Extrospection

Un titre générique pour caser et partager mes passions, mes créations. Cinéma, musica, dessin et bouquins sont de la partie. Bref, les bouts de cervelle qui animent le specimen ÉLias_

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Jeudi 15 novembre 2007

Né au cinéma avec Sergio Leone, Eastwood est sans doute l'acteur/réalisateur que je respecte le plus aujourd'hui. Je me suis récemment fait une rétrospective maison, l'occasion de revoir des films qui me sont chers, mais également de découvrir enfin ceux qui m'étaient restés inconnus. Au sein de ce parcours, il fut assez plaisant de constater la fidélité de nombreux collaborateurs du réal, et de voir tel nom monter parfois en grade d'un générique à l'autre. J'omets quelques titres mais respecte la chronologie...






Le Streghe (Les Sorcières)
, collectif, 1965

Film à sketch italien produit par Dino De Laurentiis à la gloire de son épouse d'alors Silvana Mangano. Cinq courts-métrages et cinq rôles de femmes très différents pour des résultats variés. Je ne parlerai ici que du dernier sketch, Une soirée comme les autres, petit bijou réalisé par Vittorio De Sica avec un Clint Eastwood hallucinant en salaryman pantouflard, objet de tous les fantasmes de sa femme qui refuse l'embourgeoisement de leur relation. De Sica se lâche complètement dans la visualisation de ces fantasmes où Mangano se rêve en femme fatale assaillie par des superhéros de fumetti (Mandrake, Diabolik, le Fantôme) tandis que Clint met déjà bien à mal son image de surmâle, jusqu'à une séquence ahurissante où la donna est poursuivie par une ville entière jusque dans un immense stade où elle exécute un striptease, rendant fou Eastwood qui finit par se tirer une balle dans la tête ! Le scénario va vraiment loin dans cette satire de la vie de couple. Clint est méconnaissable dans ce registre caricatural et le talent de la Mangano explose incontestablement. Absolument jouissif.

Kelly's heroes (De l'or pour les braves), Brian G. Hutton, 1970
Un film étonnant qui semble échapper à tout étiquetage. L'aspect mission commando, et les présences de Telly Savalas (que j'ai rarement vu aussi bon) et Donald Sutherland (hilarant en chef de tank illuminé) sonnent comme un évident écho aux Douze salopards. On peut ainsi dire qu'on a affaire à un film de guerre redoutablement efficace, disposant de moyens souvent impressionnants. Andrew Marton assure la réalisation de seconde équipe, et les scènes de destruction et d'explosion sont particulièrement spectaculaires, en plus d'être visuellement très réussies. Le duel entre les deux tanks dans le village est un pur morceau d'anthologie. Mais Kelly's heroes est également une comédie irrévérencieuse, décrivant une campagne militaire en totale déliquescence, avec une armée américaine minée par la confusion. L'artillerie tire sur ses propres troupes, un capitaine pistonné est pressé d'arriver à Paris pour y faire du shopping. L'appât du magot semble soudain donner une bonne raison de se battre, jusqu'à ce que cette opération qui devait être secrète dégénère en impliquant les plus hauts gradés de l'état major. Le plus remarquable étant que ce mélange des tons se fait de façon très harmonieuse. Les situations peuvent tout à fait être excessives, elles ne sont jamais irréalistes ou cartoonesques (et là on pense inévitablement aux Rois du désert). Le summum de l'audace étant sans doute atteint lorsque les héros parviennent à associer le soldat nazi à leur combine pour faire sauter la porte de la banque ! Et la scène qui parodie les duels à la Leone lorsque Clint, Telly et Donald marchent de front vers le tank, est simplement hilarante. Bref, j'ai été bluffé et cela m'a donné envie de réévaluer Quand les aigles attaquent, autre film d'Eastwood dirigé par Hutton, qui m'avait semblé un peu molasson.





The Beguiled (Les Proies)
, Don Siegel, 1970

Magnifiquement introduit de manière faussement doucereuse par la comptine chuchotée par Clint et la photographie qui passe du sépia à la couleur — sublime travail de Bruce Surtees qui me fait dire que ce film se doit d'être vu en salle — on plonge dans ce The Beguiled comme dans un songe qui nous ferait basculer à l'improviste dans le cauchemar. La guerre de Sécession n'est qu'un arrière-plan, le champ de bataille se révèle situé à un autre niveau. Le spectateur se voit alors baladé dans un monde déchiré qui tente de sauvegarder les apparences d'une bonne société alors que tout respire la frustration, le désir et le vice. Don Siegel filme le trouble à l'état pur, Clint n'hésite pas à prendre des risques. D'une audace assez étonnante, le film s'avère incroyablement dérangeant notamment dans sa représentation des fantasmes et très ambigu. La vérité des personnages nous échappe jusqu'au final. Un diamant noir, une oeuvre unique et marquante.

