Extrospection

Un titre générique pour caser et partager mes passions, mes créations. Cinéma, musica, dessin et bouquins sont de la partie. Bref, les bouts de cervelle qui animent le specimen ÉLias_

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Mercredi 26 décembre 2007


Mercredi 19 décembre 2007

Unforgiven (Impitoyable)
, Clint, 1992

Multiprimé aux Oscars, Unforgiven a certainement imposé le statut de grand réalisateur américain du señor Eastwood. Incontestablement, il s'agit là d'un de ses plus beaux films, doté d'une photographie à tomber, tant dans les intérieurs sombres et rustiques que dans les extérieurs froids et désolés. Dédié à Sergio et Don, Unforgiven est un déboulonnage impitoyable des mythes de l'Ouest tels que popularisés par des décennies de westerns, mais aussi de la figure même du héros eastwoodien, synthèse et antithèse des pistoleros vengeurs incarnés précédemment. S'il n'est pas vraiment neuf, le masochisme de l'acteur n'a sans doute jamais été aussi loin. William Munny est un homme vieilli, une véritable loque obsédée par la mort et la pourriture, rongée par les remords d'un passé sanglant. La violence est ici omniprésente, la mort sale, les légendes dissimulent mal les mensonges et impostures sur lesquelles elles se sont fondées. Gene Hackman compose un subtil vilain, Richard Harris en vieux beau est bien maltraité. Et puis il y a ce choeur de prostituées, femmes traitées comme des moins que rien qui incarnent ces voix de l'Amérique qu'on n'entend pas. Ce sont elles qui mettront en mouvement l'action. Le thème musical de Lennie Niehaus, sobre et empreint d'une profonde tristesse, apporte une dimension nostalgique supplémentaire. Chef-d'oeuvre ?

A perfect world (Un monde parfait), Clint, 1993
Un de mes films préférés, que je n'hésite justement pas à qualifier de parfait et qui m'a toujours fasciné par sa grande richesse thématique (les rapports père/fils sont clairement le coeur d'un récit poignant), son impeccable maîtrise formelle (cette superbe, poétique et énigmatique ouverture sur Costner en dormeur du val), et en même temps sa simplicité affichée (pas de grands éclats, une façon d'être très proche des personnages sans péché d'angélisme, le rôle en mode mineur qu'endosse Clint). Les scènes s'enchaînent, entre tranquillité et violence. Le scénario original de John Lee Hancock est franchement un bijou et la photo quasi estivale de Jack Green donne une couleur chaleureuse à ce qui demeure une tragédie. Grand.





The Bridges of Madison County (Sur la route de Madison)
, Clint, 1995

C'est à l'occasion de cette récente retrospective-maison que j'ai enfin découvert ce merveilleux film. Les premières minutes m'ont inquiété, avec ce portrait des enfants un peu caricatural. Par la suite l'évolution du frère et de la soeur à la lecture des mémoires de leur mère conservera une certaine prévisibilité mais gagnera énormément en justesse et en sensibilité (superbe scène nocturne sur la rivière). J'oublie vite ces réserves pour plonger dans le récit de ces quatre jours entre un homme et une femme. Quatre jours qui resteront comme un tisonnier brûlant planté dans leur coeur jusqu'à la mort. Le pari était loin d'être évident pour ne pas tomber dans le mélo sirupeux ou le romantisme poussiéreux. Eastwood retrouve la veine sensible qui l'avait inspiré sur le très beau Breezy. Il filme le quasi-rien, un geste, un regard, une attente, une discussion qui se prolonge dans la nuit, entre complicité et malentendu. L'air, la pluie, sont palpables et immortalisent d'indéfinissables sentiments. L'érotisme et la compréhension qui peuvent naître entre deux être sont rendus avec une précieuse subtilité. On a l'agréable et troublante impression que ces personnages existent, prennent chair. La caméra épouse véritablement l'âme du personnage interprété par Meryl Streep et les mots me manquent pour qualifier son interprétation. Et puis on sent l'odeur, l'air et la chaleur de cette campagne isolée, Clint en profitant pour faire partager son goût du blues et du jazz (argh, les ballades de Johnny Hartman). Cette chronique d'une passion m'a d'autant plus touché qu'elle évite la surdramatisation et n'amène jamais vraiment à juger ses personnages alors que la question morale est bien présente. Million dollar baby m'avait grandement impressionné en montrant pour la première fois à ma connaissance le visage d'un Clint défait, en pleurs. J'ai découvert ici un acteur encore plus méconnaissable, dans le rôle si vrai d'un homme simple qui croyait posséder la maîtrise de son existence et qui va petit à petit être séduit puis complètement bouleversé par des sentiments nouveaux. Le comédien démontre une vérité de jeu tout simplement hallucinante, avec une économie de moyens admirable. Quel film !

