

par ÉLias_
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Musica
J'ai finalement raboté la hauteur de la première case et étendu l'aplat noir sur le ciel de la seconde. Un tour de passe-passe qui me permet d'équilibrer davantage les noirs et blancs par un contraste moins violent qui paradoxalement renforce peut-être le vide du paysage. Ça crée une impression étrange mais pas déplaisante à mon goût de prolongement de l'horizon. Qu'en penses-tu ?
par ÉLias_
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Acclimatations
Chaque année c'est la même chose. En juin les bébés se bousculent et voilà les anniversaires qui défilent. L'air est parcouru d'une brise légère mais permanente, résultat de tant de bougies soufflées ça et là. C'est une période qui met le cerveau à rude épreuve, contraint de redoubler d'ingéniosité pour trouver de nouvelles idées cadeau, de trousser de bons mots pas trop déjà lus. Parfois ça m'inspire des gribouilles.
Alors voilà, juin 2007, Cinétudes.com célèbre son 3e anniversaire. Le ciné-club virtuel au contenu duquel je participe régulièrement (voir rubrique "Chroniques kino" ci-contre) propose pour l'occasion de passionnants travaux. Au programme : Po Chih Leong, Joe Dante, Scott Hicks, John Carpenter et Brian De Palma.

En juin 2007, on fête aussi des anniversaires du côté familial. On peut alors très bien se passer d'une carte de voeux... si c'est bibi qui s'en charge :

Juin 2007, c'est également le moment que choisissent certaines pour se faire trentenaires, phénomène qui devient très tendance autour de moi cette année. Un bon prétexte pour concocter une compilation maison en forme de retrospective des trois décennies passées :

Alors voilà, juin 2007, Cinétudes.com célèbre son 3e anniversaire. Le ciné-club virtuel au contenu duquel je participe régulièrement (voir rubrique "Chroniques kino" ci-contre) propose pour l'occasion de passionnants travaux. Au programme : Po Chih Leong, Joe Dante, Scott Hicks, John Carpenter et Brian De Palma.

En juin 2007, on fête aussi des anniversaires du côté familial. On peut alors très bien se passer d'une carte de voeux... si c'est bibi qui s'en charge :

Juin 2007, c'est également le moment que choisissent certaines pour se faire trentenaires, phénomène qui devient très tendance autour de moi cette année. Un bon prétexte pour concocter une compilation maison en forme de retrospective des trois décennies passées :

par ÉLias_
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Gribouille
par ÉLias_
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Acclimatations
« Nous recherchons l’expression, pas la perfection. Le regard, pas l’apparence. »
Lee Ranaldo, guitariste de Sonic Youth

Mike KELLEY
Ahh...! Youth, 1991
Epreuves couleurs sur papier dépliable, 12 x 72 cm
Livret de CD
Ahh...! Youth, 1991
Epreuves couleurs sur papier dépliable, 12 x 72 cm
Livret de CD
Ahh...! Youth est une oeuvre commandée par le groupe new-yorkais Sonic Youth pour la pochette de leur album Dirty (Geffen Records, 1992). Le livret se présente sous la forme d’un dépliant horizontal tout à fait standard, composé au recto de 6 photographies couleurs : 5 poupées sur fond bleu, 1 Mike Kelley sur fond jaune. En dehors de ces différences de nature (un humain) et de traitement (le fond), l’ensemble vise à l’homogénéité. Le cadrage type photomaton est neutre, sans rien pour distraire le regard, et semble affirmer « tout est là. » De gauche à droite, nous voyons : un animal non identifiable, pelucheux, dont un oeil est à moitié arraché (mais ne lui manque-t-il pas aussi une bouche, voire un nez ?) ; un ours jaune dont le museau a été maladroitement recousu ; Mike Kelley adolescent, l’air impassible qui convient aux photos d’identité, le visage bien abîmé par de l’acné juvénile, du poil au menton, les cheveux longs et, semble-t-il, gras, coiffés en arrière, chemise jaune à rayures boutonnée jusqu’au col, un papier blanc plié dans la poche de devant ; un lapin en peluche rose et sale, avec un curieux élément gris greffé sur le dessus du museau (à moins que ce soit le museau, dans ce cas, le point de feutre situé plus bas serait la bouche) ; suivent deux poupées plus du tout figuratives en laine tricotée, l’une bleue, l’autre orange avec des antennes, arborant chacune une sorte d’écharpe autour du cou, qui semble assurer la tenue de l’ensemble.

