Extrospection

Un titre générique pour caser et partager mes passions, mes créations. Cinéma, musica, dessin et bouquins sont de la partie. Bref, les bouts de cervelle qui animent le specimen ÉLias_

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Mardi 21 février 2006
Samedi dernier, j'ai passé une nuit blanche dans la grande salle de la Cinémathèque Française à m'enquiller des nanars avec quatre centaines de malades. Je m'étais conditionné toute la semaine pour tenir le coup, physiquement et mentalement. Dès le trajet en métro je me sentais glisser dans un autre monde, regardant les voyageurs bizarrement (genre « vous en êtes ? »). La nuit elle-même fut un moment incroyable et je me suis régalé jusqu'à l'overdose de bandes-annonces et d’extraits de films tous plus aberrants les uns que les autres, mettant en scène des stars adulées telles que Jean-Marie Pallardy, Cuneyt Arkin, L’Homme puma, Max Pecas, Weng Weng, Alvaro Vitali, Edwige Fenech, Sim, Chuck Norris, Steve Austin, Sybil Danning et bien d'autres ; le sponsor de la soirée pourvoyant même les spectateurs en cocktails à volonté. Il y avait vraiment du collector dans le lot. Hommage fut également rendu à Darry Cowl, sous la forme d’un long extrait édifiant de Mon Curé chez les Thaïlandaises. Grâces soient rendues aux responsables de la cinémathèque, à Jean-François Rauger et à la team Nanarland.

Passons maintenant aux longs-métrages :



La Comtesse Hachisch, réalisateur inconnu, années 30
À bord de leur goellette, le Capitaine Mario et son équipage font de la contrebande d’armes le long de la Côte d’Azur. L'arrivée d’une femme fatale trafiquante de drogue va causer leur perte.

Un authentique trésor que ce film retrouvé et restauré par la Cinémathèque, au sujet duquel on n’a quasiment aucune info. Au-delà de son intrigue hasardeuse et de sa dénonciation hilarante des méfaits de la "marijouana" (sic), le film a manifestement été improvisé tant dans sa construction que dans ses dialogues, pour un résultat absolument délirant. Les acteurs, en majorité amateurs, cherchent leur texte, un truc est dit mais c’est son contraire qui est montré. Faux raccords à la chaîne, bruitages de salle de bain, regards caméra jubilatoires, etc., le tout dans une ambiance vieille France coloniale d'une charmante désuétude. Le film fut particulièrement apprécié pour la performance de son protagoniste, instantanément sacré nouvelle icône du nanar, le Capitaine Mario, dit « droit d’vant ». Un gaillard au caractère bien trempé à qui on ne la fait pas, même s'il succombe à l'attrait de la "cigarette de la mort" (re-sic).



Ninja terminator, Godfrey Ho, 1985
Trois ninjas s’emparent de la statuette du guerrier d’or ninja, espérant ainsi empêcher leur maître d’utiliser ses pouvoirs à des fins maléfiques. L’un des ninjas (Richard Harrison moustachu) s’associe au téléphone avec Jaguar Wong, un policier d’Interpol spécialiste du kung fu. Kidnappings, menaces et trahisons sont au programme pour nos héros.

