à collaborer. Heureusement, les autorités russes n'ont pas su éteindre le sentiment d'injustice et de révolte et l'on croisera quelques opposants prêts à se sacrifier pour la cause américaine. Parmi les points vraiment faibles, on sourira de l'inévitable trauma vietnamien qu'Eastwood ne fait pas beaucoup d'effort pour rendre convaincant (flashback aux effets de montage paresseux, frémissement de narine). La dernière partie vire au spectaculaire avec cette longue fuite à bord du Firefox et ce déploiement d'effets spéciaux signés John Dykstra, plutôt sympathiques même si les incrustations ont un peu mal vieillis. L'appareil supersonique file en rase-mottes, créant derrière lui un souffle qui retourne les forêts et soulève les océans. En parallèle, on a droit aux réunions stratégiques il est vrai peu palpitantes de l'état-major soviétique, face à la coolitude des ricains. Le duel entre les deux avions sera le clou du spectacle. Voir Firefox en VO change pas mal la personnalité du protagoniste. La voix de Clint semble beaucoup moins assurée que celle de son doubleur, rendant donc son personnage bien plus vulnérable. J'ai vu le film un paquet de fois en VF et je m'étais au contraire habitué à un héros plutôt décontracté, notamment sur quelques répliques que j'adore mais qui n'ont plus du tout le même ton en VO.

Honkytonk man, Clint, 1982
Maîtrisé, profondément humain et humble, Honkytonk man est un road movie initiatique qui se révèle aussi riche qu'émouvant dans son portrait d'une certaine Amérique. À travers la peinture d'une relation adulte/gamin — qu'Eastwood abordera sous un angle nouveau avec Un monde parfait — c'est tout un pan de l'Histoire américaine qui nous est ainsi dévoilé. On retrouve cette thématique de la famille recomposée, avec notamment le personnage du grand-père, dernier témoin d'un monde révolu. Le film est touchant parce qu'il pose un regard juste sur ses héros, il ne les idéalise aucunement, oscillant entre le drame et de vrais moments de drôlerie picaresque. Il me semble vraiment passionnant parce qu'il autorise plusieurs approches, la musique n'en étant pas la moindre et la bande son est superbe. Si on peut trouver la conclusion prévisible, sa simplicité me laisse toujours bouleversé. L'idée que la musique rend l'homme éternel est toute simple, mais c'est amené sans prétention et je trouve ça beau.
Sudden impact (Le Retour de l'inspecteur Harry), Clint, 1983
On retrouve cette bonne vieille trogne d'inspecteur, plus rentre-dedans que jamais. Il sème les cadavres partout où il passe, collant des sueurs froides à ses supérieurs. Le film semble chercher à atteindre de façon presque maladive un point-limite, poussant la logique du personnage jusqu'à rendre indispensable une sortie de route. On quitte alors San Francisco pour la petite ville portuaire de San Paulo. Les punchlines sont toujours aussi irrésistibles, mais l'enquête principale qui l'a mené ici révèle un drame bien malsain qui finit par largement prendre le pas sur cette apparente légèreté. Ça en devient même assez irréaliste avec une bande de tarés congénitaux, un décor de fête foraine, et toute une série d'images bien symboliques. En ange exterminateur, Sondra Locke est excellente, entre froide détermination et vraie fêlure (terrifiant autoportrait peint). Callahan lui-même devient inhumain, sortant miraculeusement indemne des nombreuses tentatives d'assassinat, allant jusqu'à surgir d'une poubelle et revenant quasiment d'entre les morts à la fin. Eastwood donne l'impression de s'autoriser toute latitude pour ne pas sombrer dans la facilité de la redite. Tout n'est pas toujours inspiré : l'utilité douteuse du pote d'Harry, le clébard pêteur ; Mais au final, c'est un polar assez déstabilisant, d'une noirceur inédite.