Absolute power (Les Pleins pouvoirs), Clint, 1997
Un divertissement policier fort sympathique, abordé avec beaucoup de force et en même temps de décontraction par Eastwood. Il n'hésite pas à nous montrer un pouvoir politique perverti jusqu'aux plus hauts échelons (avec citation explicite du Watergate), distillant ainsi derrière les conventions d'un genre gentiment balisé une délicieuse subversion. Encore une fois, compléments d'une intrigue principale à la noirceur souvent étonnante, ce sont les scènes de simples discussions entre les personnages qui sont les plus attachantes, vivantes. Le personnage et l'interprétation d'Ed Harris sont de ce point de vue assez géniaux. Le réalisateur n'en oublie néanmoins pas de ficeler de magnifiques scènes de suspense, dont on retiendra en particulier le rendez-vous au café, petit chef-d'oeuvre de mise en place. On pourra tout de même regretter que la conclusion arrive si vite et que le jeu jubilatoire du chat et de la souris ne se poursuive pas avec un peu plus de sophistication, de tension. Au final, tout ça manque peut-être un peu de danger mais je n'ai pas boudé mon plaisir.





Midnight in the garden of good and evil (Minuit dans le jardin du bien et du mal)
, Clint, 1997

De l'art de faire oublier qu'on est au cinéma. Je ne l'avais pas revu depuis sa sortie, et ce titre m'est apparu dans toute sa grandeur. Un récit magistralement mené sur un rythme presque onirique. Car le film est un voyage. Le spectateur colle littéralement aux semelles de John Cusack, explorateur cherchant ses marques au sein de l'exotique ville de Savannah, découvrant ses habitants et ses rituels. Sans pour autant perdre de vue l'intrigue "principale", ce sont surtout des existences que le réalisateur s'attache à peindre, avec une simplicité qui renforce paradoxalement le caractère fantasque voire fantastique de cette communauté. Ce qui est vraiment appréciable c'est que le procès en cours ne débouche pas sur la révélation d'une vérité certaine. Ce qui compte, c'est finalement davantage ce qu'on croit que ce qu'on sait, l'idée de la confiance dans la fiction qu'on se fabrique. Comme le dit Kevin Spacey à la fin : la vérité se trouve dans l'oeil du spectateur. Interprétation de premier plan. Superbe photographie de Jack Green (les teintes boisées, la verdure envahissante, les nuits profondes). Si je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un Eastwood majeur, c'est certainement un des plus envoûtants (et le terme trouve ici tout son sens). Sa longue durée est un atout.

True crime (Jugé coupable), Clint, 1999
Découvert un film que je n'espérais franchement pas aussi beau et puissant. Dans cette vision complètement désenchantée d'une Amérique et de ses éternels délaissés, je retrouve intacte toute la maîtrise et l'élégance de cette dernière période du cinéaste. Le personnage de journaliste qu'il interprète est vraiment formidable, type qui a échoué bien bas et qui s'en fout, profitant de la vie comme il peut et redécouvrant soudain le sens de l'engagement. Le réalisateur ne se contente pas de boucler un film de plus sur l'erreur judiciaire, son héros est montré dans ses moments d'hypocrisie, de lâcheté. Et quand bien même il s'acquitte de sa mission, il se fait renvoyer à la gueule le côté dérisoire de cette lutte (le dialogue avec la grand-mère qui lui fait remarquer que des innocents sont victimes d'injustice tous les jours sans que personne n'intervienne). Eastwood n'est jamais dupe du spectacle qu'il propose, il ne cherche certainement pas à nous donner bonne conscience. C'est d'une force et d'une dignité constante. Le récit impose une course contre la montre diablement efficace (l'action tient en à peine 24h) et pourtant rien ne sonne faux. Les scènes avec la petit fille de Clint sont remarquables et dégagent un naturel charmeur (superbe visite du zoo). Des moments de pure bouffonnerie y trouvent tout autant leur place, avec notamment un James Wood grandiose (pléonasme, je te l'accorde). Une très belle surprise.