Un petit mot sur la technique de réalisation du Godfrey Ho de cette époque. La mode est aux films de ninjas. J'en tourne quatre ou cinq avec des acteurs caucasiens au rabais, je mixe dedans des bouts de films de kung fu philippins récupérés à la décharge, le doublage se charge de bricoler une intrigue pour ficeler le tout, et j'obtiens une vingtaine de films prêts à l'exportation. On appelle ça des 2-en-1. Par rapport à d'autres ninja movies de Ho, j’ai trouvé que l’intrigue de ce Ninja terminator était étonnamment cohérente. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : c’est bien débile comme il faut, avec comportements absurdes et stratégies crétines, mais le déroulement proprement dit du récit et les liaisons entre les deux films tiennent à peu près la route. Les bastons avec Jaguar Wong sont relativement habiles, le mec lui-même ayant une classe folle, très James Bond du pauvre (sourire ravageur, ray-ban et cool attitude). Ses techniques de drague sont admirables et il pratique l'art du déguisement comme peu de monde. Les scènes ninja sont quant à elles riches d’enseignement, avec pas mal de techniques intéressantes (le manche de sabre fumigène, les gants griffus pour escalader les murs). Mr Ho est toujours aussi inspiré dès qu'il s'agit de placer des extraits de ses autres films. C'est ainsi que des robots-jouets de quinze centimètres de haut viennent livrer des vidéocassettes au domicile des héros. Et puis j’ai pas mal apprécié de voir la vie privée du flic et du ninja aussi développée, notamment les scènes avec Madame Harrison et ses goûts sûr en matière de stylisme ou ses recettes de cuisine telles que le crabe-ivre qui sert également de cible aux shurikens de son homme. J’ai par contre été un peu choqué par la violence pratiquée à l’encontre des vitres de bagnoles, complaisamment brisées et taguées. Il faut enfin mentionner la fin du méchant, qui meurt enterré dans le sable à mi-corps à force de tatanes sur le crâne (qu'il a superbement coiffé d'une sémillante perruque blonde).



Atlantis interceptor (aka Les Prédateurs du futur), Ruggero Deodatto, 1983
Suite à la découverte en pleine mer d’une tablette d’origine atlante et d'un sous-marin nucléaire russe, une île surgit des flots provoquant une soudaine tempête. Au même instant, les villes côtières se retrouvent envahies par une armée de barbares vêtus de cuir et conduisant des véhicules tunés, massacrant tout sur son passage. Un petit groupe de survivants aux profils variés, et parmi eux une scientifique qui détient peut-être la clé du mystère, va leur tenir tête.

Mes voisins de coudée ronflaient déjà du sommeil du juste pendant la projetction, mais personnellement j’ai bien apprécié de revoir sur grand écran cette série B gentiment nanar, qui a vait déjà gagné ma sympathie pour son mélange des genres : film d'aventures, de guerre, de jungle, de zombie, survival, post-apocalyptique, horreur, peplum... Deodatto repomp généreusement à droite à gauche, des Guerriers du Bronx à Zombie, de Indiana Jones à Predator, passant des péripéties les plus amusantes à des éclats de violence pas vraiment tous publics. Les personnages sont attachants, même si la logique de leurs actions laisse souvent à désirer. Il y a un nombre de morts assez incroyable. Par centaines, des figurants grimés tous plus absurdement les uns que les autres viennent tomber sous la mitraille, à pied, à moto ou en voiture, lors de cascades plus ou moins bien foutues. Du coup le rythme est assez alerte et on en sort avec plein de questions non résolues dans la tête.



Les Hommes d’une autre planète, Cheng Hun Ming, 1976
L’action se situe à Taiwan. Par hasard, un gamin découvre une statuette dans un temple oublié.  Le roi des Martiens vient peu de temps après menacer la Terre de destruction depuis sa soucoupe volante. Les humains, vite réduits à l’impuissance, vont alors mettre leur destin entre les mains d’un robot géant américain et de la statue du temple, qui entretemps s’est animée et est devenue géante elle aussi.

