En 1964, le succès international de Pour une poignée de dollars ouvre une brèche dans laquelle l'industrie cinématographique italienne va s'engouffrer avec gourmandise. L'Homme sans nom qu'incarnait Clint Eastwood a été rejoint par une cohorte de Django, Ringo, Sabata et autres antihéros apathiques, bons bien qu'un peu brutes. Vers la fin de cette décennie dorée, un tandem a émergé, renouvellant quelque peu cette formule éprouvée en y injectant une bonne dose de bouffonnerie. Le joli Terence Hill et le grognon Bud Spencer (de leur vrais noms Mario Girotti et Carlo Pedersoli) vont alors imposer un nouveau style de western, entre comédie et parodie, dans toute une série de films plébiscités par le public. On n'est plus dans le récit d'aventures picaresques tel qu'illustré par Leone (Le Bon, la brute et le truand) ou Sollima (Saludos hombre), mais dans le gag con-con un peu puéril. C'est l'époque plus ou moins glorieuse des Trinita, Plata, Provvidenza, etcaetera, que j'associe pour ma part aux beaux jours de La 5. Le duo formé par Hill et Spencer évoluera ensuite dans des univers plus contemporains (Attention on va s'fâcher !, Deux superflics, Pair et impair).
J'ai pu revitaliser ces souvenirs récemment :
Lo chiamavano Trinità (On l'appelle Trinita), E.B. Clucher (aka Enzo Barboni), 1970
Terence Hill est donc Trinita et c'est à peine si on peut qualifier de cowboy son personnage loqueteux qui ne se départit jamais de sa bonne humeur. Son entrée en scène le rend d'emblée sympathique, affalé sur une remorque que traîne son cheval. Sa virtuosité presque surnaturelle au colt participe évidemment de son indécrottable assurance qui donne tout son sel à ses confrontations avec ses ennemis. Face à lui, Bud Spencer est Bambino, demi-frère qui se fait passer pour un sheriff dans une ville paumée. En attendant d'être rejoint par sa bande pour aller braquer des banques un peu plus à l'Est, il est contraint de rendre la justice. L'arrivée de son frère qu'il déteste va l'encombrer. Trinita s'arrange en effet à chaque fois pour détourner les plans de Bambino. Voilà pour la dynamique du film.

Le western se tient plutôt bien, avec comme enjeu principal une communauté de Mormons installés dans une plaine et que cherche à virer un grand propriétaire interprété par Farley Granger. Des pillards mexicains se joignent à l'aventure. Ce n'est pas encore la grosse comédie bouffonne qui caractérisera plus tard les deux lascars. L'humour est plutôt fin et tout à fait proche de ce qu'on pouvait trouver dans certains westerns ricains. L'ambiance est décontractée, à l'image du personnage de Trinita, pas particulièrement futé mais qui ne se décontenance jamais (c'est vraiment Bambino le cerveau). Le film pose quand même les bases du genre avec des séquences de bourre-pif bien marrantes, des méchants ridiculisés et un final en forme de baston monumentale qui réunit tous les personnages. Les fringues sont plus poussiéreuses que jamais, les gueules sales et mal rasées et Barboni signe une mise en scène tout à fait soignée dans un joli scope (l'homme était à la base directeur photo). Cet énorme succès commercial mettra franchement les glandes à Leone, persuadé d'avoir enfanté un monstre.
...Continuavano a chiamarlo Trinità (On l'appelle toujours Trinita), E.B. Clucher (aka Enzo Barboni), 1971
Cette suite va pulvériser de loin les records du précédent. Il s'agit carrément du plus gros succès de tous les temps du box office italien. S'il est toujours plaisant de retrouver les deux frères et leur caractère désormais bien établi, il faut bien reconnaître que le scénario est d'une paresse rare. On fait la connaissance des parents, ce qui permet de constater que les frangins ont de qui tenir, puis on suit ces derniers dans leurs tentatives toutes plus foireuses les unes que les autres de mener une vie de hors-la-loi, Bambino ayant promis à leur père de veiller sur Trinita. Le récit s'apparente ainsi à une suite de sketches pas toujours très inspirés, même si petit à petit une vague intrigue se met en place. Ils se feront notamment passer pour deux agents fédéraux. Les ressorts comiques reposent ici essentiellement sur des confrontations entre ces deux bouseux bourrins et les conventions sociales (genre Trinita et Bambino jouent au poker, Trinita et Bambino se font un resto, Trinita et Bambino au confessionnal...). Bref, pas beaucoup d'imagination.

