Frank Le Gall, Les Marais du temps, 2007Ce dernier album en date de cette épatante série est visuellement un régal. L'élégance du trait, le soin accordé aux décors, le travail très sobre sur les couleurs, tout ces éléments procurent un réel plaisir de lecture. Hélas le scénario pèche un peu. Le Gall nous embarque pour un voyage dans le temps qui se met très laborieusement en place, avec des scènes d'exposition bien bavardes qui donnent l'impression de gâcher de la page qui aurait pu être consacrée à de la vraie aventure. Or ça ne bouge pas beaucoup. Spirou et Fantasio n'ont quasiment rien à faire de toute l'histoire, se contentant de subir l'action, de vadrouiller en attendant que Champignac trouve une solution un peu trop facile à leur problème. Même le retour de Zorglub se fait sans panache. Le pire étant atteint avec un personnage de gamin surdoué qui débarque de nulle part pour tirer nos héros d'une inextricable situation. L'humour, reposant sur la confrontation avec les Parigos du XIXe siècle, arrache quelques sourires bienveillants, mais qu'on est loin du rythme et de la grâce de l'ère Tome et Janry, sans même remonter à Franquin et Greg !

Le Gall semble vraiment s'être contenté d'un pitch et de diluer la sauce pour boucler ses cinquante pages, se faisant plaisir sur l'atmosphère. À force de respect pour ses idoles, le créateur de Théodore Poussin aboutit à un résultat sincère et certainement digne mais tiède, finalement guère mémorable. Et ses quelques audaces (Spirou qui jure) sont peu convaincantes. Bref, un rendez-vous manqué ?
Franquin, Le Voyageur du Mésozoïque, 1957Retour à l'âge d'or. Dans sa finition, l'album laisse deviner les conditions de travail en vigueur à cette époque au Journal de Spirou. On sent qu'il fallait pisser de la planche chaque semaine. Le dessin est un peu vite exécuté (mais tout est relatif, ça reste du Franquin), le lettrage déborde, le coloriste bave. Passée une exotique introduction, l'intrigue se révèle dérisoire, prétexte à un enchaînement de scènes burlesques assez hénaurmes, de drôleries et de catastrophes. Franquin s'amuse comme un petit fou et son lecteur avec. Il en profite pour caser quelques éléments satiriques jubilatoires sur l'armée, les scientifiques pourvoyeurs d'armes de destruction, les associations humanitaires, la bêtise provinciale, bref, toute une philosophie qui s'exprimera avec plus de franchise encore dans les futurs Gaston Lagaffe. Enfin la présence du Marsupilami est toujours un plus appréciable, surtout lors du face à face entre le petit animal et le gigantesque dinosaure au regard débile. Le rôle de Fantasio ne manque pas de piquant également, réduit à l'inaction par un rhume carabiné. Un second récit est proposé dans le même album, bien plus abouti, scénarisé par Greg. Le Comte de Champignac y avale par erreur les résidus d'une potion et se transforme en effroyable vilain, assommant les passants, et leur disant « zut ! », animé d'un rire démoniaque. C'est très rigolo, surtout lorsque le rythme du récit devient infernal. Je crois que c'est là que Jidéhem assurait pour la première fois le dessin des décors. Armé de ces nouveaux talents, Franquin passera à la vitesse supérieure dès l'album suivant, Le Prisonnier du Bouddha, une merveille que je considère comme l'un des plus beaux de la série.