Il devait être 6h du mat quand ce truc à démarré. Un film de monstres géants taiwanais complètement malade et irracontable. Comment décrire par exemple ces effets spéciaux parmi les plus pourris que j’aie pu voir : incrustations hideuses, géants écrasant des maquettes d'immeubles en accéléré alors que le truc de base avec ce genre d’effets c'est au contraire de tourner en léger ralenti pour donner l’impression de lourdeur. Comment donner une idée des effets sonores atroces et constants qui nous ont vrillé les tympans jusqu’à la démence, entre rayons lasers et ordinateurs colorés. Comment faire partager les dialogues d’une absurdité totale échangés par des scientifiques de pacotille vêtus de combinaisons dorées. Et surtout comment évoquer la drôlerie cosmique des Martiens qui, étant affublés de masques fixes, sont obligés de se livrer à une pantomime outrancière lorsqu’ils s’expriment. La façon dont le Roi agite les bras et les cheveux et fait des génuflexions était proprement irrésistible.
Les trois derniers quarts d’heure ne sont qu’un interminable fight ayant plus ou moins lieu sur la Lune et opposant d’un côté le Roi Martien, son premier ministre idiot et deux dinosaures godzillesques, et de l’autre la fameuse "Statue du temple" et son pote "Astronaute américain" (et ils s'interpellent réellement sous ces noms insensés, pour notre plus grande joie). Je me demande si on peut encore utiliser le terme de "combat final " face à un affrontement s’étalant sur une durée aussi aberrante. Tous les coups bas sont permis, et ceux qui tombent à terre n’en finissent pas de se relever. Je peux d'ailleurs dire que c’est à ce moment-là que j’ai définitivement perdu la raison. L’hystérie avait de toutes façons gagné toute la salle, cette fois bien réveillée, hurlant à plein poumons pour soutenir ses héros jusqu’à une véritable libération orgasmique lorsque le méchant big boss finit enfin par exploser sous le feu de son propre rayon destructeur. Je me suis alors instinctivement levé pour offrir à Statue du temple et Astronaute américain une standing ovation, bave au menton, cervelle fumante et yeux fondus...



On nous a alors achevé avec des bandes annonces de pornos, qui bien qu'hallucinants par leur voix off, se sont quand même avérés un peu difficiles à digérer. En effet, voir du cul bien explicite sur écran géant pratiqué par des hardeurs à moustaches dans des intérieurs seventies juste avant de vivre l’instant Ricoré (le petit déjeuner étais offert par les organisateurs) a quelque chose de quelque peu troublant. Mais c'était un témoignage toujours précieux sur une époque révolue.



En rentrant chez moi, le monde n’avait plus la même gueule. Partout je crois voir des ninjas. Sur la moindre mobylette, derrière chaque réverbère, sous chaque moustache. Vivement l'année prochaine.
par ÉLias_ publié dans : Kino
Samedi 11 février 2006
Cinétudes vient de publier son édito du mois de février. Voici l'illustration qui l'accompagne. On y traite de la désormais fameuse série télé américaine Masters of horror, dont chaque épisode a été confié à des grands noms du cinéma de genre. Pour lire le texte de Walter Paisley en page d'accueil, cliquer ici.


par ÉLias_ publié dans : Kino
Dimanche 22 janvier 2006
Petit à petit je me suis fait la saga mythique de Sylvester dans l'ordre. Je n'en avais vu que les 3e et 4e volets (ce dernier en salle, à sa sortie). Vous imaginez le choc qu'a pu alors être la découverte du premier, bien loin de tout ce que j'avais imaginé.




Rocky, John G. Avildsen, 1976
Loin de l'image de vainqueur qui s'est superficiellement imposée dans les esprits, Rocky Balboa est en fait un anti-héros magnifique, absolument typique du ciné ricain des 70's, avec ces personnages sans gloire qui s'en prennent plein le lard. On suit ici les errances d'une racaille des faubourgs au sens de l'humour vaseux, figure pathétique mais dotée d'une lucidité qui la rend digne. Oscillant entre l'espoir et le doute, il a tout à fait conscience de la mascarade que représente son affrontement programmé avec Apollo Creed.
On n'a pas du tout affaire à un film sur la boxe mais bien à une belle étude de caractère, et au portrait d'une Amérique désenchantée mais profondément humaine. Le scénariste Stallone nous offre des individualités complexes que l'on a envie d'aimer, malgré des comportements parfois inexcusables (Paulie et l'extraordinaire interprétation de Burt Young). Nous ne sommes jamais encouragés à les juger. Et lorsqu'ils se laissent aller à la tendresse, leur sincérité est touchante, voire bouleversante. Le film est riche en scènes d'anthologie, témoignant d'une observation juste et profonde de l'âme humaine : le premier baiser entre Rocky et Adrian, la dispute entre Mickey et Rocky dans l'appartement sont de purs bijoux de cinéma. La vérité du jeu des acteurs est aussi subtile qu'époustouflante. La mise en scène est à l'avenant, réellement magistrale, sachant parfaitement inscrire le parcours de ses personnages dans la ville. Le film est d'une constante sobriété, à l'image de son générique. J'ai été très étonné de l'utilisation de la musique de Bill Conti. Les premières mesures interviennent tardivement sous forme de douces nappes de cordes, puis le rythme va s'amplifier au fur et à mesure de la motivation retrouvée lors des différents entraînements (superbe lumière du matin), jusqu'à l'apothéose lors du match final, tous cuivres et cordes dehors. Ce film est un authentique miracle sur pellicule.