Les gags scatos se développent un peu en la personne d'un bébé souffrant d'aérophagie, les bastons s'efforcent de passer à une échelle encore supérieure avec un final où nos deux héros sont déguisés en moines et affrontent quasiment à eux seuls les bad guys, tout en jouant au rugby avec un paquet de dollars. On remarquera d'ailleurs que lors de ces empoignades bien burlesques personne ne pense à sortir son flingue. Sur fond de bruitages cartoonesques, Bud Spencer écrase des crânes et Terence Hill colle des baffes.
La mise en scène reste heureusement d'une belle élégance, mais les gags sont la plupart du temps trop poussifs pour que le film mérite vraiment d'être considéré au-delà du moment relativement agréable qu'il fait passer. Il donne d'autant plus de valeur au premier film qui se confirme comme étant une belle réussite.
Il mio nome è Nessuno (Mon nom est Personne), Tonino Valerii, 1973
Dans mon souvenir, il s'agissait d'un film d'aventures rigolo avec des scènes bien outrancières à base de baffes et de pêts (y'en a). Or, ce que j'ai vu c'est un film presque funèbre, une longue ballade à cheval entre deux approches d'un même genre cinématographique. Mon nom est Personne est un western d'un autre monde, en forme d'adieu à un genre et à une époque. On est clairement ici dans des jeux de symboles, dans la peinture de mythes. Henry Fonda représente les derniers feux de la légende de l'Ouest. Après en avoir achevé la conquête, il opère logiquement un retour à la vieille Europe. Son personnage est las de combattre. Terence Hill incarne quant à lui la face contemporaine du western, devenue clownesque depuis quelques années en Italie. Fasciné depuis tout gosse par la légende, il souhaite lui offrir un départ en beauté avant de prendre la relève. Quand bien même il s'appelle Personne, il ne fait aucun doute qu'on est là face à un nouvel avatar de Trinita. Il en affiche tous les attributs.
Le film, produit par Leone, se présente d'une certaine manière comme une mise au point — dans tous les sens du terme — du personnage et de ce qu'il représente. On relève des tas de citations qui revisitent le paysage du spaguetti western : la scène des baffes dans le saloon provient d'On l'appelle toujours Trinita. la scène où Personne tire sur le chapeau de Jack Beauregard était déjà présente dans Colorado (Sergio Sollima, 1966), sans parler de l'ouverture avec les trois bandits qui préparent leur embuscade, décalque évident d'Il était une fois dans l'Ouest. Les plâtrées de haricots rouges bafrés goulûment à la poèle sont quant à elles caractéristiques des films de Trinita.

Tonino Valerii orchestre superbement ce face à face, avec la collaboration vraiment inspirée de Morricone, signant une partition magnifique qui, derrière son goût pour le pastiche recèle une profonde mélancolie. La direction artistique est de même exemplaire, avec une utilisation assez fabuleuse des décors et des paysages naturels. L'ensemble offre de superbes moments de cinéma, culminant sans doute lors de l'affrontement avec la Horde sauvage, défi d'autant plus beau qu'il s'annonçait impossible à relever, presque donquichottesque.
Si on rigole beaucoup devant ce film riche de scènes surprenantes, on en sort au final avec un goût amer, celui de quelque chose qui a cessé d'exister. Mon nom est Personne n'est pas un de ces westerns crepusculaires, c'est un enterrement en grande pompe.

Puisqu'il est question de cinéma, j'en profite pour annoncer la création d'une nouvelle communauté de sites ciné. Cinétudes, Eiga Go Go ! et La Revue du cinéma partagent désormais le même forum. L'occasion d'échanges toujours instructifs à partir des articles et études publiées.
