Bilan d'une année cinéma 2007 caractérisée par la surprise. Des films que je n'attendais pas m'ont merveilleusement emballé tandis que ceux que je guettais m'ont tantôt désappointé, tantôt réjoui au-delà de mes espérances. Histoire d'assumer la part d'arbitraire dans le classement qui suit, je livre non pas un top 10 mais un top 11 de mes meilleurs moments en salle.
1. Persepolis, Marjane Satrapi+Vincent Paronnaud
Bouleversant. Le passage sur pellicule magnifie avec grâce et talent le touchant récit autobiographique de Marjane. Gloire également à Vincent "Winshluss" Paronnaud. Le travail sur l'animation est épatant de subtilité et l'inventivité constante de la mise en scène demeure au service des situations et des émotions. La drôlerie et le tragique se mêlent sans pathos abusif, et l'on quitte la salle le coeur longtemps serré.
2. Death proof (Boulevard de la mort), Quentin Tarantino
Extraordinaire. Mes yeux écarquillés par le fascinant spectacle de l'écran, ma mâchoire qui n'a pas décrispé de toute la projection, figée dans un sourire idiot. Maître d'oeuvre d'un film hors-normes, Tarantino manipule le spectateur avec un brio qui m'a laissé pantois. Le basculement du deuxième acte dans le cinéma de cascade semble vouloir ressuciter un art perdu. Quelle tension, quelle folie, quelle beauté dans ces scènes de bagnole. Un film sexy en diable, et Zoë Bell est ma nouvelle idole.
3. Exiled (Exilé), Johnnie To
Puissant. Je me contente ici de le citer mais le magistral diptyque Election du même To, également sorti cette année, mérite tout autant de rejoindre ce top. Je choisis finalement de mettre en avant cet Exiled, fabuleuse chanson de geste intemporelle, épure somptueuse qui réduit personnages et situations à des archétypes sans les appauvrir pour autant. D'une élégance vertigineuse, le style du metteur en scène explose à chaque plan et les morceaux de bravoure s'enchaînent et se complètent jusqu'à l'extase.
4. Das Leben der Anderen (La Vie des autres), Florian Henckel von Donnersmarck
Glaçant. À la fois film à suspense, réflexion sur l'art et le rôle de l'artiste, drame sentimental poignant, reconstitution historique manifestement très documentée et devoir de mémoire. Le casting particulièrement brillant, le magnifique personnage de l'actrice interprétée par Martina Gedeck étant le véritable coeur du film. La fin est certainement l'une des plus belles que j'ai vues cette année.
5. Stardust, Matthew Vaughn
Génial. Je suis entré simplement curieux de voir l'adaptation d'un conte de Neil Gaiman, j'en suis sorti gonflé d'euphorie. Caméra aérienne, Vaughn embarque le spectateur dans un ailleurs follement dépaysant, visuellement splendide, et mène son récit sur un rythme haletant. Sans jamais verser dans la bouffonnerie ou le cynisme de petit malin, le film est plein de drôlerie et d'irrévérence. On ne tombe jamais dans le mauvais goût et l'aventure n'en devient que plus pétillante. Les effets spéciaux sont vraiment réussis, et certaines séquences m'ont réellement collé des frissons par leur beauté et leur poésie.
6. American gangster, Ridley Scott
Grand. Le cinéma de Scott ne cesse de me fasciner au-delà du raisonnable. Formidablement aidé par l'admirable scénario de Steve Zaillian, le réalisateur semble réellement s'inscrire dans l'héritage du cinéma seventies d'un Lumet et signe ici une fresque époustouflante, qui derrière l'argument ascension et chute d'un parrain trace le bouillonnant portrait d'une époque, d'une société et du terreau qui la nourrit. Denzel Washington y réalise de nouvelles prouesses.
7. The Good shepherd (Raisons d'état), Robert De Niro
Impressionnant. Le casting prestigieux et le sujet laissaient craindre une reconstitution téléfilmesque aseptisée. Il n'en est heureusement rien. Repassant derrière la caméra, De Niro aborde le film d'espionnage servi là encore par un scénario d'une exceptionnelle ambition, dense et passionnant, signé Eric Roth (Révélations, Munich). Très bien entouré donc, Matt Damon incarne sur plusieurs décennies un personnage froid mais non calculateur sur lequel glissent les drames du monde comme ceux de sa vie privée.