En optant pour un nombre de portraits pair, Kelley évite de créer une place centrale, à laquelle sa propre photo aurait pu prétendre. La supériorité en nombre des poupées pourrait laisser penser que c’est l’humain qui cherche à se faire passer pour elles. À nous de démasquer l’intrus, comme dans ces films où un personnage se dissimule au milieu de mannequins de cire, en prenant leur pose. Même attitude frontale, même expression muette. Cette déclaration de l'artiste pourra nous servir de guide : « l’art doit s’intéresser à la réalité, mais il remet en question toute idée de réalité. Il ne cesse de faire de la réalité une façade, une représentation, une construction de l’esprit, tout en soulevant des questions sur les raisons d’être de cette construction. »

Ces poupées au rabais ont rendu Mike Kelley célèbre. Elles s’inscrivent dans la série Half a Man, développée entre 1987 et 1991. Nous sommes donc ici à la fin de ce projet, son apogée sans doute. En introduisant une photo de lui au milieu de ces peluches symptomatiques de son oeuvre, Kelley s’inscrit dans une problématique de l’autoportrait typique du XXe siècle, où l'identité de l'artiste se confond avec son oeuvre. Si toute oeuvre est autoportrait, Kelley aurait pu se contenter d’une seule des photos de peluches avec la mention “autoportrait”, selon une démarche identique à celles de Malevitch, Haring ou Raynaud (présence de l’absence). Mais il choisit de se mettre en scène au sein de son univers plastique. L’artiste lui-même n’est pas pour autant dans cette troisième photo en partant de la gauche. Il est précisément derrière, hors champ, créateur d’un ensemble qui nous est donné à apprécier (absence de la présence).

L'artiste californien privilégie dans ses oeuvres les déplacements, qu’ils soient formels, dialectiques ou métaphoriques. Un tel décalage se situe en fait dans le prolongement du travail de Duchamp et de Warhol, où des objets a priori laids (urinoir, soupe en conserve) tentent d’acquérir leur légitimité en pénétrant avec fracas dans les musées. Kelley n’est pas l’auteur de sa photo. Elle n’est pas un autoportrait, à la base, mais vraisemblablement une authentique photographie d’identité (il en fait donc une sorte de ready-made). De même, les poupées, d’origines industrielle ou artisanale, ne sont pas de l’art, à la base. L'artiste récupère son corps par l’intermédiaire de cette photo peu flatteuse, comme il récupère ces peluches qui ont perdu leur valeur d’usage (dans leur état, nul ne songerait à les acheter, à les offrir, à jouer avec). Ainsi, l’objet est détourné de sa fonction originelle. Il est sale (dirty), cassé. La société l’a jugé inutile et mis au rebut. Avec sa redistribution dans une sphère noble (celle de l’Art), s’invente un nouveau vocabulaire.