J'ai pu revitaliser ces souvenirs récemment :
Lo chiamavano Trinità (On l'appelle Trinita), E.B. Clucher (aka Enzo Barboni), 1970 Terence Hill est donc Trinita et c'est à peine si on peut qualifier de cowboy son personnage loqueteux qui ne se départit jamais de sa bonne humeur. Son entrée en scène le rend d'emblée sympathique, affalé sur une remorque que traîne son cheval. Sa virtuosité presque surnaturelle au colt participe évidemment de son indécrottable assurance qui donne tout son sel à ses confrontations avec ses ennemis. Face à lui, Bud Spencer est Bambino, demi-frère qui se fait passer pour un sheriff dans une ville paumée. En attendant d'être rejoint par sa bande pour aller braquer des banques un peu plus à l'Est, il est contraint de rendre la justice. L'arrivée de son frère qu'il déteste va l'encombrer. Trinita s'arrange en effet à chaque fois pour détourner les plans de Bambino. Voilà pour la dynamique du film.

Le western se tient plutôt bien, avec comme enjeu principal une communauté de Mormons installés dans une plaine et que cherche à virer un grand propriétaire interprété par Farley Granger. Des pillards mexicains se joignent à l'aventure. Ce n'est pas encore la grosse comédie bouffonne qui caractérisera plus tard les deux lascars. L'humour est plutôt fin et tout à fait proche de ce qu'on pouvait trouver dans certains westerns ricains. L'ambiance est décontractée, à l'image du personnage de Trinita, pas particulièrement futé mais qui ne se décontenance jamais (c'est vraiment Bambino le cerveau). Le film pose quand même les bases du genre avec des séquences de bourre-pif bien marrantes, des méchants ridiculisés et un final en forme de baston monumentale qui réunit tous les personnages. Les fringues sont plus poussiéreuses que jamais, les gueules sales et mal rasées et Barboni signe une mise en scène tout à fait soignée dans un joli scope (l'homme était à la base directeur photo). Cet énorme succès commercial mettra franchement les glandes à Leone, persuadé d'avoir enfanté un monstre.
...Continuavano a chiamarlo Trinità (On l'appelle toujours Trinita), E.B. Clucher (aka Enzo Barboni), 1971 Cette suite va pulvériser de loin les records du précédent. Il s'agit carrément du plus gros succès de tous les temps du box office italien. S'il est toujours plaisant de retrouver les deux frères et leur caractère désormais bien établi, il faut bien reconnaître que le scénario est d'une paresse rare. On fait la connaissance des parents, ce qui permet de constater que les frangins ont de qui tenir, puis on suit ces derniers dans leurs tentatives toutes plus foireuses les unes que les autres de mener une vie de hors-la-loi, Bambino ayant promis à leur père de veiller sur Trinita. Le récit s'apparente ainsi à une suite de sketches pas toujours très inspirés, même si petit à petit une vague intrigue se met en place. Ils se feront notamment passer pour deux agents fédéraux. Les ressorts comiques reposent ici essentiellement sur des confrontations entre ces deux bouseux bourrins et les conventions sociales (genre Trinita et Bambino jouent au poker, Trinita et Bambino se font un resto, Trinita et Bambino au confessionnal...). Bref, pas beaucoup d'imagination.

Les gags scatos se développent un peu en la personne d'un bébé souffrant d'aérophagie, les bastons s'efforcent de passer à une échelle encore supérieure avec un final où nos deux héros sont déguisés en moines et affrontent quasiment à eux seuls les bad guys, tout en jouant au rugby avec un paquet de dollars. On remarquera d'ailleurs que lors de ces empoignades bien burlesques personne ne pense à sortir son flingue. Sur fond de bruitages cartoonesques, Bud Spencer écrase des crânes et Terence Hill colle des baffes.
La mise en scène reste heureusement d'une belle élégance, mais les gags sont la plupart du temps trop poussifs pour que le film mérite vraiment d'être considéré au-delà du moment relativement agréable qu'il fait passer. Il donne d'autant plus de valeur au premier film qui se confirme comme étant une belle réussite.