Dirty Harry (L'Inspecteur Harry), Don Siegel, 1971
Si Dirty Harry a certainement redéfini pour longtemps le cinéma policier, ce statut de film fondateur ne le rend pas pour autant dépassé. Sa violence n'a rien perdu de son impact, résultant à la fois de plans chocs et de situations malsaines, mais aussi de la caractérisation de Scorpio, psychopathe tout à fait terrifiant car imprévisible. Siegel et Eastwood s'attaquent à un problème complexe affronté tous les jours par de simples flics sur le bitume, sans forcément prendre parti. "Dirty Harry" doit moins son surnom à un non-respect de la loi qu'au fait que c'est lui qui est chargé des basses besognes. On peut aller jusqu'à la considérer comme un pauvre type qui a abandonné sa vie sociale pour nettoyer les ordures de la ville. Le final montre bien le dégoût qu'il tire de son expérience. J'ai été vraiment frappé par l'élégance et le soin apporté à la mise en scène. La caméra est très souvent en mouvement, et Siegel exploite de façon véritablement splendide les décors naturels de Frisco, avec une photographie de Surtees qui oscille entre l'éclatante luminosité et l'obscurité la plus effrayante. Je retiens entre autres cette séquence superbe et tendue de la remise de la rançon, course dans la nuit épuisante et sordide puisqu'il s'agit aussi d'une course contre la mort. On ne peut enfin passer sous silence le score de Lalo Schifrin, qui semble imposer un style désormais indissociable du polar urbain.





Play Misty for me (Un frisson dans la nuit)
, Clint, 1971

Première réalisation, premier coup de maître. Un pitch du tonnerre que n'aurait pas renié Hitchcock, remarquablement traité grâce à une écriture très subtile des personnages, qu'il s'agisse du DJ Dave Garver en homme pas toujours capable d'agir comme il le souhaiterait, ou d'Evelyn, campée par l'impressionnante Jessica Walter, dont la possession psychotique est rendue de façon terrifiante certes, mais aussi pathétique. On partage tout à fait l'angoisse du protagoniste, du jour au lendemain complètement paniqué et ne sachant plus comment il a fait pour en arriver là. Eastwood filme ça admirablement, avec une grande liberté, un rythme qui sait se montrer nonchalant à l'occasion (ballades dans la forêt, descente au Monterey jazz festival, discussion avec le barman malicieusement interprété par l'ami Siegel). Un film très attachant. Au sens propre.

Breezy, Clint, 1973
Pour son troisième film en tant que metteur en scène, Clint laisse de côté le cinéma de genre et livre une oeuvre magnifique et profondément personnelle, qui semble ne rien devoir à personne, tournée manifestement loin des studios. Je lis souvent que la reconnaissance critique du réalisateur en France est arrivée à partir d'Honkytonk man (1982). Mais où étaient-ils ces critiques dix ans plus tôt à la sortie de Breezy, qui témoigne incontestablement d'une démarche d'auteur ? La superstar reste ici derrière la caméra et nous propose une histoire d'amour d'une tendresse et d'une émotion rares. En vieux cabot solitaire, William Holden — qui ne cesse de me donner des raisons de l'aduler — est incroyablement touchant. Son personnage s'est efforcé de garder l'amour à distance pour s'épargner la souffrance, perdant du même coup le goût du simple bonheur de l'instant. Et que dire de Kay Lenz, qui s'approprie son rôle corps et âme. Fraîche, légère et en même temps parfaitement lucide. C'est un sujet franchement osé qu'aborde Eastwood et il le fait avec autant de franchise que de pudeur (magnifique plan des deux corps qui s'enlacent dans l'ombre). Il semble vouloir ici peindre une certaine jeunesse hippie de l'époque, avec respect et honnêteté, c'est-à-dire loin de toute idéalisation mais avec une émouvante volonté de compréhension. On retrouve tout le talent d'écriture de la scénariste Jo Heims, qui avait déjà signé pour Play Misty for me des dialogues pleins de justesse sur la passion. La Breezy's song de Michel Legrand apporte une dernière touche à la fois mélancolique et sereine sur ce très beau portrait de couple.





The Enforcer (L'Inspecteur ne renonce jamais)
, James Fargo, 1976

Je ne comprends pas la faible côte d'amour de ce film. J'ai beau le revoir, je trouve ce 3e volet des aventures de Dirty Harry toujours aussi épatant. Clint donne sa chance à Jim Fargo, qui fut son assistant, et celui-ci signe une mise en scène parfaitement maîtrisée et énergique. Mention spéciale à la course-poursuite sur les toits de Frisco, assez génialement soutenue par le score jazzy de Jerry Fielding. Les répliques laconiques de l'inspecteur sont toujours aussi percutantes, on s'indigne avec lui du comportement irresponsable de ses supérieurs. Une des cibles du film, c'est le politiquement correct de la société américaine de cette époque : quotas arbitraires pour laisser place, par exemple, aux femmes dans la police sans forcément tenir compte de leurs compétences, groupuscules afro-américains forcément considérés comme des terroristes tandis que les vrais criminels dissimulent leurs motivations pécuniaires derrière une façade de révolutionnaires. Et puis la relation entre Callahan et sa partenaire est retranscrite avec chaleur et justesse. On devine leur attirance et en même temps leur réserve. Le final, chargé d'une tragique ironie, est particulièrement fort.