Tome & Janry, Le Réveil du Z, 1985En reprenant les rênes d'une franchise qui menaçait alors de sombrer dans une relative médiocrité, Tome et Janry y apportèrent ce qu'on peut raisonnablement qualifier de sang neuf, entre respect du travail des aînés et plongée virtuose dans un irrévérencieux postmodernisme. Le tandem, assisté à l'occasion des excellents Gazzoti et Stéphane De Becker, a signé ainsi quelques albums réjouissants, bénéficiant d'un sens du cadre et de l'ironie savoureux, et qui n'ont certainement pas à rougir de la comparaison avec les meilleurs Franquin. Ce volume-ci est sans doute un de leurs plus délirants. Zorglub (ou plutôt son descendant nabot) et voyage temporel sont au programme, et rétrospectivement la comparaison avec l'album de Le Gall qui vient de paraître s'impose. Sauf qu'on a ici un incontestable bijou, bourré d'idées, de gags, et d'action, parfaitement inspiré de la première à la dernière case, jamais hésitant ou laborieux. Les auteurs arrivent à caser un nombre incroyable d'événements, avec un découpage parfaitement maîtrisé qui en fait un modèle de rythme. Et puis on y croise l'hilarant Snouffelaire, créature farfelue imaginée dans le tome précédent, L'Horloger de la comète. Le dessin est véritablement excellent, même s'il reste encore en deçà de ce que fera Janry lorsqu'il assurera seul cette tâche (le diptyque La Frousse aux trousses/La Vallée des bannis en particulier est sur ce plan à pleurer).
Tome & Janry, Luna fatale, 1995Avant-dernier opus du génial duo, en forme d'avant-dernière levée des tabous. Sympathique rappel de Spirou à New York, l'histoire se passe pour l'essentiel dans la Big apple et plonge Spirou, Spip et Fantasio au coeur d'un impitoyable affrontement entre les triades chinoises et la mafia italienne aux ordres de Vito Cortizone. Rondement menée, l'intrigue est riche en gags irrésistibles et situations aussi cocasses que les méchants sont bêtes. Dessin et découpage sont toujours aussi éblouissants, tandis qu'aux couleurs De Becker signe peut-être là son chef-d'oeuvre, créant des atmosphères particulièrement originales. Mais ce qui va distinguer ce 45e volet, c'est le jeu délicieux avec l'image de Spirou entamé ici, dans une démystification du personnage qui culminera avec cet album du non-retour qu'est Machine qui rêve. Interrogeant certaines conventions du neuvième art, les auteurs abordent ici ouvertement la dimension (a)sexuelle du héros de bande dessinée. Forcément chaste et vierge de désir, Spirou est désormais confronté à une brochette de filles sexy. Les dialogues abondent d'allusions salaces digne des comédies d'Howard Hawks et les charmantes Seccotine et Ororéa semblent soudain bien loin. Cette volonté de remise en question est à coup sûr le pendant d'une certaine lassitude qui allait amener le duo à quitter le navire, pour le meilleur... comme pour le pire. Et il faut bien avouer que depuis leur défection, Dupuis s'empêtre dans une direction éditoriale confuse, entre série officielle et albums parallèles.
J'attends beaucoup du prochain tome par Yann et Fabrice Tarrin. J'adore le dessin de ce dernier qui parvient à avoir une vraie personnalité tout en s'inscrivant clairement dans l'héritage de Franquin. Le talent de scénariste du premier n'est plus à prouver.
Certains de mes collègues bloggeurs ayant été récemment atteints d'une mystérieuse crise de spiroumanite aiguë, j'ai cédé à mon tour aux ravages de cette douce maladie :

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Mise en ligne sur Cinétudes.com de mon dossier consacré à la saga Planet of the apes (La Planète des singes). Je m'y propose d'aborder en quatre étapes les divers avatars filmiques qu'aura connu le roman de Pierre Boulle, de sa parution en 1963 à sa réactualisation controversée par Tim Burton en 2001, en passant par les séries télévisées.
La première partie est accessible par ici. Il y est question du livre et du film de Franklin J. Schaffner, oeuvre phare du cinéma de science-fiction.

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Ma participation au concours de personnages lancé par Carlier pour sa trépidante Grande aventure. Cette Lili n'a aucun background, son passé et son présent restent à écrire, en fonction de ce que cette simple image inspire.


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