Rocky II, Sylvester Stallone, 1979
Cette suite m'a semblée avant tout pensée pour les fans du premier volet. On démarre en effet sur ses 5 dernières minutes (amorce qu'on retrouvera systématiquement dans les films suivants) avant de suivre tout naturellement les conséquences de ce match de folie. Rocky emmène Adrian au zoo, comme le lui avait méchamment suggéré un mafieux dans le premier film. Le couple se marie, et la question va être de savoir si Rocky va oui ou non décrocher du ring (interrogation qui sera désormais le moteur-même de la franchise). Le prolongement n'est pas particulièrement imaginatif, mais si on a aimé comme moi les personnages, on apprécie de pouvoir les suivre encore, d'autant plus que les lendemains ne sont pas roses. Rocky se retrouve encore à galérer et le film nous offre des scènes assez tristes.
La revanche d'Apollo Creed est un bon prétexte pour nous livrer une relecture parfois ironique du premier film. Ainsi la séance d'entraînement dans les rues de Philadelphie est reprise quasiment plan par plan, sauf que cette fois Rocky est soutenu et suivi par la foule (scène particulièrement euphorisante). Bref, encore de beaux moments, avec un combat final bien prenant. C'est quand même moins fort que le premier film qui semblait avoir déjà tout dit, mais la modestie de l'entreprise, son absence de prétentions, reste touchante.



Rocky III, Stallone, 1982
Le dispositif narratif est désormais établi. Après avoir fait défiler le titre du film le long de l'écran et repris la fin du précédent, Stallone insère un montage extrêmement malin pour nous montrer l'évolution de son protagoniste, désormais champion du monde, richissime et icône nationale. Le réalisateur s'autorise des placements de produits éhontés (c'est tout le merchandising officiel qui défile) tout en faisant la critique de cette réussite qui est aussi la sienne. Rocky est maintenant bien loin des faubourgs de Philly, et m'est apparu moins attachant. Le personnage a perdu son accent populo, s'est civilisé. De fait, il s'est lui-même perdu de vue. Le nouveau défi lancé par un Mr T ahurissant de colère sera pour lui l'occasion de retrouver la rage qui l'avait autrefois fait vaincre et qui se voyait dans son regard.
Cette fois pur film de boxe, ce troisième volet est quand même un bon film, porté par de belles images (la course sur la plage), et aux affrontements spectaculaires (le match contre Hulk Hogan est génial et fait vraiment peur). Et l'émotion est loin d'être en reste grâce à la présence toujours incroyablement talentueuse de Burt Young, Talia Shire et Burgess Meredith.