The Gauntlet (L'Épreuve de force), Clint, 1976
Voilà un film d'action incroyablement bourrin, tant dans ses situations que dans ses dialogues pas vraiment châtiés, et qui profite du statut de prostituée du personnage interprété par la charmante Sondra Locke pour en rajouter dans le vulgaire. Le couple qu'elle forme avec Eastwood prendra le temps de s'apprivoiser, jusqu'à véritablement s'apprécier. Le titre français aurait pu être Le Canardé, tant Eastwood y est victime d'une impressionnante débauche d'artillerie. Malpaso devait manifestement posséder un stock de munitions en passe d'être périmées qu'il fallait utiliser au plus vite. La mise en scène est parfois un peu expédiée, on sent que Clint n'est pas toujours très inspiré dans les scènes de poursuites. La course entre l'hélico et la moto aurait ainsi pu être plus palpitante. Mais le concept du film est assez génial dans sa volonté d'épure, où les deux héros se retrouvent la cible de la mafia et de la police de deux États. Le climax anthologique est complètement absurde par sa démesure et sa résolution mais c'est un vrai bonheur d'assister à ce genre de spectacle aux ambitions ouvertement commerciales et dont on sent bien que les participants y ont pris un intense plaisir. Et Eastwood prolonge sa collaboration avec Fielding qui atteint ici une liberté d'inspiration aboutissant à un score absolument sublime.





Every which way but loose (Doux, dur et dingue)
, James Fargo, 1978

Scénario timbre-poste en forme de road-movie : après quelques scènes d'exposition pépères, Philo Beddoe le bagarreur et ses potes prennent la route à la recherche d'une chanteuse country (Sondra Locke, une nouvelle fois craquante). À leurs trousses, leurs ennemis ne s'avèreront jamais vraiment menaçants, traités plutôt sous l'angle comique. Flics pourris et gang de motards plus bêtes que méchants enchaînent malgré eux les catastrophes. Les divers affrontements seront souvent prétexte à des gags irrésistibles, avec une tendance marquée au burlesque, et à des séquences de bourre-pif efficacement chorégraphiées par le fidèle Buddy Van Horn. C'est cette légèreté assumée qui fait qu'on suit avec beaucoup de plaisir les aventures de ces pittoresques personnages. On devine une évidente complicité entre Eastwood et Clyde l'orang-outan, et toujours cette thématique chère à l'acteur de recomposition d'une famille un peu bordélique mais chaleureuse. La baston finale se charge même d'une inattendue mélancolie avec ce vieux champion qui perd les faveurs de son public, ce qui montre bien que derrière le côté divertissement sans prétention du film, il y a une certaine tendresse. Cette ballade dans le Sud profond baigne de plus dans une excellente bande son aux accents country western, et James Fargo livre une mise en scène dynamique mais qui sait également se faire plus posée lors des scènes intimistes et musicales. J'adore.

Bronco Billy, Clint, 1980
Extraordinaire découverte. Je suis aujourd'hui bien tenté de le considérer comme l'un des plus beaux films de son auteur. Le scénario est vraiment très riche, avec cette nouvelle famille recomposée de parias de l'Amérique. L'atmosphère bien middle West s'inscrit dans la même veine que le film précédent, et derrière l'humour bien présent et souvent généreux se dissimulent une vraie humanité et la quête d'un idéal, de quelque chose qui n'a jamais existé que dans un passé mythifié. Bronco Billy McCoy est un personnage passionnant, jouant le jeu des gosses qui voient en lui un héros, chef autoritaire et de mauvaise foi aux coups de gueule hilarants, qui se révèle vraiment émouvant lorsqu'il laisse un peu parler son coeur. Sondra Locke reprend le rôle de la garce de service où elle excelle, et les rapports amour/haine entre les deux ne sont pas sans évoquer certaines screwball comedies de la grande époque. On pense également au cinéma de John Ford dans sa tendance à privilégier les moments creux, ceux où s'exprime la chaleur humaine, plutôt que de se contenter de la seule progression narrative. Et puis quelle brillante idée que ce chapiteau fabriqué par des malades mentaux aux couleurs du drapeau américain. Formidable.




À suivre...

par ÉLias_ publié dans : Kino
Lundi 24 septembre 2007
Petit clin d'oeil à la géniale émission conçue par Roland Topor et Henri Xhonneux au milieu des années 80, avec ce petit article que j'ai consacré à Téléchat et qui vient d'être mis en ligne sur Cinétudes. L'occasion de constater les vertus et inventions de cette délirante production franco-belge, qui s'avèrent largement tenir la route encore aujourd'hui, bien au-delà de la seule valeur nostalgique.

Clique sur l'image pour accéder à la chronique.

 
par ÉLias_ publié dans : Kino
Lundi 13 août 2007
Avant que mes cartes postales de vacances n'arrivent, je te propose un peu de lecture : Cinétudes a fait sa mise à jour estivale où, en plus de l'ouverture d'un dossier Clive Barker et le vrai démarrage du dossier John Carpenter, on trouvera deux contributions personnelles que je crois appétissantes et qui ne sont finalement pas loin de parler de la même chose.