Les peluches sont incomplètes, il en manque des bouts, pareilles en cela à l’adolescent qui se construit. Comme l’écrit Malraux : « le seul visage avec lequel le peintre moderne, souvent, “négocie”, c’est le sien, et l’on peut beaucoup rêver devant les autoportraits. » Kelley accepte de se montrer à un âge qualifié d’ingrat. Il ne nie pas la vérité du corps et atteint ici quelque chose de bien plus troublant, plus intime, que s’il s’était par exemple montré nu, ce qui serait demeuré une pose. Gageons qu’à l’âge requis, tels Rembrandt, Hélène Schjerfbeck ou Lucian Freud, il ne craindra pas plus de montrer les marques de la vieillesse qui attaqueront son corps. Ses peluches qui affichent leur imperfection, sans recourir à l’anthropomorphisme (certaines sont même loin de renvoyer à un référent animal), inspirent sympathie, pitié, ou amusement. Le spectateur les élève à un plan humain. Une poésie cruelle s’en dégage. Kelley fait remarquer : « si vous étiez amené à voir la poupée comme le modèle exact d’un personnage, comme une statue, il serait impossible de sympathiser avec elle. Imaginez un de ces personnages marchant dans la rue : on le regarderait comme une monstruosité. » De son côté, le visage de l’artiste aussi est abîmé, son regard noir, droit dans l’objectif, n’est pas plus vivant que les peluches. Suscite-t-il les mêmes sentiments d’empathie ? Dans cette galerie de portraits, qui est le plus humain ? La question est de savoir jusqu’où on accepte d’humaniser les peluches, objets inanimés, et à partir de quand l’artiste cesse d’être homme pour devenir oeuvre, donc objet d’appréciation (qu’elle soit admirative ou répulsive), d’analyse, mais aussi objet marchand. Kelley opère un glissement de catégorie qu’on pourrait qualifier de rimbaldien (Je est un autre).

Le jeu d’échanges entre culture noble et culture populaire, art majeur et art mineur, se poursuit entre spiritualité (la photographie sacralise le sujet) et matérialisme (trivialité de l’apparence, matériaux symptomatiques d’une société décadente). On peut y voir une volonté de réévaluer ces cultures, de les mettre au même niveau, de légitimer l’une par rapport à l’autre. Si les préjugés sont contenus dans la forme, la vérité se trouve peut-être dans l’informe. Kelley montre l’inmontrable, ce qui n’est pas noble, contestant ainsi la norme sociale de l’apparence. Car l’art est une métaphore, et « les métaphores déterminent socialement comment nous vivons. » Il propose d’autres formes de représentation qui libèrent un sens nouveau et critique. En effet, cette méditation s’inscrit dans une réflexion plus large sur les faux-semblants sur lesquels repose la civilisation occidentale et les États-Unis en particulier (en gros : psychanalyse, christianisme et capitalisme). L'artiste procède pour cela par une juxtaposition d’éléments hétérogènes. Si le visage acnéique de Kelley dégoûte le spectateur, les peluches le feront autant. Ou peut-être que pour d’autres, les peluches conservent leur capital de sympathie par leur renvoi inconscient à l’innocence et aux plaisirs simples de l’enfance, tandis que l’adolescent qui cherche à obtenir les mêmes faveurs sera impitoyablement rejeté. Qu’est-ce qui est le plus choquant ? Nous infliger le spectacle d’un visage rendu ingrat par l’âge ? Mettre en avant une vision négative de l’adolescence et en ruiner la possibilité nostalgique ? Peut-on dire que l’oeuvre est belle si elle use de matériaux jugés laids ? Jugés par qui ? Selon quels critères ? D’ailleurs une oeuvre demande-t-elle à être belle ?

L’appréciation esthétique de l’oeuvre de Kelley doit passer par le retournement de valeurs arbitrairement établies. « J’associe le sublime avec ce que la culture considère comme abject. » Le mauvais goût, nous dit-il, est un préjugé. Le spectateur finit par être gêné d’être gêné. Ce ne peut être que salutaire.
par ÉLias_
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Oeuvres d'artistes
Citation hasardée de Ray Bradbury, Le Fantôme d'Hollywood.