Il mio nome è Nessuno (Mon nom est Personne), Tonino Valerii, 1973 Dans mon souvenir, il s'agissait d'un film d'aventures rigolo avec des scènes bien outrancières à base de baffes et de pêts (y'en a). Or, ce que j'ai vu c'est un film presque funèbre, une longue ballade à cheval entre deux approches d'un même genre cinématographique. Mon nom est Personne est un western d'un autre monde, en forme d'adieu à un genre et à une époque. On est clairement ici dans des jeux de symboles, dans la peinture de mythes. Henry Fonda représente les derniers feux de la légende de l'Ouest. Après en avoir achevé la conquête, il opère logiquement un retour à la vieille Europe. Son personnage est las de combattre. Terence Hill incarne quant à lui la face contemporaine du western, devenue clownesque depuis quelques années en Italie. Fasciné depuis tout gosse par la légende, il souhaite lui offrir un départ en beauté avant de prendre la relève. Quand bien même il s'appelle Personne, il ne fait aucun doute qu'on est là face à un nouvel avatar de Trinita. Il en affiche tous les attributs.
Le film, produit par Leone, se présente d'une certaine manière comme une mise au point — dans tous les sens du terme — du personnage et de ce qu'il représente. On relève des tas de citations qui revisitent le paysage du spaguetti western : la scène des baffes dans le saloon provient d'On l'appelle toujours Trinita. la scène où Personne tire sur le chapeau de Jack Beauregard était déjà présente dans Colorado (Sergio Sollima, 1966), sans parler de l'ouverture avec les trois bandits qui préparent leur embuscade, décalque évident d'Il était une fois dans l'Ouest. Les plâtrées de haricots rouges bafrés goulûment à la poèle sont quant à elles caractéristiques des films de Trinita.

Tonino Valerii orchestre superbement ce face à face, avec la collaboration vraiment inspirée de Morricone, signant une partition magnifique qui, derrière son goût pour le pastiche recèle une profonde mélancolie. La direction artistique est de même exemplaire, avec une utilisation assez fabuleuse des décors et des paysages naturels. L'ensemble offre de superbes moments de cinéma, culminant sans doute lors de l'affrontement avec la Horde sauvage, défi d'autant plus beau qu'il s'annonçait impossible à relever, presque donquichottesque.
Si on rigole beaucoup devant ce film riche de scènes surprenantes, on en sort au final avec un goût amer, celui de quelque chose qui a cessé d'exister. Mon nom est Personne n'est pas un de ces westerns crepusculaires, c'est un enterrement en grande pompe.

Puisqu'il est question de cinéma, j'en profite pour annoncer la création d'une nouvelle communauté de sites ciné. Cinétudes, Eiga Go Go ! et La Revue du cinéma partagent désormais le même forum. L'occasion d'échanges toujours instructifs à partir des articles et études publiées.
par ÉLias_
publié dans :
Kino
Compte-rendu d'une mémorable soirée bis à la Cinémathèque.
Banditi a Milano (Bandits à Milan), Carlo Lizzano, 1968
Avec Gian Maria Volontè, Don Backy, Thomas Milian, Raymond Lovelock, Piero Mazzarella...
À Milan, au coeur d'une Italie rongée par le crime et la violence, la police lutte difficilement contre une bande de braqueurs de banque. L'un deux est arrêté alors qu'ils tentaient de renouveller un coup qui leur avait réussi. Il est interrogé.
Produit par Dino De Laurentiis, ce film tiré d'un fait divers authentique s'est révélé à moi comme un authentique chef-d'oeuvre qu'il serait vraiment trop réducteur d'assimiler à du ciné bis. Historiquement, il pose les jalons d'un genre — le polar italien — qui va effectivement faire le bonheur des salles de quartier dans la décennie à suivre, pour le meilleur comme pour le pire. Sauf qu'ici on est bien loin des facilités du cinéma d'exploitation.