Il s'agit d'abord d'une critique — corédigée avec Loïc Blavier — d'Homecoming (Vote ou crève, 2005), l'ahurissante satire politico-médiatique signée Joe Dante pour l'anthologie horrifique télévisuelle Masters of horror. La relation amour/haine qu'entretient malgré lui le réalisateur avec Hollywood l'a régulièrement amené à oeuvrer pour le petit écran, livrant à l'occasion quelques-uns de ses films les plus libres et audacieux, celui-ci en faisant incontestablement partie, au même titre qu'un The Second civil war.  Lire l'article...

Je poursuis ensuite mon passage en revue de la saga Planet of the apes. Après la première partie consacrée au film séminal de Schaffner, j'aborde maintenant les quatre suites cinéma mises en chantier très rapidement pour surfer sur le succès du phénomène. Beneath the planet of the apes (Le Secret de la planète des singes, 1970), Escape from the planet of the apes (Les Évadés de la planète des singes, 1971), Conquest of the the planet of the apes (La Conquête de la planète des singes, 1972) et Battle for the planet of the apes (La Bataille de la planète des singes, 1973) sont des films de qualité évidemment inégales mais qui composent au final un ensemble tout à fait passionnant, toujours étonnant aujourd'hui par sa façon de mêler divertissement de science-fiction et discours politique.  Lire l'article...


Merci de ton attention.

par ÉLias_ publié dans : Kino
Mercredi 16 mai 2007

Mise en ligne sur DVDClassik de ma chronique consacrée à deux films ayant Julie Andrews pour vedette : Star ! de Robert Wise (1968), et Darling Lili de Blake Edwards (1970).

Au-delà de la mise en évidence des qualités — inégalement partagées — de ces deux oeuvres, j'ai pensé mon texte comme une petite leçon d'histoire sur une période passionnante qui représente d'une certaine façon la fin d'un âge d'or : celui des grands studios hollywoodiens. Retentissants échecs à leur sortie, ces deux superproductions musicales méritent le qualificatif de maudites. Leur ambition excessive ne coïncidait soudain plus avec les préoccupations d'un public qui, à la suite des nombreux troubles sociaux et politiques qu'a connu l'Amérique dans les 60's, avait alors perdu le goût du rêve et de l'évasion. Julie Andrews (Miss Mary Poppins) y trouvait là deux formidables écrins à son talent. Aujourd'hui ces deux films permettent au spectateur de retrouver comme un parfum oublié.

Pour lire la chronique  cliquez ici...



60e festival de Cannes oblige, je reste dans l'actu cinéma pour signaler l'update du mois chez Cinétudes, avec au programme : Lost highway de David Lynch, 52 pick-up, Riviera et Dead bang de John Frankenheimer et enfin The Wisdom of crocodiles de Po Chih Leong. C'est du bon et ça se passe par ici, merci.


par ÉLias_ publié dans : Kino
Samedi 14 avril 2007

Mise en ligne sur Cinétudes.com de mon dossier consacré à la saga Planet of the apes (La Planète des singes). Je m'y propose d'aborder en quatre étapes les divers avatars filmiques qu'aura connu le roman de Pierre Boulle, de sa parution en 1963 à sa réactualisation controversée par Tim Burton en 2001, en passant par les séries télévisées.

La première partie est accessible par ici.  Il y est question du livre et du film de Franklin J. Schaffner, oeuvre phare du cinéma de science-fiction.




par ÉLias_ publié dans : Kino
Jeudi 15 février 2007
Retour sur quelques titres fameux de la comédie romantique et musicale indienne. Fameux parce qu'ils représentent à la fois la revitalisation d'un genre et sa redécouverte hors des frontières.



Kuch kuch hota hai,
Karan Johar, 1998

Amis de la subtilité, passez votre chemin. Karan Johar emballe sur un rythme trépidant une véritable fresque sur l'amitié et les amours manqués. Tout n'est pas toujours de très bon goût, notamment dans la mise en scène, mais l'ensemble est largement transcendant pour que ces quelques lourdeurs récurrentes ne viennent jamais plomber l'atmosphère. Il faut de toutes façons accepter qu'on est là pour en prendre plein les yeux et les oreilles. Dans le genre, le flashback de la première heure sur la jeunesse des personnages se lâche pas mal avec ces fringues bien ringardes, la cool attitude abusive de Shahrukh Khan, le cabotinage éhonté de la prof d'anglais ou du surveillant général, l'apparition de Rani Mukherji en bombasse ? c'est vrai qu'elle le mérite ? et tout un tas de scènes improbables sur la vie au lycée. Mais on peut justifier ça en se disant que ce récit nous est conté du point de vue d'une gamine, qui lit les souvenirs de sa mère et les visualise à travers ses propres références (c'est une enfant de la télé). Et puis cette atmosphère d'infantilisme et d'insouciance se révèle vite très attachante, notamment grâce à l'interprétation d'une Kajol irrésistible d'espièglerie et de vitalité. Et lorsque l'émotion et la sincérité des sentiments commence à naître au sein du groupe d'amis, les ruptures de ton fonctionnent merveilleusement, jusqu'à ces quiproquos idiots qui décident d'un destin. On a alors droit à de très beaux moments, certains fascinants comme l'interprétation en trio de la chanson-titre dans une campagne de ruines médiévales écossaises, d'autres bouleversants comme les adieux sur le quai de gare.