par ÉLias_
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Gribouille
J'avais précédemment passé en revue les quelques passages de Superman au grand écran. De récentes lectures me donnent l'occasion de revenir à ses origines papetières (grand merci à Stefan mon pourvoyeur en petits mickeys, avisé et patient).
Mark Millar & Dave Johnson, Red son, 2003
Et si Superman n'avait pas atterri à Smallville, Kansas, mais dans un kolkhoze d'Union soviétique ? Sur ce concept aussi simple que génial, Mark Millar réinvente toute la mythologie non seulement du héros kryptonnien mais également de nombreux autres vétérans de DC, tels Batman, Wonderwoman et même Green Lantern. L'action qui démarre sous le stalinisme va ainsi faire basculer totalement une perspective qui avait fini par nous être un peu trop familière. Cette relecture donne inévitablement lieu à quelques situations qui mettent à mal avec beaucoup d'humour des personnages que l'on croyait bien connaître, sans pour autant tomber dans le pastiche irrespectueux. Même si on rigole souvent des trouvailles de Millar, de certaines audaces réjouissantes (des Batmen lobotomisés condamnés à épousseter les bibelots de la Forteresse de solitude), son utopie fait preuve d'une réelle finesse dans sa réinterprétation du superhéros, de ce qui le motive et des valeurs qu'il peut représenter pour un peuple. La personnalité de Superman est restée la même : il veut protéger la Terre et faire le bien. La seule différence est qu'ici il va défendre les idées qui lui semblent justes et qui sont celles du pays qui l'accueille. Et c'est un miroir qui est alors tendu à l'Amérique et à ses propres idéaux, où le bien apparaît finalement comme une notion relative.

En plus de ces réflexions passionnantes, les auteurs n'oublient pas leur mission première qui est de fournir un comics de divertissement, et assurent des scènes d'action spectaculaires et très réussies, avec un affrontement Superman/Lex Luthor étalé sur des dizaines d'années et qui se conclut de façon assez fantastique. Bref, une oeuvre excellente.
Steven T. Seagle & Teddy Kristiansen, It's a bird..., 2004
Je ne connaissais les auteurs que de nom (Sandman mystery theatre). Eh bien quel talent ! Le scénariste Seagle propose ici un roman graphique qui tient à la fois de la BD autobiographique et de l'essai sur une icône, en l'occurence Superman. Remarquablement construit, le récit met donc en scène Seagle lui-même, sollicité par son éditeur pour écrire une histoire de Superman, un projet qui n'enthousiasme pas plus que ça le narrateur, pire qui l'enfonce dans une vraie dépression où un terrible secret de famille va faire surface. Régulièrement, les situations qu'il vit lui inspirent des idées qui l'amènent à décortiquer point par point les caractéristiques de l'homme de Krypton, ses forces comme ses faiblesses, ses valeurs et son anormalité qui en fait un être si différent, tantôt modèle, tantôt objet de rejet. Il est vrai que commander aujourd'hui une aventure de Superman peut apparaître comme un cadeau empoisonné. Et tout cela est bien sûr prétexte à parler de soi-même, de son entourage, de sa place dans le monde.