Rocky IV, Stallone, 1985
Le scénario se dégraisse méchamment. Le choc Est/Ouest est assez savoureux, tandis que le costume d'Uncle Sam d'Apollo Creed trouve enfin sa pleine dimension. Cependant, alors que je m'attendais à une véritable apologie du modèle reaganien, j'ai constaté avec étonnement que la réalité était plus nuancée, ce qui ne veut pas forcément dire plus subtile. Plus qu'un film de propagande, ce 4e volet m'est en effet apparu comme un véritable message de paix et de fraternité que vient apporter Rocky à la planète entière. Il semble en effet renvoyer dos à dos Américains et Soviétiques dans leur obstination à se faire face. Les deux ont leurs travers, et le film m'a semblé bien plus ambivalent que ce que je pensais.
Le méga-show style Las Vegas du début se solde en effet par la chute d'Apollo, refroidissant avec violence cette arrogance typiquement américaine. Le public sera aussi haineux face à Drago que les Soviétiques face à Rocky. On n'est pas du tout dans la préférence d'un modèle sur un autre mais dans l'encouragement à dégeler les relations entre les peuples. Okay c'est super naïf mais du coup, ça n'a rien d'idéologiquement puant puisque la critique est partagée. L'imagerie utilisée et les situations sont assez marrantes. Au rayon musique, Bill Conti est remplacé par Vince DiCola (magnifique Training montage), il y a du hard rock FM et des séquences d'entraînement plus irréalistes que jamais, où les escaliers du Museum of Art de Philadelphie sont remplacés par les montagnes. Moins flamboyant que dans mon souvenir mais un spectacle au final bien agréable.



Rocky V, Avildsen, 1990
Toujours au scénario, Stallone choisit plus ou moins logiquement de boucler la boucle avec ce film en forme de retour aux sources. Par une suite d'événements plus ou moins convaincants (un comptable escroc), la famille Balboa se retrouve ruinée et contrainte de réduire son train de vie. Ils s'installent dans leur vieux quartier de Philly, qui a eu le temps de bien se dégrader depuis la dernière fois. Rocky retrouve ses habits du premier film et son accent des faubourgs, et ça fait plaisir. Ces retrouvailles sont plutôt touchantes pour le spectateur, toujours dans cette idée de prolonger l'aventure avec ces personnages qu'on connaît désormais bien, et de revisiter un univers familier, d'autant plus qu'on sait ici que Rocky, définitivement trop abîmé, ne retournera plus sur le ring, ce qui renouvelle bien les attentes. Cela donne lieu à quelques scènes toujours très réussies.
Adrian, fidèle au poste pour redonner le sens des réalités à son chéri, est la garante du capital émotion du film. Les péripéties mettant en scène leur gosse ou le jeune boxeur sur la pente glissante du succès manquent certes de force et sont assez archétypales. Le climax quant à lui, totalement inattendu, détourne plutôt intelligemment l'étape obligée du match final.
John G. Avildsen récupère son poste de réalisateur et reprend ses plans à la steadycam là où ils les avait laissés, mais il faut bien convenir que sa mise en scène échoue souvent à trouver un peu de personnalité, ne fait pas trop d'étincelles. Bill Conti est là aussi, donnant à ses thèmes une couleur hip hop bien dans la tendance du jour mais pas forcément de très bon goût.



En conclusion, je dirais que même si ça n'a pas été prévu comme ça et que seule la vidéo le permet aujourd'hui, ça a vraiment du sens de s'enchaîner les films dans un court laps de temps, un peu comme les épisodes d'une série télé. Pris isolément, je ne suis pas sûr que j'aurais éprouvé les mêmes impressions, sauf pour le premier film.



Gonna fly now.
par ÉLias_ publié dans : Kino
Mardi 17 janvier 2006
Tard dans la nuit, tremblant et excité, j'ai à nouveau plongé dans ce film-monde. J'ai encore une fois marché dans les pas du jeune Hutter, quittant Wisborg, ses ruelles de lumière et sa femme amoureuse, pour rejoindre les Carpates et leurs forêts peuplées de bêtes sauvages invisibles. J'ai cru avoir passé comme lui une nuit de cauchemar, en compagnie d'un Comte au comportement plus qu'étrange. Sa posture et ses gestes, faisant comme corps avec les ténèbres, avaient curieusement quelque chose de naturel, imposant une logique autre, certes, mais néanmoins authentique. Ses yeux vides, sa figure livide et dénuée d'expressivité, ses deux fines canines resserrées composaient un être hideux, fascinant mais nullement repoussant.