Cette longue première partie a préparé le terrain à la suite qui parvient là encore à faire fonctionner avec brio les séquences les plus risquées. Le camp de vacances n'est pas crédible une seconde, le petit jeu entre le Colonel et la mère de Rahul est complètement crétin mais c'est bon. À la rigueur, le seul aspect plombant serait l'interprétation systématiquement médiocre de Salman Khan dans le rôle du fiancé encombrant. Toutes les péripéties qui s'ensuivent sont parfaitement balisées, mais qu'il est bon de s'embarquer dans ce genre de spectacle et d'en sortir avec la chanson-titre trottant dans la tête.




Kabhi khushi kabhie gham (La Famille indienne), Karan Johar, 2001
Karan Johar a clairement la volonté de s'inscrire dans le fil de son megasuccès précédent : il retrouve une bonne partie de la distribution (Kajol reprend même son prénom d'Anjali et Shahrukh celui de Rahul), démarre par un gros flashback d'une heure et demi, et s'offre un luxueux numéro musical pour la chanson d'amour, tourné cette fois dans le désert égyptien. On pourra même entendre un bref instant le thème principal de Kuch kuch hota hai. Par contre, j'ai été outré que Rani Mukherji disparaisse si vite de l'intrigue (je ne me lasserai jamais de sa beauté et de sa voix rauque). Les parents sont incarnés par deux superstars du ciné hindi d'hier, Amitabh Bachchan et son épouse Jaya. Dans le rôle du brother, Hrithik Roshan est quant à lui un bien mauvais acteur, capable seulement de capitaliser sur sa gueule de minet. Heureusement il danse super bien. Tout cela aboutira à une formule payante puisque le film sera champion du box office indien. Les thématiques sont plutôt courageuses, avec ce respect des traditions dont la trop grande rigueur ne conduira qu'à la douleur, et cet espoir placé en une jeunesse qui peut elle aussi guider les aînés. En fait, ce mélo fonctionne bien mais pèche par ses excès. Cette famille indienne de millionnaires vit dans un luxe tel qu'il finit par brider l'empathie du spectateur : déjà le monstrueux palace qui leur sert de demeure, les bagnoles et les fringues de marques qui se succèdent d'une scène à l'autre, et même la vilaine déco top tendance de l'appartement londonien. Okay, on est là pour rêver, mais Karan Johar plonge avec une telle complaisance dans l'épate que cela en devient douteux. Le pire étant atteint avec la seconde partie et l'arrivée à Londres, où le mauvais goût semble vouloir régner désormais en maître. Le comportement de pétasse de Kareena Kapoor est souvent très drôle parce que ça ne se prend pas au sérieux, mais en même temps le côté fashion victim est si appuyé qu'il suscite vraiment la consternation. L'introduction de son personnage dans sa chambre est une séquence qui, dans le fond comme dans la forme est assez hideuse voire éprouvante. Il y avait parfois un peu de ça dans Kuch kuch hota hai dans sa peinture de l'univers lycéen mais les personnages y étaient mille fois plus sympathiques et leur problèmes nous apparaissaient à un niveau un peu plus humain.


En fait le problème c'est qu'ici on a pris le temps de s'attacher dans la première partie au couple formé par Kajol et Shahrukh Khan ; leur talent d'acteurs et leur complicité y étant pour beaucoup. Dès qu'ils passent au second plan et qu'intervient la romance entre Hrithik Roshan et Kareena Kapoor, l'émotion peine à surgir avec la même force. Leur relation est beaucoup plus superficielle et le film se plante un peu. Un truc que j'adore dans ces films bollywoods, c'est lorsqu'une réplique qui se veut particulièrement émouvante est immédiatement suivie d'un choeur langoureux. Ça force un peu la main à l'émotion du spectateur mais en général ça fonctionne. On sait que la subtilité n'est pas au programme. Le final propose ici un véritable lâcher des grandes eaux qui demeure touchant bien que prévisible. Et j'y ai été de ma petite larme, donc ça va. Mais la bougeotte de la caméra avec cette multiplication totalement irraisonnée des travellings avants, les gros coups de tonnerre qui viennent surdramatiser les réactions, tous ces effets sont trop lourdement et trop souvent utilisés et perdent de leur impact, surtout sur 3h30. Pour moi, le réalisateur atteint là les limites de son talent. Malgré tout, ça reste un spectacle suffisamment riche (et pour cause !), pour qu'on y trouve son compte. Décors, photographie, costumes, humour, chansons (à une ou deux exceptions) et chorégraphies parviennent souvent à emporter le spectateur et à faire oublier les autres fautes de goût.




