Prigione di donne (Pénitencier de femmes perverses), Brunello Rondi, 1974Injustement incarcérée pour une histoire de trafic de drogue, une jeune Française découvre l'horrible réalité des prisons pour femmes. Progressivement, elle va passer de l'humiliation à la révolte.J'avoue avoir beaucoup apprécié l'inattendue et surprenante poésie à l'oeuvre dans ce film.
Brunello Rondi part en total freestyle, sans doute pas aidé par le remontage nawakesque des distributeurs français (raccords son/image régulièrement foirés). Les réactions des personnages, leurs dialogues semblent constamment à côté de la plaque, jouant la carte de l'excès pour rien et laissant à chaque fois le spectateur aterré par l'incongruité de certaines scènes : l'hystérie collective des détenues devant des images de bateaux de pêche, l'héroïne hurlant
« Martine ! Je m'appelle Martine ! Entendez mon nom ! », les crises de larmes de ladite Martine devant le feu de joie des prisonnières révoltées. Un spectacle véritablement fascinant. J'attendais chaque nouvelle scène avec une vraie gourmandise tout en flippant quand meme pas mal en me disant que c'est bien le même Rondi qui a scénarisé ces merveilles que sont
Europa '51, La Dolce vitta ou
Fellini Satyricon. Comment garder son sérieux face à un dialogue tel que celui-ci, murmuré sur un bout de couette dans la cellule :
— J'entends des pleurs... ou des chants... quelqu'un qui pleure... quelqu'un qui chante...
— Ce sont les murs... les murs qui chantent...

On notera que les interprètes principales sont un peu trop jolies pour être honnêtes (parmi elles, la coléreuse
Marilù Tolo qui a joué dans pas mal de westerns spaghetti) et que la protagoniste injustement emprisonnée fait franchement peu d'efforts pour démontrer son innocence. On sent que le réalisateur est en colère, dénonçant les institutions aussi bien familiales que religieuses, politiques ou sociales (le directeur de la prison et l'avocat sont deux croûlants). Ce violent réquisitoire est sans doute sincère, le générique mentionne d'ailleurs la présence d'un criminologiste comme consultant. Mais ces visées sont bien vites ruinées par tous les inserts pornos, scènes de douche, masturbation, striptease qui remettent bien vite le film sur les rails du pur cinéma d'exploitation. Si on devait en tirer une morale, ce serait : Méfiez-vous des ruines ! On y rencontre des jeunes drogués qui vous planquent des sachets pas nets dans les poches au moment où les flics décident de faire une rafle.
Emanuelle fuga dall'inferno (Révolte au pénitencier de filles), Bruno Mattei, 1983Une violente rivalité oppose deux prisonnières au sein d'une administration passablement corrompue. Une bande de dangereux hors-la-loi investit le lieu et va tenter d'obtenir sa liberté par une sanglante prise d'otage. De la part de
Bruno Mattei, je ne m'attendais pas à une mise en scène aussi soignée. Il y a une vraie ambition formelle : éclairages moches mais travaillés, vrais travellings, composition savante du cadre. Wow, Mattei tente des trucs. Son film est un représentant tardif — donc dégénéré — du genre, avec cette intrusion de quatre bandits psychopathes qui prennent les détenues en otage. On bascule alors dans le film d'action (poursuite en bagnole, fusillades, etc.), mixé avec un environnement rendu d'autant plus sordide que la production a manifestement peu de moyens. Le titre français est d'ailleurs assez bidon, étant donnée l'absence de révolte. J'ai bien aimé l'assaut minable du GIGN local mené par un sosie de
Jean Lefebvre, molasson comme c'est pas permis (trois d'entre eux portent un masque à gaz sauf le quatrième qui s'encombre d'une caméra). Mention spéciale à "Helmut", le méchant aryen pas blond mais complétement ouf, cabotin impayable, tract vivant pour la méthode Stanislavsky et dont j'espérais une fin plus gore (on échappe de peu à l'éviscération).

"Star" du film, la Black
"un seul m" Emanuelle
Laura Gemser est catastrophique et son personnage est sans doute le moins intéressant du lot. L'intrigue se résoud avec une cavalcade à pieds hilarante entre deux mecs bien handicapés par leurs blessures et une Emanuelle qui suit derrière comme une roue de secours. Sinon, les gueules sadiques en très gros plan des matonnes ont failli me faire cauchemarder.

La fin est bien cocasse également. Alors qu'elle est emprisonnée à tort et qu'elle a prêté main-forte aux autorités, Emanuelle retourne derrière les barreaux avec la promesse bidon que son procès sera favorablement révisé. Vu l'état du système judiciaire dont témoigne le délabrement du décor qui sert de prison, on devine qu'elle pourra encore y croûpir le temps de 2 ou 3 autres films, celui-ci étant déjà une suite. Et tout ça se termine sur ce dialogue vertigineux qui laisse le spectateur sortir de la salle la tête remplie de passionnantes réflexions métaphysiques :
— Vous pensez que tout ce sang versé aura changé quelque chose ?
— ...peut-être.
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