Mon sang s'est glacé la nuit suivante, lorsque l'horrible silhouette, pâle comme la lune, s'est découpée dans l'encadrement de la porte de ma chambre. J'étais prêt à hurler. Mes cris se coinçaient dans ma gorge. J'aurais pu m'étouffer dans le vomi de mon angoisse. Ce qui a suivi m'est apparu comme autant d'images délirantes, portées par un rythme impossible, issues d'un cerveau fiévreux, d'un ailleurs depuis lequel j'avais perdu la conscience de moi-même. Rien de tout cela n'a pu exister, et pourtant... Terreur, terreur. Cinéma, cinéma. Nosferatu, eine Symphonie des Grauens.












































































































(planches extraites de Renaissance, publié in Bikoz #5, octobre/novembre 1998)
par ÉLias_ publié dans : Kino
Jeudi 12 janvier 2006
Voici l'illustration que j'ai faite pour l'édito de janvier de Stefan Rousseau, actuellement visible en page d'accueil de Cinétudes. J'en profite d'ailleurs pour relayer son appel à candidature. Si ça dit à l'un d'entre vous de jouer au webmaster ou d'écrire des études de films au sein d'une équipe de passionnés, n'hésitez pas à prendre contact avec lui.

A part ça, comme vous avez du commencer à le remarquer, je ne fais plus que des mises en couleurs à l'ordi. Je ne suis pas toujours très sûr de moi quant aux harmonies, mais en tous cas c'est une technique qui me convient bien.

par ÉLias_ publié dans : Kino
Mercredi 11 janvier 2006



The Wizard of Oz (Le Magicien d'Oz),
Victor Fleming, 1939
Souvenirs, souvenirs. Ça faisait un petit moment que je l'avais pas revu. J'ai ressenti une belle et grande émotion à l'arrivée de ce plan où Dorothy ouvre la porte de sa maison et découvre le monde de Oz, faisant soudainement basculer le film du sépia au Technicolor. Je crois que c'est le passage qui me faisait le plus d'effet quand j'étais môme.

Bon, le film est très enfantin dans son propos et dans ses personnages, mais c'est un vrai bonheur que d'accompagner Dorothy et ses amis sur la route de briques jaunes. Je crois que je suis particulièrement fan du personnage de l'Épouvantail, joliment habillé et maquillé, et dont les chorégraphies sont très réussies. À la fin de mon enregistrement, se trouve d'ailleurs une scène coupée de son numéro de danse qui est assez géniale, où on le voit rebondir sur les barrières et faire des bonds cablés dignes d'un cascadeur hongkongais !

C'est souvent drôle et plastiquement charmant. Le château de la méchante sorcière est superbe, de même que le look de ses singes volants. Et puis les chansons font toujours plaisir à entendre. Certainement pas un chef-d'oeuvre du genre (d'autres musicals MGM ont pour moi plus de grâce), mais j'en sors tout à fait ravi. Et cela m'a permis d'enchaîner sur :


Return to Oz (Oz, un monde extraordinaire), Walter Murch, 1985
L'action se déroule quelques semaines, voire quelques jours, après le retour de Dorothy au Kansas. Sa maison laisse encore voir les dégâts causés par la tornade et son oncle et sa tante s'inquiètent de sa santé mentale lorsqu'elle se met à leur parler de ses étranges aventures au pays d'Oz. Pour la guérir de ses délires, ils la font interner dans un asile psychiatrique pour lui faire subir des électrochocs...