La construction de ce Banditi a Milano est particulièrement admirable et affirme, dès la scène d'ouverture, la présence d'un cinéaste maître de son art comme de son sujet. Avec une brutalité sèche, le spectateur est projeté en plein chaos urbain. Sur une place, la foule en colère est prête à lyncher un homme blessé, des hommes courent pistolets à la main, des morts gisent sur le trottoir ou au volant de leur voiture, des enfants crient. Les plans sont brefs. Carlo Lizzano multiplie les angles de prise de vue et les subjectivités. Une voix off tente plusieurs interprétations de ces confuses images. Progressivement émerge la figure d'un inspecteur de police (excellent Thomas Milian) qu'on se met à suivre. Il répond à quelques questions face caméra, et livre des anecdotes qui sont alors mises en scène, dressant un constant aussi sévère qu'implacable de la société italienne de cette époque, des agissements de la pègre à la bêtise criminelle de certains citoyens. Ces témoignages font parfois froid dans le dos (le destin d'une jeune prostituée). Et puis on finit par revenir à la scène d'émeute du début, dont la genèse va être racontée en un long flashback lui-même complètement éclaté par des raccords aussi surprenants que maîtrisés. Les éléments du puzzle se mettent en place. Tout cela est d'une fluidité impressionnante.
En plus du montage virtuose de Franco Fraticelli (monteur attitré d'Argento), la mise en scène est d'une liberté folle. Chaque scène contient son moment de stupéfaction, culminant lors d'une poursuite en bagnole monumentale dans les rues de Milan, où l'on retient son souffle pendant une bonne vingtaine de minutes. Et là où Lizzano devient vraiment génial, c'est dans sa capacité à mélanger les tons. Il sait parfaitement doser drame et humour, intime et action, suspense et émotion, cinéma vérité et lyrisme, sans jamais succomber au romantisme factice.
Son portrait d'un petit groupe de braqueurs de banques est un modèle du genre, se permettant de les montrer dans toute leur humanité, avec leur vie de famille, leur joies et leurs angoisses, parvenant un temps à nous les rendre sympathiques, à nous faire espérer la réussite de leur plan avant de nous ramener brutalement à la réalité de leur besogne. Gian Maria Volontè est tout simplement fabuleux en chef de bande, révélant progressivement une folie qui devient glaçante.
Il y aurait énormément de choses à dire encore. Je n'avais jamais entendu parler de ce cinéaste et cette découverte m'a vraiment sonné.
Il Grande racket (Big racket), Enzo G. Castellari, 1976
Avec Fabio Testi, Vincent Gardenia, Renzo Palmer, Marcella Michelangeli...
Une bande organisée fait règner la terreur chez d'honnêtes commerçants romains, contraints de payer pour leur protection. Après avoir tenté en vain de démanteler ce réseau et parce qu'il refuse de se soumettre à sa hierarchie, l'inspecteur Nico est renvoyé de la police. Il va rassembler autour de lui les victimes des malfrats, désireux comme lui de se faire justice.
Voilà le genre de film qui semble n'exister que pour justifier l'expression "plaisir coupable". Soit une solide série B, seventies jusqu'au bout des moustaches, faisant l'apologie de l'autodéfense avec une irresponsabilité réjouissante. Castellari n'y va en effet pas avec le dos du fusil à pompe pour nous montrer des vrais salopards bien sadiques harceler de pauvres commerçants sans défense, avec une police évidemment entravée par l'administration et des juges corrompus. Le héros lui-même (Fabio Testi), s'avère être un flic bien réac' aux relents clairement xénophobes. « Bientôt ce seront nous les immigrés ! », enrage-t-il après s'être fait tabasser. Évidemment il partage une virile amitié avec son partenaire, et il ne fait aucun doute pour le public que ce dernier est appelé à crever au bout d'une demi-heure syndicale, entraînant l'inévitable désir de vengeance de notre héros. C'est violent, c'est complaisant, c'est idiot, c'est drôle (un grand merci aux doubleurs, il y a du beau monde). J'aurais bien cité quelques répliques mais ma mémoire me lâche.