Space cowboys
, Clint, 2000

J'ai l'impression que ce Eastwood est un peu mésestimé, jugé au mieux anecdotique au pire ridicule. Pour ma part, j'avais été conquis dès sa découverte en salle. Le pitch est osé, assurément. Comment concevoir en effet qu'un gros studio accepte de produire un film ayant pour héros des représentants du troisième âge, donc à mille lieues des contingences marketing ? Space cowboys fait donc figure de petit miracle. Et c'est une oeuvre bien mélancolique que livre Clint. Le réalisateur désormais septuagénaire nous offre un regard sur la vieillesse sans condescendance, un mariage harmonieux entre comédie, drame et film d'action. Fluidité de la mise en scène, qualité de l'interprétation, en particulier un Tommy Lee Jones plus que parfait, profondément humain. On est parfois pas loin du film de potes et les yeux rieurs du quatuor de papys laissent facilement deviner l'amusement réel des comédiens sur le plateau. Les effets spéciaux qui m'avaient énormément impressionné en salle tiennent bien la route et j'adore la façon dont le vieux satellite russe est doté d'une vraie personnalité grâce à son design, son animation et ses effets sonores. Le dernier plan du film est fabuleux, un véritable poème. Plus qu'un agréable divertissement, une oeuvre émouvante et belle que je prends énormément de plaisir à revoir.

Mystic river, Clint, 2003
Une tragédie d'une densité assez éprouvante, un film tendu et douloureux servi par une troupe d'acteurs éblouissants. Clint ne fait appel qu'à des têtes connues sans que l'on perde de vue le personnage derrière la star et sans non plus tomber dans le numéro d'acteur. Je demeure en admiration devant la moindre subtilité du jeu des interprètes. L'histoire est d'autant plus bouleversante qu'on sait assez vite qu'il ne pourra jamais y avoir d'issue dès lors qu'il est question d'enfance gâchée. La quête d'absolution n'aboutira qu'à un écoeurant simulacre où nul ne sort libéré de son propre drame, de sa culpabilité. Fidèle à lui-même, le regard du cinéaste ne vient juger personne, il se pose avec une douceur et une honnêteté désarmantes sur des événements bien atroces qui résonnent profondément en nous car il brasse finalement des inquiétudes et des sentiments  universels. Un très beau film dont je suis loin d'avoir fait le tour.





Million dollar baby
, Clint, 2004

Souvenir d'une séance de cinéma magique : l’objectivité du spectateur est une chimère, qu’on peut prétendre approcher dans certains cas. Mais lorsqu’il s’agit de Clint, il faudra accepter de me voir quasiment conquis d’avance, fétichisant le moindre élément composant le film (la seule apparition du logo Warner bros. suffit à démarrer mes frissons). Million dollar baby s'est donc révélé à moi comme une œuvre magnifique, presque hors du temps. À plusieurs reprises, je me faisais en effet la réflexion qu'il n'était pas si évident que ça de situer l'action à une époque précise. Tout — des décors aux personnages — semble figé dans une sorte d’entre-deux monde (le passé et l’avenir, la faute et le pardon, l’ombre et la lumière), un lieu où les fantômes du passé ont leur place. J'adore ce goût que cultive Eastwood de film en film pour le clair-obscur, la sous-exposition à la limite des conventions admises par les majors qui le financent. Ici, on atteint de nouveaux sommets, et Tom Stern mérite désormais pleinement sa place aux côtés des fidèles Jack Green et Bruce Surtees. La découverte de cet univers visuel en scope a fait son petit effet à l’ouverture du film, avec ces ambiances nocturnes aux frontières du réel. De même, le travail sur le son est tout à fait remarquable, dynamisant incroyablement les scènes de boxes, elles-mêmes brillamment chorégraphiées. Buddy Van Horn s'est surpassé : les coups font mal, et la succession de KO est franchement spectaculaire. Eastwood manipule son spectateur en maître. J’ai rarement eu à ce point l’impression de faire corps avec un film. La progression optimiste de la première partie m’a mis en confiance. Les personnages parviennent à se sortir des pièges qui se dressent sur leur chemin, le film évitant ou traitant avec subtilité certains passages obligés. Par exemple, on sait très bien que Clint va accepter d’entraîner Swank, et qu’elle se révèlera douée ; mais là n'est pas l'essence du film. Le spectateur est pris par la main et baladé d'une émotion à l'autre, il commence à se plaire au milieu de ces personnages attachants, même si tout n’est pas rose, comme dans la vie. Le match à Las Vegas arrive alors, particulièrement chargé d'attentes, et on ignore tout de l'issue qui pourra être la sienne. Après quelques difficultés, notre héroïne semble en passe de remporter la victoire et Clint choisit de la mettre à terre à ce moment-là, ce qui produit un effet assez inouï, qui m’a personnellement laissé le souffle coupé. C'est peu de dire que l'interprétation de Hillary Swank est magistrale. On oublie complètement l’actrice au profit de cet incroyable personnage plein de ténacité. Quant à Clint, plus j’y repense, plus je me rends compte de la puissance de sa performance, toute en intériorité, jusqu’à cette scène hallucinante où son visage en larmes se décompose littéralement face au prêtre. Son personnage est vraiment riche, avec son questionnement sur la foi, sa quête d'une famille, et tout un tas d’autres trucs qui ne s’expriment pas mais qu’on ressent (les non-dits sont ici particulièrement prégnants). Le texte narré en voix off par Freeman est sublime et les échanges entre les deux vieux briscards sont à la fois pleins de malice et lourds du poids du passé. Clint parvient ici à une alchimie assez rare, pour une oeuvre qui ne me semble jamais tapageuse ou malhonnête sur un sujet difficile, où la vie finit quand même par sortir gagnante (magnifique dernier plan). Lorsque les lumières sont revenues dans la salle, les applaudissements spontanés des spectateurs célébraient comme rarement un authentique sentiment de fusion. Au final, je crois que j’ai été autant bouleversé par l'émotion que charrie le récit que par la réussite cinématographique que représente ce superbe film.