8. We own the night (La Nuit nous appartient), James Gray
Superbe. Retour longtemps guetté et en grande forme d'un cinéaste précieux — trois films en treize ans — qui s'impose définitivement comme un grand classique américain. On plonge dans la nuit d'une nouvelle tragédie familiale, on assiste impuissant à une spirale de violence qui s'achève en suspension, sans réelle victoire. Histoire d'hommes avant tout, ce film sombre peut aussi être vu comme une ode au talent bouleversant de Joaquin Phoenix.
9. The Assassination of Jesse James by the coward Robert Ford (L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford), Andrew Dominik
Un bien beau film, d'une mélancolie insondable. Le réalisateur opte pour un rythme très contemplatif, qui s'accorde aux images sublimées par la photographie crépusculaire de Roger Deakins. Et pourtant, malgré la profusion de détails, le tissage assez serré d'événements et de relations entre les uns et les autres, avec cette bande qui finit véritablement par devenir une authentique famille redonnant un nouveau sens à l'expression "les liens du sang", on reste avec l'impression pas désagréable que le monde intérieur des personnages nous échappe. Seul demeurera ce que la légende aura choisi de garder. L'épilogue désabusé de cet anti-western m'a beaucoup touché, et j'avoue que j'avais envie de prolonger le voyage avec ces personnages au pathétique destin.
10. Youth without youth (L'Homme sans âge), Francis Ford Coppola
Unique. Une oeuvre de poète, osée, étrange et finalement très attachante, riche d'idées formelles qui laissent deviner la touche du fidèle complice Walter Murch au montage. L'Homme sans âge c'est l'histoire d'une quête douloureuse à travers le temps des hommes, un voyage passionnant aux origines du langage, une romance mystique qui n'est pas sans évoquer Bram Stoker's Dracula, alternant moments dérangeants et pur envoûtement. Francis is still alive.
11. La Graine et le mulet, Abdellatif Kechiche
Magique. J'avoue avoir lutté durant la première demi-heure, aucun des parti-pris du réalisateur — tant formels que narratifs — ne trouvant grâce à mes yeux. Et puis le dispositif trouve bientôt sa raison d'être, évitant avec une discrète virtuosité les nombreux pièges qu'on pensait voir venir. Et nous voilà captivés, littéralement absorbés au coeur d'une véritable épopée humaine, juste et magnifique, presque étouffante de vie. Ce fut là mon expérience filmique de l'année.
Si j'omets du classement le terrifiant Bug de William Friedkin c'est uniquement parce que je l'avais découvert en avant-première l'an dernier.
Parmi les séances remarquables, je retiens malgré quelques fautes de goût le touchant Rocky Balboa, le surprenant La Môme (bien plus qu'une biographie d'artiste, j'y ai vu un beau film sur la mémoire doublé d'une performance d'actrice sans équivalent), le fort triste Control, les peu joyeuses Promesses de l'ombre, les émotions insoupçonnées des Chansons d'amour, le charme irrésistible des Amours d'Astrée et de Céladon, le bouleversant Scaphandre et le papillon, l'ébouriffant Ratatouille, l'expérience visuelle de 300, la belle histoire d'Angel, la profondeur de Zodiac, la drôlerie de The Simpsons movie, la généreuse folie de Planet terror.
Dans la famille "les papys ont décidément de beaux restes", je choisis Sidney Lumet (7h58 ce samedi-là) et Woody Allen (Cassandra's dream), deux films intensément noirs sur la famille.
Dans la catégorie des plaisirs coupables, je me suis surpris à jubiler devant Spider-man 3 et Transformers, pourtant aberrants à plus d'un titre.
Dans la série des rendez-vous manqués, je suis un peu resté hermétique à l'Inland empire de Lynch et au Retribution de Kurosawa. Et j'ai été déçu par le retour bien fade d'Anthony Minghella (Par effraction).