Il y a un plan incroyable qui m'a vraiment fait mourir de rire : lorsque les vilains balancent Fabio Testi à bord de sa bagnole dans un précipice. Castellari a placé sa caméra à l'intérieur du véhicule qui fait des tonneaux, et nous montre en live Testi se faire retourner la face, en se prenant l'intégralité du contenu de l'habitacle dans la gueule, apparemment sans trucage ! C'est tellement fou pour un résultat tellement aberrant qu'on hallucine autant qu'on rigole. Le meilleur du film venant sans doute dans son dernier acte, lorsque Dirty Nico décide de régler ses comptes en allant chercher des types qui sont clairement devenus de dangereux psychopathes suite à leur traumatisme. Un restaurateur, dont la fille s'est suicidée suite à son viol, a constamment les yeux exorbités et la bave aux lèvres, rêvant d'exterminer la racaille par centaines. Un champion de ball-trap a vu sa femme violée et brûlée vive, et caresse désormais bizarrement son fusil à lunette en fantasmant de faire un carton sur des cibles humaines. Un trafiquant de drogue qui s'est fait renverser par une voiture porte une sorte de minerve en métal pour soutenir sa nuque brisée. Bref, c'est une joyeuse bande d'inadaptés sociaux qui se réunit pour un dernier baroud. Ça canarde méchamment, ça meurt en faisant des cabrioles au ralenti, ça explose et ça gicle...
Rythme excellent, personnages rigolos, mise en scène franchement bien foutue, excellent score pop... Que demande le peuple ? Voir la bande annonce ? Okay, c'est par ici...
Banditi a Milano (Bandits à Milan), Carlo Lizzano, 1968 Avec Gian Maria Volontè, Don Backy, Thomas Milian, Raymond Lovelock, Piero Mazzarella...
À Milan, au coeur d'une Italie rongée par le crime et la violence, la police lutte difficilement contre une bande de braqueurs de banque. L'un deux est arrêté alors qu'ils tentaient de renouveller un coup qui leur avait réussi. Il est interrogé.
Produit par Dino De Laurentiis, ce film tiré d'un fait divers authentique s'est révélé à moi comme un authentique chef-d'oeuvre qu'il serait vraiment trop réducteur d'assimiler à du ciné bis. Historiquement, il pose les jalons d'un genre — le polar italien — qui va effectivement faire le bonheur des salles de quartier dans la décennie à suivre, pour le meilleur comme pour le pire. Sauf qu'ici on est bien loin des facilités du cinéma d'exploitation.
La construction de ce Banditi a Milano est particulièrement admirable et affirme, dès la scène d'ouverture, la présence d'un cinéaste maître de son art comme de son sujet. Avec une brutalité sèche, le spectateur est projeté en plein chaos urbain. Sur une place, la foule en colère est prête à lyncher un homme blessé, des hommes courent pistolets à la main, des morts gisent sur le trottoir ou au volant de leur voiture, des enfants crient. Les plans sont brefs. Carlo Lizzano multiplie les angles de prise de vue et les subjectivités. Une voix off tente plusieurs interprétations de ces confuses images. Progressivement émerge la figure d'un inspecteur de police (excellent Thomas Milian) qu'on se met à suivre. Il répond à quelques questions face caméra, et livre des anecdotes qui sont alors mises en scène, dressant un constant aussi sévère qu'implacable de la société italienne de cette époque, des agissements de la pègre à la bêtise criminelle de certains citoyens. Ces témoignages font parfois froid dans le dos (le destin d'une jeune prostituée). Et puis on finit par revenir à la scène d'émeute du début, dont la genèse va être racontée en un long flashback lui-même complètement éclaté par des raccords aussi surprenants que maîtrisés. Les éléments du puzzle se mettent en place. Tout cela est d'une fluidité impressionnante.
En plus du montage virtuose de Franco Fraticelli (monteur attitré d'Argento), la mise en scène est d'une liberté folle. Chaque scène contient son moment de stupéfaction, culminant lors d'une poursuite en bagnole monumentale dans les rues de Milan, où l'on retient son souffle pendant une bonne vingtaine de minutes. Et là où Lizzano devient vraiment génial, c'est dans sa capacité à mélanger les tons. Il sait parfaitement doser drame et humour, intime et action, suspense et émotion, cinéma vérité et lyrisme, sans jamais succomber au romantisme factice.
