
The Wizard of Oz (Le Magicien d'Oz), Victor Fleming, 1939
Souvenirs, souvenirs. Ça faisait un petit moment que je l'avais pas revu. J'ai ressenti une belle et grande émotion à l'arrivée de ce plan où Dorothy ouvre la porte de sa maison et découvre le monde de Oz, faisant soudainement basculer le film du sépia au Technicolor. Je crois que c'est le passage qui me faisait le plus d'effet quand j'étais môme.
Bon, le film est très enfantin dans son propos et dans ses personnages, mais c'est un vrai bonheur que d'accompagner Dorothy et ses amis sur la route de briques jaunes. Je crois que je suis particulièrement fan du personnage de l'Épouvantail, joliment habillé et maquillé, et dont les chorégraphies sont très réussies. À la fin de mon enregistrement, se trouve d'ailleurs une scène coupée de son numéro de danse qui est assez géniale, où on le voit rebondir sur les barrières et faire des bonds cablés dignes d'un cascadeur hongkongais !
C'est souvent drôle et plastiquement charmant. Le château de la méchante sorcière est superbe, de même que le look de ses singes volants. Et puis les chansons font toujours plaisir à entendre. Certainement pas un chef-d'oeuvre du genre (d'autres musicals MGM ont pour moi plus de grâce), mais j'en sors tout à fait ravi. Et cela m'a permis d'enchaîner sur :
Return to Oz (Oz, un monde extraordinaire), Walter Murch, 1985
L'action se déroule quelques semaines, voire quelques jours, après le retour de Dorothy au Kansas. Sa maison laisse encore voir les dégâts causés par la tornade et son oncle et sa tante s'inquiètent de sa santé mentale lorsqu'elle se met à leur parler de ses étranges aventures au pays d'Oz. Pour la guérir de ses délires, ils la font interner dans un asile psychiatrique pour lui faire subir des électrochocs...
Ils devaient vraiment être tarés chez Disney à cette époque pour accepter de démarrer un film pour enfants sur ces bases ! Je ne suis pas sûr de l'avoir vu à sa sortie (j'ai surtout le souvenir de la "critique" du
Journal de Mickey), mais je sais que pas mal de mômes ont été traumatisés par l'ambiance très sombre de ce métrage. Ce retour au pays d'Oz n'a en effet plus grand chose de merveilleux, et sur ce plan-là le titre français s'avère un peu foireux. Il est fini le temps des danses et des chansons des Munchkins. Dorothy débarque dans un univers dévasté. La route de brique jaunes est délabrée, Emerald city est en ruine et ses habitants pétrifiés. Ses nouveaux compagnons ont un look franchement bizarre : un robot tout rond, un Jack Pumpkinhead aux proportions dérangeantes (néanmoins très beau) et un mix entre une tête de cerf et un sofa nommé Gump. Leur quête, manquant cruellement d'ampleur, va les amener à affronter dans sa montagne le Roi des Gnomes, responsable de cette décadence.
Le gros échec du film réside sans doute dans son incapacité à réveiller la magie du film d'origine. Visuellement c'est très beau certes, mais l'émotion est trop rarement conviée. Ainsi, les retrouvailles finales avec ces bons vieux Épouvantail, le Tin man et le Lion sont trop vite expédiées. Dorothy échangera à peine un mot avec les deux derniers, tandis que le premier a vraiment une tronche de débile. Au point de se demander si le film n'a pas eu à subir quelques coupes ou si son scénario n'a pas été plus ou moins improvisé en cours de route (j'ignore quelle part revient à L. Frank Baum, l'auteur des bouquins, sur cette histoire).
Cela étant, ce Return to Oz possède de vraies qualités, en particulier sur le plan des effets spéciaux qui dégagent un vrai parfum de nostalgie. Le film est produit par Gary Kurtz et réalisé par Walter Murch, deux collaborateurs majeurs de George Lucas. Murch s'était notamment distingué par son travail de sound designer sur THX-1138. Return to Oz reste à ce jour son unique réalisation. La photographie est du talentueux David Watkin, qui m'a très récemment épaté par son travail sur Catch-22 (Mike Nichols, 1970). On retrouve ici tout un tas d'effets spéciaux qu'on qualifiera aujourd'hui d'à l'ancienne : matte paintings, incrustations, etc. Brian Henson crée les costumes et animatronics très réussis (en particulier la poule parlante qui accompagne l'héroïne). Le meilleur étant assuré par Will Vinton et ses animations de pâte à modeler en stop-motion (qu'il a breveté sous le terme de Claymation). Ses effets sont d'une poésie délicieuse, animant dans la roche le superbe Roi des Gnomes. Ses scènes, où on le voit prendre progressivement forme humaine, sont vraiment fascinantes, et c'est bien agréable de constater que les plans d'animation sont ici nombreux et variés.
Il faut également mentionner le remarquable score de David Shire, d'une richesse assez inattendue, imposant dès l'ouverture une mélancolie fort à propos. Enfin, du côté des acteurs, la toute jeune Fairuza Balk, future Cécile de Volanges dans le Valmont de Forman, fait ici ses débuts. Interprétation correcte mais sans réel éclat. Elle fait surtout carrément plus jeune que Judy Garland, et apparaît en cela plus crédible dans le rôle de Dorothy.
Un film que j'ai donc trouvé un peu raté dans son concept et son rythme, mais qui mérite le coup d'oeil pour ses qualités visuelles. Une madeleine de Proust pour de nombreux spectateurs, assurément.
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