C'était pas très bon : Pirates of the Caribbeans at world's end, La Cité interdite, Sunshine, London to Brighton, Die hard 4.0, Hostel part II, 28 weeks later, L'Ennemi intime, La Boussole d'or.
1. Persepolis, Marjane Satrapi+Vincent ParonnaudBouleversant. Le passage sur pellicule magnifie avec grâce et talent le touchant récit autobiographique de Marjane. Gloire également à Vincent "Winshluss" Paronnaud. Le travail sur l'animation est épatant de subtilité et l'inventivité constante de la mise en scène demeure au service des situations et des émotions. La drôlerie et le tragique se mêlent sans pathos abusif, et l'on quitte la salle le coeur longtemps serré.
2. Death proof (Boulevard de la mort), Quentin TarantinoExtraordinaire. Mes yeux écarquillés par le fascinant spectacle de l'écran, ma mâchoire qui n'a pas décrispé de toute la projection, figée dans un sourire idiot. Maître d'oeuvre d'un film hors-normes, Tarantino manipule le spectateur avec un brio qui m'a laissé pantois. Le basculement du deuxième acte dans le cinéma de cascade semble vouloir ressuciter un art perdu. Quelle tension, quelle folie, quelle beauté dans ces scènes de bagnole. Un film sexy en diable, et Zoë Bell est ma nouvelle idole.
3. Exiled (Exilé), Johnnie ToPuissant. Je me contente ici de le citer mais le magistral diptyque Election du même To, également sorti cette année, mérite tout autant de rejoindre ce top. Je choisis finalement de mettre en avant cet Exiled, fabuleuse chanson de geste intemporelle, épure somptueuse qui réduit personnages et situations à des archétypes sans les appauvrir pour autant. D'une élégance vertigineuse, le style du metteur en scène explose à chaque plan et les morceaux de bravoure s'enchaînent et se complètent jusqu'à l'extase.
4. Das Leben der Anderen (La Vie des autres), Florian Henckel von DonnersmarckGlaçant. À la fois film à suspense, réflexion sur l'art et le rôle de l'artiste, drame sentimental poignant, reconstitution historique manifestement très documentée et devoir de mémoire. Le casting particulièrement brillant, le magnifique personnage de l'actrice interprétée par Martina Gedeck étant le véritable coeur du film. La fin est certainement l'une des plus belles que j'ai vues cette année.
5. Stardust, Matthew VaughnGénial. Je suis entré simplement curieux de voir l'adaptation d'un conte de Neil Gaiman, j'en suis sorti gonflé d'euphorie. Caméra aérienne, Vaughn embarque le spectateur dans un ailleurs follement dépaysant, visuellement splendide, et mène son récit sur un rythme haletant. Sans jamais verser dans la bouffonnerie ou le cynisme de petit malin, le film est plein de drôlerie et d'irrévérence. On ne tombe jamais dans le mauvais goût et l'aventure n'en devient que plus pétillante. Les effets spéciaux sont vraiment réussis, et certaines séquences m'ont réellement collé des frissons par leur beauté et leur poésie.
6. American gangster, Ridley ScottGrand. Le cinéma de Scott ne cesse de me fasciner au-delà du raisonnable. Formidablement aidé par l'admirable scénario de Steve Zaillian, le réalisateur semble réellement s'inscrire dans l'héritage du cinéma seventies d'un Lumet et signe ici une fresque époustouflante, qui derrière l'argument ascension et chute d'un parrain trace le bouillonnant portrait d'une époque, d'une société et du terreau qui la nourrit. Denzel Washington y réalise de nouvelles prouesses.
7. The Good shepherd (Raisons d'état), Robert De NiroImpressionnant. Le casting prestigieux et le sujet laissaient craindre une reconstitution téléfilmesque aseptisée. Il n'en est heureusement rien. Repassant derrière la caméra, De Niro aborde le film d'espionnage servi là encore par un scénario d'une exceptionnelle ambition, dense et passionnant, signé Eric Roth (Révélations, Munich). Très bien entouré donc, Matt Damon incarne sur plusieurs décennies un personnage froid mais non calculateur sur lequel glissent les drames du monde comme ceux de sa vie privée.