Ça peut sembler bien prétentieux dit comme ça, mais c'est vraiment tout le contraire, parce que Seagle a choisit une approche à la fois humble (il est loin de se montrer sous un jour flatteur) et intelligente. J'ai trouvé ça beau et passionnant. Le dessin de Teddy Kristiansen est quant à lui absolument magnifique, tout en couleur directe, avec un mélange des styles réellement admirable. Les différents traitements thématiques du superhéros proposées par le scénariste sont l'occasion pour le dessinateur d'employer un style à chaque fois différent, et chacune de ces approches va nourrir la propre réflexion du narrateur. Une lecture souvent émouvante, un livre tout simplement brillant, à découvrir absolument.
Scott McCloud, Aluir Amancio & Terry Austin, Strength, 2005
L'idée de voir Scott McCloud, grand théoricien de la bande dessinée en tant qu'"art invisible", investir l'univers du Man of steel semblait prometteuse sur le papier. Or si le scénariste trousse un récit incontestablement efficace, avec une troupe de bad guys assez finement écrits, cela aboutit tout de même à une aventure relativement anecdotique. C'est vraiment là qu'on se rend compte qu'un superhéros comme Superman est en soi assez inintéressant. Il semble qu'un scénariste d'aujourd'hui ne puisse l'aborder sans en profiter pour revenir sur la naissance du mythe et tenter d'en redéfinir les origines. Ici, cette tentative est peu convaincante, donnant vraiment l'impression d'être greffée sur une histoire principale faite d'action et de suspense qui finalement se suffisait bien à elle-même. Ainsi, le passage qui raconte un épisode de l'enfance de Clark Kent, bien que ne manquant pas d'idées, apparaît comme une simple parenthèse. Le reste du temps, Superman reste un peu en arrière-plan, au point de se retrouver avec la tête détachée du corps, figure grotesque conservée dans un bocal et objet des plus pitoyables jeux de mots de la part de ses ennemis. McCloud fait un peu trop appel à des gadgets et des inventions improbables qui font qu'un peu trop de choses deviennent possibles (des gants téléporteurs). Il ne s'agit évidemment pas de chercher la crédibilité dans un comix de superhéros mais tout au plus de ne pas avoir l'impression de facilités scénaristiques. Ce genres d'inventions trouvaient parfaitement leur place dans les comix d'il y a 40 ans, avec leur naïveté assumée. Dans ce récit aux préoccupations bien contemporaines, ça devient un peu idiot. Néanmoins le climax est absolument sublime, remarquablement découpé, avec une course poursuite d'un incroyable dynamisme suivie d'un face à face pathétique qui ne manque pas de force.

Je ne suis pas très fan du dessin d'Aluir Amancio (crayonnés) et Terry Austin (encrage) qui manque un peu de subtilité à mon goût, ainsi que de cette tendance à représenter systématiquement les personnages féminins comme des bombasses aux tenues avantageuses. Les couleurs évitent le mauvais goût mais ce petit côté fan service rabaisse un peu les ambitions espérées sur un tel projet. À réserver aux fans, donc.
Mark Millar & Dave Johnson, Red son, 2003Et si Superman n'avait pas atterri à Smallville, Kansas, mais dans un kolkhoze d'Union soviétique ? Sur ce concept aussi simple que génial, Mark Millar réinvente toute la mythologie non seulement du héros kryptonnien mais également de nombreux autres vétérans de DC, tels Batman, Wonderwoman et même Green Lantern. L'action qui démarre sous le stalinisme va ainsi faire basculer totalement une perspective qui avait fini par nous être un peu trop familière. Cette relecture donne inévitablement lieu à quelques situations qui mettent à mal avec beaucoup d'humour des personnages que l'on croyait bien connaître, sans pour autant tomber dans le pastiche irrespectueux. Même si on rigole souvent des trouvailles de Millar, de certaines audaces réjouissantes (des Batmen lobotomisés condamnés à épousseter les bibelots de la Forteresse de solitude), son utopie fait preuve d'une réelle finesse dans sa réinterprétation du superhéros, de ce qui le motive et des valeurs qu'il peut représenter pour un peuple. La personnalité de Superman est restée la même : il veut protéger la Terre et faire le bien. La seule différence est qu'ici il va défendre les idées qui lui semblent justes et qui sont celles du pays qui l'accueille. Et c'est un miroir qui est alors tendu à l'Amérique et à ses propres idéaux, où le bien apparaît finalement comme une notion relative.