Ils devaient vraiment être tarés chez Disney à cette époque pour accepter de démarrer un film pour enfants sur ces bases ! Je ne suis pas sûr de l'avoir vu à sa sortie (j'ai surtout le souvenir de la "critique" du Journal de Mickey), mais je sais que pas mal de mômes ont été traumatisés par l'ambiance très sombre de ce métrage. Ce retour au pays d'Oz n'a en effet plus grand chose de merveilleux, et sur ce plan-là le titre français s'avère un peu foireux. Il est fini le temps des danses et des chansons des Munchkins. Dorothy débarque dans un univers dévasté. La route de brique jaunes est délabrée, Emerald city est en ruine et ses habitants pétrifiés. Ses nouveaux compagnons ont un look franchement bizarre : un robot tout rond, un Jack Pumpkinhead aux proportions dérangeantes (néanmoins très beau) et un mix entre une tête de cerf et un sofa nommé Gump. Leur quête, manquant cruellement d'ampleur, va les amener à affronter dans sa montagne le Roi des Gnomes, responsable de cette décadence.





















































Le gros échec du film réside sans doute dans son incapacité à réveiller la magie du film d'origine. Visuellement c'est très beau certes, mais l'émotion est trop rarement conviée. Ainsi, les retrouvailles finales avec ces bons vieux Épouvantail, le Tin man et le Lion sont trop vite expédiées. Dorothy échangera à peine un mot avec les deux derniers, tandis que le premier a vraiment une tronche de débile. Au point de se demander si le film n'a pas eu à subir quelques coupes ou si son scénario n'a pas été plus ou moins improvisé en cours de route (j'ignore quelle part revient à L. Frank Baum, l'auteur des bouquins, sur cette histoire).

Cela étant, ce Return to Oz possède de vraies qualités, en particulier sur le plan des effets spéciaux qui dégagent un vrai parfum de nostalgie. Le film est produit par Gary Kurtz et réalisé par Walter Murch, deux collaborateurs majeurs de George Lucas. Murch s'était notamment distingué par son travail de sound designer sur THX-1138. Return to Oz reste à ce jour son unique réalisation. La photographie est du talentueux David Watkin, qui m'a très récemment épaté par son travail sur Catch-22 (Mike Nichols, 1970). On retrouve ici tout un tas d'effets spéciaux qu'on qualifiera aujourd'hui d'à l'ancienne : matte paintings, incrustations, etc. Brian Henson crée les costumes et animatronics très réussis (en particulier la poule parlante qui accompagne l'héroïne). Le meilleur étant assuré par Will Vinton et ses animations de pâte à modeler en stop-motion (qu'il a breveté sous le terme de Claymation). Ses effets sont d'une poésie délicieuse, animant dans la roche le superbe Roi des Gnomes. Ses scènes, où on le voit prendre progressivement forme humaine, sont vraiment fascinantes, et c'est bien agréable de constater que les plans d'animation sont ici nombreux et variés.

Il faut également mentionner le remarquable score de David Shire, d'une richesse assez inattendue, imposant dès l'ouverture une mélancolie fort à propos. Enfin, du côté des acteurs, la toute jeune Fairuza Balk, future Cécile de Volanges dans le Valmont de Forman, fait ici ses débuts. Interprétation correcte mais sans réel éclat. Elle fait surtout carrément plus jeune que Judy Garland, et apparaît en cela plus crédible dans le rôle de Dorothy.

Un film que j'ai donc trouvé un peu raté dans son concept et son rythme, mais qui mérite le coup d'oeil pour ses qualités visuelles. Une madeleine de Proust pour de nombreux spectateurs, assurément.
par ÉLias_ publié dans : Kino
Mardi 10 janvier 2006
Entamé il y a maintenant quelques mois, le dossier consacré à Joe Dante sur Cinétudes.com vient d'être augmenté par l'ajout de ma chronique d'Explorers (1987). Grand fan du réalisateur, j'ai été bien content de pouvoir m'attarder en détail sur ce film en particulier, si attachant et que je ne me lasse pas de revoir. Texte accessible par ici.

Pour la suite de ce dossier, j'ai prévu de bosser sur Runaway daughters, un téléfilm old school que Dante a réalisé en 1994. Et puis j'attaquerai Small soldiers dans la joie.

par ÉLias_ publié dans : Kino
 
 
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