Flags of our fathers (Mémoires de nos pères), Clint, 2006
Un grand et beau film — complexe. Une reconstitution audacieuse à l'atmosphère profondément triste. Aucun manichéisme, une volonté d'être juste avec tout le monde en n'oubliant personne. Scène absolument formidable, le buffet avec les mères des soldats contient le discours de quasiment tout le film. Flags of our fathers est une passionnante réflexion sur la médiatisation en tant qu'arme politique, cette capacité d'une nation à préférer vivre dans la fable. Un faux film de guerre à l'approche très originale, pour ne pas dire inédite. J'ai aimé la façon dont les soldats revivent par flash le champ de bataille et je trouve assez admirable de construire un film sur l'histoire d'une photographie, point de départ faussement dérisoire qui renferme un véritable océan de drames humains. Clint retarde l'instant décisif du cliché sans jamais chercher à faire le malin. Les scènes de guerre sont éprouvantes, aucun plan ne respire la facilité, et c'est même généreux en gore. Je ne m'attendais pas à un film aussi spectaculaire, réalisé avec autant de moyens. À l'époque de Firefox puis de Space cowboys, Eastwood déclarait que ça l'ennuyait de tourner des films à effets spéciaux. On peut dire que là il s'est lâché et c'est certainement son plus gros budget à ce jour. Je ne trouve pas qu'il se soit perdu pour autant, il démontre au contraire une époustouflante maîtrise. C'est bien simple, j'étais véritablement au coeur de cette atroce mêlée, sur ce bout de rocher infernal qu'est l'île d'Iwo Jima. Il m'a fallu cependant un peu batailler contre moi-même et ma vénération pour le reconnaître, mais la construction très éclatée du récit m'a parue parfois confuse. Je dis bien parfois. En fait, c'est surtout l'identification des nombreux personnages (entre leur nom, leur visage et leurs actions respectives) et les scènes au présent avec le fils et les personnes interviewées qui m'ont un peu paumé. On n'identifie pas toujours celui qui raconte. Et j'ai eu l'impression que le dernier quart d'heure n'en finissait pas de conclure sur fond de ritournelle bluesy, au point d'assécher un peu mon émotion (les derniers mots entre le père et le fils auraient du me bouleverser). Cela dit j'ai beaucoup aimé le dernier plan, image faussement apaisée du passé, pause presque irréelle qui deviendra pour les personnages un moment d'une saveur inégalable.




The End ?

par ÉLias_ publié dans : Kino
Jeudi 13 décembre 2007
Samedi 8 décembre 2007


«Watch the skies...»
Réalisé en totale indépendance par le californien Tom Graeff, Teenagers from outer space (L'Invasion martienne en VF) fait partie de ces savoureuses productions SF des fifties, outrageusement fauchées et dont les ambitions sont clairement compromises par la faiblesse des moyens et des talents. Et c'est ça qui est bon. Au programme : petite ville tranquille, soucoupes volantes, gros monstre, squelettes et personnages décérébrés. Je t'invite à lire ma chronique du film pour Nanarland, en cliquant ici.


par ÉLias_ publié dans : Kino
Jeudi 6 décembre 2007
Citation hasardée de James M. Barrie, in Peter Pan.

 


Mardi 4 décembre 2007
 
 
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