En plus de ces réflexions passionnantes, les auteurs n'oublient pas leur mission première qui est de fournir un comics de divertissement, et assurent des scènes d'action spectaculaires et très réussies, avec un affrontement Superman/Lex Luthor étalé sur des dizaines d'années et qui se conclut de façon assez fantastique. Bref, une oeuvre excellente.
Steven T. Seagle & Teddy Kristiansen, It's a bird..., 2004Je ne connaissais les auteurs que de nom (Sandman mystery theatre). Eh bien quel talent ! Le scénariste Seagle propose ici un roman graphique qui tient à la fois de la BD autobiographique et de l'essai sur une icône, en l'occurence Superman. Remarquablement construit, le récit met donc en scène Seagle lui-même, sollicité par son éditeur pour écrire une histoire de Superman, un projet qui n'enthousiasme pas plus que ça le narrateur, pire qui l'enfonce dans une vraie dépression où un terrible secret de famille va faire surface. Régulièrement, les situations qu'il vit lui inspirent des idées qui l'amènent à décortiquer point par point les caractéristiques de l'homme de Krypton, ses forces comme ses faiblesses, ses valeurs et son anormalité qui en fait un être si différent, tantôt modèle, tantôt objet de rejet. Il est vrai que commander aujourd'hui une aventure de Superman peut apparaître comme un cadeau empoisonné. Et tout cela est bien sûr prétexte à parler de soi-même, de son entourage, de sa place dans le monde.

Ça peut sembler bien prétentieux dit comme ça, mais c'est vraiment tout le contraire, parce que Seagle a choisit une approche à la fois humble (il est loin de se montrer sous un jour flatteur) et intelligente. J'ai trouvé ça beau et passionnant. Le dessin de Teddy Kristiansen est quant à lui absolument magnifique, tout en couleur directe, avec un mélange des styles réellement admirable. Les différents traitements thématiques du superhéros proposées par le scénariste sont l'occasion pour le dessinateur d'employer un style à chaque fois différent, et chacune de ces approches va nourrir la propre réflexion du narrateur. Une lecture souvent émouvante, un livre tout simplement brillant, à découvrir absolument.
Scott McCloud, Aluir Amancio & Terry Austin, Strength, 2005 L'idée de voir Scott McCloud, grand théoricien de la bande dessinée en tant qu'"art invisible", investir l'univers du Man of steel semblait prometteuse sur le papier. Or si le scénariste trousse un récit incontestablement efficace, avec une troupe de bad guys assez finement écrits, cela aboutit tout de même à une aventure relativement anecdotique. C'est vraiment là qu'on se rend compte qu'un superhéros comme Superman est en soi assez inintéressant. Il semble qu'un scénariste d'aujourd'hui ne puisse l'aborder sans en profiter pour revenir sur la naissance du mythe et tenter d'en redéfinir les origines. Ici, cette tentative est peu convaincante, donnant vraiment l'impression d'être greffée sur une histoire principale faite d'action et de suspense qui finalement se suffisait bien à elle-même. Ainsi, le passage qui raconte un épisode de l'enfance de Clark Kent, bien que ne manquant pas d'idées, apparaît comme une simple parenthèse. Le reste du temps, Superman reste un peu en arrière-plan, au point de se retrouver avec la tête détachée du corps, figure grotesque conservée dans un bocal et objet des plus pitoyables jeux de mots de la part de ses ennemis. McCloud fait un peu trop appel à des gadgets et des inventions improbables qui font qu'un peu trop de choses deviennent possibles (des gants téléporteurs). Il ne s'agit évidemment pas de chercher la crédibilité dans un comix de superhéros mais tout au plus de ne pas avoir l'impression de facilités scénaristiques. Ce genres d'inventions trouvaient parfaitement leur place dans les comix d'il y a 40 ans, avec leur naïveté assumée. Dans ce récit aux préoccupations bien contemporaines, ça devient un peu idiot. Néanmoins le climax est absolument sublime, remarquablement découpé, avec une course poursuite d'un incroyable dynamisme suivie d'un face à face pathétique qui ne manque pas de force.

Je ne suis pas très fan du dessin d'Aluir Amancio (crayonnés) et Terry Austin (encrage) qui manque un peu de subtilité à mon goût, ainsi que de cette tendance à représenter systématiquement les personnages féminins comme des bombasses aux tenues avantageuses. Les couleurs évitent le mauvais goût mais ce petit côté fan service rabaisse un peu les ambitions espérées sur un tel projet. À réserver aux fans, donc.
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