8. We own the night (La Nuit nous appartient), James GraySuperbe. Retour longtemps guetté et en grande forme d'un cinéaste précieux — trois films en treize ans — qui s'impose définitivement comme un grand classique américain. On plonge dans la nuit d'une nouvelle tragédie familiale, on assiste impuissant à une spirale de violence qui s'achève en suspension, sans réelle victoire. Histoire d'hommes avant tout, ce film sombre peut aussi être vu comme une ode au talent bouleversant de Joaquin Phoenix.
9. The Assassination of Jesse James by the coward Robert Ford (L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford), Andrew DominikUn bien beau film, d'une mélancolie insondable. Le réalisateur opte pour un rythme très contemplatif, qui s'accorde aux images sublimées par la photographie crépusculaire de Roger Deakins. Et pourtant, malgré la profusion de détails, le tissage assez serré d'événements et de relations entre les uns et les autres, avec cette bande qui finit véritablement par devenir une authentique famille redonnant un nouveau sens à l'expression "les liens du sang", on reste avec l'impression pas désagréable que le monde intérieur des personnages nous échappe. Seul demeurera ce que la légende aura choisi de garder. L'épilogue désabusé de cet anti-western m'a beaucoup touché, et j'avoue que j'avais envie de prolonger le voyage avec ces personnages au pathétique destin.
10. Youth without youth (L'Homme sans âge), Francis Ford CoppolaUnique. Une oeuvre de poète, osée, étrange et finalement très attachante, riche d'idées formelles qui laissent deviner la touche du fidèle complice Walter Murch au montage. L'Homme sans âge c'est l'histoire d'une quête douloureuse à travers le temps des hommes, un voyage passionnant aux origines du langage, une romance mystique qui n'est pas sans évoquer Bram Stoker's Dracula, alternant moments dérangeants et pur envoûtement. Francis is still alive.
11. La Graine et le mulet, Abdellatif KechicheMagique. J'avoue avoir lutté durant la première demi-heure, aucun des parti-pris du réalisateur — tant formels que narratifs — ne trouvant grâce à mes yeux. Et puis le dispositif trouve bientôt sa raison d'être, évitant avec une discrète virtuosité les nombreux pièges qu'on pensait voir venir. Et nous voilà captivés, littéralement absorbés au coeur d'une véritable épopée humaine, juste et magnifique, presque étouffante de vie. Ce fut là mon expérience filmique de l'année.
* * *
Si j'omets du classement le terrifiant Bug de William Friedkin c'est uniquement parce que je l'avais découvert en avant-première l'an dernier.
Parmi les séances remarquables, je retiens malgré quelques fautes de goût le touchant Rocky Balboa, le surprenant La Môme (bien plus qu'une biographie d'artiste, j'y ai vu un beau film sur la mémoire doublé d'une performance d'actrice sans équivalent), le fort triste Control, les peu joyeuses Promesses de l'ombre, les émotions insoupçonnées des Chansons d'amour, le charme irrésistible des Amours d'Astrée et de Céladon, le bouleversant Scaphandre et le papillon, l'ébouriffant Ratatouille, l'expérience visuelle de 300, la belle histoire d'Angel, la profondeur de Zodiac, la drôlerie de The Simpsons movie, la généreuse folie de Planet terror.
Dans la famille "les papys ont décidément de beaux restes", je choisis Sidney Lumet (7h58 ce samedi-là) et Woody Allen (Cassandra's dream), deux films intensément noirs sur la famille.
Dans la catégorie des plaisirs coupables, je me suis surpris à jubiler devant Spider-man 3 et Transformers, pourtant aberrants à plus d'un titre.
Dans la série des rendez-vous manqués, je suis un peu resté hermétique à l'Inland empire de Lynch et au Retribution de Kurosawa. Et j'ai été déçu par le retour bien fade d'Anthony Minghella (Par effraction).
C'était pas très bon : Pirates of the Caribbeans at world's end, La Cité interdite, Sunshine, London to Brighton, Die hard 4.0, Hostel part II, 28 weeks later, L'Ennemi intime, La Boussole d'or.
par ÉLias_
publié dans :
Kino