Lagaan, Ashutosh Gowariker, 2001
À la fois film historique, drame sportif et comédie musicale, Lagaan est une merveille, pleine de vitalité et d'émotion. La mise en place (soit une petite heure de film) pourra sembler peu convaincante, voire laborieuse : scènes d'expositions à la chaîne, caractérisation sans nuances des méchants anglais, etc. Et puis, on réalise soudain qu'on est captivé par les enjeux du film, la façon très efficace dont s'exprime progressivement la solidarité des villageois. On palpite en espérant assister à la réunion des amants, on se révolte, on fond, et on vibre pendant le match de cricket quand bien même on n'en comprendrait pas toutes les règles. Avec une mise en scène ample et spectaculaire qui ne nuit jamais à une peinture chaleureuse d'une communauté, Gowariker parvient intelligemment à mêler le divertissement le plus jouissif à une dénonciation des injustices de la colonisation mais aussi de celles qui peuvent régner au sein même de la société indienne, tel le statut des intouchables.


Bref, une super ambiance, un luxe de moyens appréciable, des personnages attachants, un climax haletant et des chorégraphies suffisamment nombreuses, régulières et peuplées pour faire en sorte que ces quelques 3h30 passent avec un vrai bonheur.




Swades, Ashutosh Gowariker, 2004
Où l'on réalise à quel point ces films prennent toute leur dimension sur grand écran, tant l'atmosphère d'une salle obscure profite à l'immersion au coeur de ces images en cinemascope et offre un écrin sans égal aux torrents d'émotion qui nous emportent, passant du rire frais aux larmes, de l'indignation à l'embarras causé par des yeux qui débordent d'amour. On sait qu'on est parti pour une projection de plus de 3h. C'est comme si on s'embarquait pour un voyage, d'autant plus dépaysant qu'on est inévitablement charmé par l'exotisme d'un pays et de traditions qui nous sont bien lointaines. Tout ce qu'on demande alors, c'est d'en prendre plein les yeux et de se mettre au diapason des sentiments exacerbés des personnages.


Sur le papier, l'histoire de Swades peut paraître édifiante, avec ce thème du retour au pays natal et du questionnement d'une identité aussi bien intime que nationale. Le film réussit cependant son pari haut la main en forçant avec énormément de sincérité l'empathie vis-à-vis des nombreux personnages de ce village, riche de contradictions sans que jamais on ait l'impression d'avoir affaire à des archétypes. En effet, même les plus absolutistes des villageois sauront se montrer par certains côtés aimables. Nous sommes invités à suivre les pas d'un Shahrukh Khan étonnant d'humilité, qui a lui aussi un peu oublié ses racines et la réalité sociale de son pays et se laisse aller dans un premier temps à l'émerveillement tout simple face à la richesse d'une terre des hommes. Progressivement, au contact des habitants, il va découvrir la persistance de coutumes et de conditions de vie qui semblent héritées d'un autre âge. Le réalisateur ne craint pas de gratter le vernis de la société indienne et on est très loin de la carte postale. Certaines situations dépeignant la misère sont véritablement très dures et bouleversent le protagoniste au même titre que le spectateur. Gowariker évite la séduction facile du public qui consisterait à idéaliser ses personnages et leur environnement. Il refuse l'évasion par le luxe et la mode. Les numéros musicaux sont très rares. Au bout du chemin demeurent encore des pistes à explorer, et peut-être la magnifique promesse d'un amour vrai.




Veer-Zaara, Yash Chopra, 2004
L'ouverture du film m'a complètement mis par terre. On démarre en effet sur un clip trop beau pour être vrai dans une campagne flamboyante, avec couleurs qui pètent de partout, mouvements de caméra à la grue dans tous les sens et Shahrukh Khan qui danse et chante en s'adressant à une silhouette féminine. Un plan large nous montre l'homme et la femme courir l'un vers l'autre et au moment où ils vont se rejoindre... Bang ! Coup de feu, la femme s'effondre, et raccord incroyablement violent sur un Shahrukh hagard, visage sale et hirsute, croupissant dans une geôle obscure. En une fraction de secondes, Yash Chopra, l'une des plus grandes figures du cinéma hindi, vient de régler son compte aux clichés bollywoodiens avec une violence incroyable. Par la suite le réalisateur se "rattrapera" un peu en nous offrant des chorégraphies monumentales, avec décors et costumes éblouissants de couleurs. La construction du film faite de flashbacks maintient intelligemment l'attention. On est impatient de voir toutes les pièces du puzzle s'assembler. On échafaude des hypothèses, on est surpris par certaines révélations. Lorsque le drame s'installe véritablement, avec cette histoire d'amour impossible, à cheval sur deux pays, le superbe couple formé par Shahrukh et Preity Zinta parvient à exprimer une émotion telle qu'on est profondément touché par ces précieux moments de vérité. Filmés parfois en un seul long plan, c'est aussi spectaculaire que bouleversant de les voir en effet bientôt submergés par les larmes, isolés dans des décors aussi vastes que somptueux. On tremble, on espère, on désespère.