Tightrope (La Corde raide), Richard Tuggle, 1984
Excellent film où Clint interprète avec talent un flic particulièrement ambigu, à côté duquel Harry fait presque figure de mormon. Il poursuit avec cette histoire de serial killer l'exploration de sa part sombre, et ce n'est guère reluisant. Divorcé et père de deux enfants, Wes Block est habité par certaines obsessions que son travail et cette enquête en particulier lui permettent de concrétiser. En gros, ça suinte pas mal le sexe et l'on navigue entre fantasme, folie et crudité bien réelle. L'ambiance de la Nouvelle-Orléans rend tout ça encore plus fascinant, avec ces scènes de carnaval, ces masques et tous ces bars louches, et la photographie de Bruce Surtees réalise encore des miracles. Si le mot "interlope" a un sens, c'est bien ici qu'il le trouve. Étonnante scène de la visite de la fabrique de bière, remplie de symboles sexuels. La psychologie du tueur échappe à toute logique, et sa capacité à apparaître n'importe où et à maîtriser une patrouille entière de police abuse certes un peu trop des conventions du genre, ou en tous cas demande beaucoup de crédulité au spectateur. Mais on est agréablement perdu par une intrigue et des effets qui multiplient les parallèles entre le serial killer et celui qui le traque. On se rend alors compte que le flic précède systématiquement le tueur, jusqu'à un ultime face à face assez éprouvant. Très chouette présence de la toute jeune Alison Eastwood. Le rôle de Genevieve Bujold est intéressant, mais sa relation avec Clint m'a parue un peu forcée.
City heat (Haut les flingues), Richard Benjamin, 1984
Prometteur sur l'affiche, le duo Reynolds/Eastwood aurait pu fonctionner davantage au sein de ce polar léger et rétro. Comme souvent, Clint conserve son attitude stoïque et mutique. Il reste passif durant les bagarres, jusqu'à ce qu'un coup qui ne lui était pas destiné l'atteigne. Il voit alors rouge et sort de ses gonds, c'est très drôle. En contrepartie, Burt est réellement celui qui emporte le morceau. Son personnage de détective privé fanfaron a bien plus de présence à l'écran et mène véritablement l'action. Les deux compères ne se réunissent vraiment que dans la dernière demi-heure, avec de bons moments bien loufoques tel celui où ils font face au big boss portant une malette prétendument piégée, où lorsqu'ils vont libérer une amie retenue prisonnière dans un bordel. Burt visite alors les chambres déguisé en loup, et chaque ouverture de porte recèle un gag digne de Tex Avery. Je retiens également le personnage de la secrétaire, réussi et intéressant, ainsi qu'un happy end exemplaire. La mise en scène de Benjamin est la plupart du temps impeccable — alerte dirais-je même — sauf lors de quelques gunfights malheureusement assez confus. Sympathique reconstitution d'époque, avec ses vieilles bagnoles, ses mafieux, l'alcool de contrebande, le jazz et les speakeasys, le tout enjolivé par une très belle photo aux teintes sépia. On devine ce que Blake Edwards, qui en a signé le scénario et qui était engagé au départ pour le réaliser, aurait pu faire d'un tel cocktail, lui qui a toujours su mêler avec une grande élégance les atmosphères rétro et la comédie.

Heartbreak ridge (Le Maître de guerre), Clint, 1986
Un film qui exsude la testostérone, et qui n'est pourtant pas dénué de sensibilité. Clint s'est travaillé une voix étonnamment rauque, composant un vieux baroudeur ultra-décoré et plus que jamais irréductible face à un état-major qui le considère comme un fossile. L'atmosphère du camp de Marines autorise un langage particulièrement fleuri qui n'est pas sans rappeler les outrances de The Gauntlet. Eastwood assure donc le spectacle d'un film a priori bien codifié et parvient néanmoins à susciter une vraie empathie pour ses personnages, encore une fois en s'attardant sur les à-côtés de l'intrigue principale, c'est-à-dire en accordant l'attention nécessaire aux figures qu'il met en scène. Si Mario Van Peebles amuse en rock star de pacotille, le couple que forment Clint et son ex-femme, tous deux représentants de la vieille école et qui en ont souffert, est tout à fait savoureux (il faut voir Clint lire Cosmopolitan dans son pick up) mais aussi vraiment touchant. Le final avec le retour des héros vers ces femmes qui les attendent est d'une chaleur qui n'est pas sans évoquer certaines ambiances fordiennes. Parvenir ainsi à proposer un film aussi viril et pourtant plein de coeur est assez étonnant et fait pour moi tout le prix de ce titre. Dans la série des Eastwood mineurs, je le préfère d'ailleurs à Firefox. Le protagoniste y a plus d'épaisseur.
Bird, Clint, 1988
Fabuleuse plongée dans une époque, dans un milieu, dans un corps, dans une tête. Devant ce film, j'oublie complètement que j'ai affaire à du cinéma, c'est-à-dire à une oeuvre résultant de l'association de toute une série d'éléments. Évidemment, si je prends de la distance je suis capable de reconnaître le magnifique travail sur l'ombre et les couleurs de Jack Green, la bluffante direction musicale de Lennie Niehaus, la finesse du scénario et des dialogues de Joel Oliansky, l'interprétation phénoménale de Forrest Whitaker (mention spéciale à Diane Venora dans le rôle de Chan Parker), la justesse de la mise en scène d'Eastwood, toujours proche de ses personnages. Mais au final l'ambiance du film, son histoire, sa musique, m'ont littéralement absorbé. C'est d'une fluidité parfaite, et la dédicace finale aux musiciens du monde entier ouvre le film à d'insoupçonnées dimensions. Malgré un sujet qui présentait de nombreux risques, jamais Clint ne sombre dans la quête du pittoresque facile ou de l'emphase mélodramatique. Une alchimie rare et précieuse. Un film profondément beau et magique. Un chef-d'oeuvre.

White hunter, black heart (Chasseur blanc, coeur noir), Clint, 1989
Un film qui est particulièrement cher à mon coeur puisque c'est celui qui à l'époque m'a révélé Eastwood en tant que grand réalisateur. J'ai très tôt eu un faible pour les films sur Hollywood et celui-ci nous offre le portrait délicieux bien que romancé d'un réalisateur qui ne pouvait que plaire à Eastwood. Vérité et fiction se mélangent, c'est magnifique et troublant. Mais John Wilson est autant John Huston qu'un nouvel avatar du héros eastwoodien. Le personnage qu'interprète Clint est certainement un de ses plus beaux rôles, loin de tout manichéisme, à la fois odieux et génial. Son obsession d'ordre quasi mystique, mettant en péril l'existence d'une production, est traitée tantôt avec humour tantôt avec une vraie gravité. Melville et le capitaine Achab ne sont jamais bien loin. Et le dernier plan, la dernière réplique, sont sans doute un des morceaux de cinéma les plus vertigineux que je connaisse.
The Rookie (La Relève), Clint, 1990
Retour à une production dont l'ambition est ouvertement commerciale, qu'on pourra juger sévèrement mais que Clint parvient à rendre jubilatoire par sa seule présence, plus monolithique que jamais. Bien qu'il semble avoir passé l'âge, il endosse un nouveau rôle de flic aux méthodes bien rentre-dedans qui désespère sa hiérarchie et dont la mâle attitude s'affiche par sa façon d'arborer constamment un barreau de chaise au bec sans jamais avoir de quoi l'allumer. Ici pas d'enquête policière qui traînasse mais un vrai gros film d'action avec cascades en bagnoles spectaculaires, bastons de bar et gunfights décomplexés. J'ai été assez agréablement surpris en le revoyant par le dynamisme de la mise en scène et du montage de ces scènes. Eastwood réalisateur a dans ce domaine fait de réels progrès depuis la poursuite moto/hélico de The Gauntlet. La caméra se déplace avec grâce, la photo signée Jack Green se plaît comme toujours à laisser les ombres dominer. Le film est en fait assez violent, malgré quelques répliques toujours bien senties qui tentent de dédramatiser les situations. Et comment ne pas se réjouir en effet lors de cette hilarante scène du plongeon en voiture depuis le dernier étage d'un immeuble en feu ? Le regretté Raul Julia est parfait en vilain machiavélique constamment empêché dans ses plans par le personnage de Clint. Ce dernier passera d'ailleurs un mémorable quart d'heure entre les mains de l'intimidante Sonia Braga. Charlie Sheen quant à lui se débrouille très bien en fils à papa luttant contre ses démons (excellente scène de cauchemar qui ouvre le film). Son pêtage de plomb dans la dernière partie donne un bon peps au climax.
À suivre...
par ÉLias_
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« C'est l'histoire d'un triangle, je crois qu'on peut bien le dire : Arnie Cunningham, Leigh Cabot et, bien entendu, Christine. Mais Christine était là la première. Elle a été le premier amour d'Arnie, et je pense pouvoir affirmer, du haut de l'extraordinaire sagesse que je peux avoir atteinte en mes vingt-deux ans de vie, qu'elle en a été le seul. C'est pourquoi je dis que ce qui est arrivé est une tragédie. »
Stephen King, Christine

Je signale la mise en ligne sur Cinétudes de ma chronique consacrée à Christine, de John Carpenter (1983). Film de commande faisant suite au douloureux échec de The Thing, Christine représente une incontestable réussite commerciale. Le film respecte à première vue le cahier des charges du cinéma d'horreur, mais le regard plein de tendresse du cinéaste sur ses personnages en fait une oeuvre particulièrement sensible et attachante. De ce point de vue, on peut dire que Carpenter a parfaitement saisi et retranscrit les enjeux du roman de Stephen King. Lire l'article...
par ÉLias_
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