Le film contient pas mal de très belles idées de mise en scène et de montage. Je pense par exemple à la scène très audacieuse qui nous montre en parallèle le mariage de Zaara, l'acceptation de sa condamnation par Veer, et l'accident du car dans la route de montagne. Enfin, on peut peut-être trouver ça naïf, mais l'humanisme du film achève de rendre le spectacle inoubliable. Sont en effet abordés avec une étonnante franchise tout un tas de problèmes sociaux encore actuels, l'émancipation des femmes, la question des castes, le respect des ancêtres, l'appel à la paix entre Inde et Pakistan, la fraternité entre les peuples, le désir sincère de construire pour l'avenir un monde plus juste enfin dégagé des préjugés qui pèsent sur les âmes. À ce titre, le discours final de Shahrukh à son procès est vraiment très beau, très poétique. En sortant de la salle il pleuvait. J'étais bien tenté de danser tout trempé.




Je finis sur deux navets, pour le sport :



Kaal, Soham Shah, 2005
Un bon gros nanar coproduit par Shahrukh Khan et écrit par Karan Johar, avec des teenagers hindis genre plus-beau-que-moi-tu-meurs, qui viennent barouder dans une réserve naturelle pour enquêter sur des tigres mangeurs d'hommes. Au programme : aventures, action, humour crétin, mystère et morts violentes.

Le comportement des personnages est hilarant de crétinerie, la mise en scène abuse des effets "bouh fais-moi peur". Le plus drôle étant peut-être l'intrigue elle-même qui se révèle progressivement n'être qu'un méchant plagiat du concept de Final destination. Sur le générique de début et de fin, et sans aucun rapport avec le film, on a droit à deux chorégraphies dans des décors aussi vulgaires que la musique, Shahrukh faisant la guest star dans la première. Prétentieux donc rigolo.






Nazar, Soni Razdan, 2005
Première et à ce jour unique réalisation de l'actrice Soni Razdan. Une histoire de serial killer résolue par une star de la chanson qui se découvre soudain la proie de visions effrayantes (elle voit les meurtres avant qu'ils arrivent). C'est grotesque, avec là encore plein de tics de mise en scène ridicules et mal digérés. L'enquête policière n'est pas crédible pour deux sous, les acteurs sont mauvais (mention spéciale au beau gosse de service, Ashmit Patel, expressif comme une peau de phoque) et les quatre pauvres chansons qui parsèment le film sont assez vulgaires.

Meera, top model et star du cinéma pakistanais, tient ici la vedette et la caméra a beau lui faire les yeux doux quand elle danse en sari mouillé, la façon qu'elle a de jouer la panique fait plutôt de la peine. Ça se laisse voir si on oublie jusqu'à la simple existence du mot "exigeance". La conclusion en particulier vaut  le détour : on a droit évidemment à la révélation de l'identité du tueur et à l'affrontement ultime avec un suspense moisi de poursuite, faisandé par des fausses morts à la chaîne. Aberrant.
par ÉLias_ publié dans : Kino
Lundi 15 janvier 2007
Avant-première l'autre soir au cinéma l'Arlequin, présentée par Catherine Millet et Gaspard Noé.
Sortie nationale : 18 avril 2007.


DESTRICTED
1. To unlimit restriction
2. To bring objectivity by putting out of restriction
3. To deconstruct within bounds, to unconfine

Série de courts-métrages commandés à 7 artistes, invités à interroger et à transgresser en toute liberté la frontière qui peut exister entre l'art et la pornographie. Le résultat a été présenté à Cannes lors de la dernière Semaine internationale de la critique, et a tourné de galeries en musées. Destricted devrait au final servir de label pour d'autres réalisations. Le cadre de l'art contemporain dans lequel ces films s'inscrivent autorise les représentations sexuelles explicites. Ils sont à ce titre réservés à un public averti.



Hoist, Matthew Barney, 15'
Acte 1 : Gros plan sur le sexe en lente érection d'un être apparemment hybride, le Greenman. Acte 2 : plans quasi documentaires sur un bulldozer lourd de rouille et de terre, lentement soulevé par une grue sur un chantier de nuit au milieu des ouvriers. Acte 3 : et l'étrange créature (dont on découvre qu'elle a également un gros navet planté dans le derrière) se retrouve planquée sous le châssis, dans une position clairement inconfortable, frottant son sexe et son sperme au bidule rotatif qui fait tourner le moteur. Son mouvement semble exprimer le désir d'une impossible fusion. Impossible mais pas contre-nature pour autant puisque l'identité des deux acteurs demeure inconnue. Matthew Barney convoque une nouvelle fois l'insolite mythologie de son Cremaster cycle, caractérisée par ces étranges associations et manipulations entre matière organique et matière inerte, avec en arrière-plan la présence assez dérangeante du bruit de ce monstrueux diesel. La situation tourne cependant assez vite court par manque d'idées mais le film s'achève heureusement avant que cela ne devienne pénible.


Balkan erotic epic, Marina Abramovic, 13'
Volontairement idiot et étonnamment peu maîtrisé. Abramovic bricole une sorte de leçon d'histoire bidon sur des traditions balkaniques où les organes sexuels interviennent de diverses façons pour assurer l'abondance des récoltes et protéger la famille. La fertilité du sol se lie à celle des hommes, et le folklore se révèle ainsi profondément chargé de sexualité, ce qui donne lieu à des scénettes effectivement cocasses, où l'érotisme suggéré par la nudité des personnages est régulièrement perturbé par la bizarrerie des situations et par la présence de corps flétris au milieu d'autres mieux portants. La photographie est belle, il y a quelques passages en dessin animé, mais le résultat m'a semblé gravement manquer de cohérence, en particulier dans sa construction, sans que jamais ces déficiences m'apparaissent comme un choix signifiant.


House call, Richard Prince, 12'
Proposition intéressante où l'image d'un porno vintage 70's mettant en scène une blonde à gros seins et un pseudo-docteur même pas moustachu est brouillée, salie, enlaidie par différents filtres appliqués sur un écran de télévision. À cela s'ajoutent une bande son expérimentale et quelques répétitions de scènes qui donnent l'impression d'avoir affaire à un magnétoscope fatigué et radoteur. Prince opère de fait une distanciation entre le fond (une séquence emblématique d'une production censée provoquer l'excitation) et la forme (un massacre visuel anti-sexy au possible), entre attraction/répulsion. C'est conceptuel, mais pas forcément passionnant sur la durée.


Impaled, Larry Clark, 38'
Authentique documentaire en parfaite cohérence avec l'oeuvre du réalisateur-photographe et son observation de la jeunesse américaine délaissée par les adultes. Suite à une annonce passée sur Internet, Clark interviewe plusieurs jeunes hommes sur leur rapport au cinéma porno et leur désir de rencontrer une actrice de X. Sans moralisme aucun, il trace alors le portrait d'une génération dont la sexualité apparaît totalement empreinte de l'imagerie véhiculée par ces films, entre performance et rejet des sentiments. La valeur sociologique de ce Impaled est sans doute très relative mais on est tout de même surpris de constater qu'un même profil se dégage à ce point de ces personnes, de même que chez les actrices qui interviennent ensuite. Clark mène ce jeu de questions/réponses de façon assez détendue, intégrant notamment les ratés et mises en place de sa caméra, ce qui donne peut-être encore plus de force à certaines révélations, parfois inquiétantes. Le voyeurisme n'est évidemment jamais loin puisque les mecs comme les nanas sont amenés à se déshabiller tout en poursuivant l'entretien, et que le film s'achève par la réalisation du fantasme d'un des jeunes hommes retenu : tourner une scène avec une actrice. Leur "relation" prendra place dans le même espace confiné, sur le même canapé qui a servi aux interviews. C'est là que le film devient bien embarrassant, mais en même temps Clark semble assumer l'espèce d'authenticité et de franchise qui lui a permis jusqu'alors de recueillir ces confessions. Et durant cette scène de baise en forme de conclusion tristement logique, on aura droit à quelques détails pas très bandants, tel un envers du fantasme habituellement censuré. Une réussite et une approche vraiment originale et inspirée de la commande.


Sync, Marco Brambilla, 2'
Montage stroboscopique virtuose et immédiatement jubilatoire d'une quantité astronomique de scènes de jambes en l'air, tirées manifestement autant de pornos que de films hollywoodiens ou de séries télés. On ne voit rien et en même temps on voit tout. De l'aller au retour, une progression est rendue sensible, du baiser passionné au râle ultime en passant par l'étreinte fougueuse dans toutes les positions. En arrière-plan sonore, un solo de batterie renforce le côté mécanique de cette successions de micros-plans. Direct, efficace, voire même assez génial, ce court donne vraiment envie de reconsidérer le montage de Demolition man d'un nouvel oeil.


Death valley, Sam Taylor-Wood, 8'
Un plan séquence visuellement assez magnifique d'un minet fringué d'un jean et d'un t-shirt rouge, débarquant au coeur de la Vallée de la mort en Californie, pour se masturber sans jamais parvenir à rien. Image évidente d'une mise à mal de la virilité, qui crée un lien véritablement cosmique entre cette terre manifestement stérile et l'impuissance désolée du bô goss. Soit. Il faut à ce sujet tout de même reconnaître que ces courts, parce qu'ils doivent davantage à l'art contemporain qu'au cinéma, ont plus leur place isolés et diffusés dans une galerie d'art que compilés ainsi et projetés en salle. Il serait absurde de vendre ce programme comme un film à sketches.


We fuck alone, Gaspard Noé, 23'
Un court expérimental assez minable tourné en 3 jours. Un porno passe sur un écran de télévision pendant que dans leur chambre respective, une fillette se branle avec son ours en peluche et un garçon fourre sa poupée gonflable. Quelques raccords entre cette "réalité" et ce qui se passe sur l'écran de télé, l'irruption d'un flingue dans la bouche de la poupée et voila. Il ne s'y passera rien d'autre. Noé emballe le tout avec un effet stroboscopique permanent, une bande son à base de respirations/battements de coeurs/pleurs de bébé et fait tourner sa caméra histoire de créer son petit trip sensitif. Mais j'ai vraiment regardé ça de très loin, attendant juste que ça se termine pour constater que ça ne racontait vraiment rien et que ça ne suggérait pas davantage. J'y vois non pas une parodie mais un épuisement désolant de son style, qui finit par perdre ici toute sa radicalité et se complaire dans des effets soudain creux. À oublier.


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par ÉLias_ publié dans : Kino
 
 
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