Son portrait d'un petit groupe de braqueurs de banques est un modèle du genre, se permettant de les montrer dans toute leur humanité, avec leur vie de famille, leur joies et leurs angoisses, parvenant un temps à nous les rendre sympathiques, à nous faire espérer la réussite de leur plan avant de nous ramener brutalement à la réalité de leur besogne. Gian Maria Volontè est tout simplement fabuleux en chef de bande, révélant progressivement une folie qui devient glaçante. Il y aurait énormément de choses à dire encore. Je n'avais jamais entendu parler de ce cinéaste et cette découverte m'a vraiment sonné.
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Il Grande racket (Big racket), Enzo G. Castellari, 1976 Avec Fabio Testi, Vincent Gardenia, Renzo Palmer, Marcella Michelangeli...
Une bande organisée fait règner la terreur chez d'honnêtes commerçants romains, contraints de payer pour leur protection. Après avoir tenté en vain de démanteler ce réseau et parce qu'il refuse de se soumettre à sa hierarchie, l'inspecteur Nico est renvoyé de la police. Il va rassembler autour de lui les victimes des malfrats, désireux comme lui de se faire justice.
Voilà le genre de film qui semble n'exister que pour justifier l'expression "plaisir coupable". Soit une solide série B, seventies jusqu'au bout des moustaches, faisant l'apologie de l'autodéfense avec une irresponsabilité réjouissante. Castellari n'y va en effet pas avec le dos du fusil à pompe pour nous montrer des vrais salopards bien sadiques harceler de pauvres commerçants sans défense, avec une police évidemment entravée par l'administration et des juges corrompus. Le héros lui-même (Fabio Testi), s'avère être un flic bien réac' aux relents clairement xénophobes. « Bientôt ce seront nous les immigrés ! », enrage-t-il après s'être fait tabasser. Évidemment il partage une virile amitié avec son partenaire, et il ne fait aucun doute pour le public que ce dernier est appelé à crever au bout d'une demi-heure syndicale, entraînant l'inévitable désir de vengeance de notre héros. C'est violent, c'est complaisant, c'est idiot, c'est drôle (un grand merci aux doubleurs, il y a du beau monde). J'aurais bien cité quelques répliques mais ma mémoire me lâche.
Il y a un plan incroyable qui m'a vraiment fait mourir de rire : lorsque les vilains balancent Fabio Testi à bord de sa bagnole dans un précipice. Castellari a placé sa caméra à l'intérieur du véhicule qui fait des tonneaux, et nous montre en live Testi se faire retourner la face, en se prenant l'intégralité du contenu de l'habitacle dans la gueule, apparemment sans trucage ! C'est tellement fou pour un résultat tellement aberrant qu'on hallucine autant qu'on rigole. Le meilleur du film venant sans doute dans son dernier acte, lorsque Dirty Nico décide de régler ses comptes en allant chercher des types qui sont clairement devenus de dangereux psychopathes suite à leur traumatisme. Un restaurateur, dont la fille s'est suicidée suite à son viol, a constamment les yeux exorbités et la bave aux lèvres, rêvant d'exterminer la racaille par centaines. Un champion de ball-trap a vu sa femme violée et brûlée vive, et caresse désormais bizarrement son fusil à lunette en fantasmant de faire un carton sur des cibles humaines. Un trafiquant de drogue qui s'est fait renverser par une voiture porte une sorte de minerve en métal pour soutenir sa nuque brisée. Bref, c'est une joyeuse bande d'inadaptés sociaux qui se réunit pour un dernier baroud. Ça canarde méchamment, ça meurt en faisant des cabrioles au ralenti, ça explose et ça gicle... Rythme excellent, personnages rigolos, mise en scène franchement bien foutue, excellent score pop... Que demande le peuple ? Voir la bande annonce ? Okay, c'est par ici...
par ÉLias_
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Antropophagus (Anthropophagous), Joe D'Amato, 1980
Titre mythique du cinéma d'exploitation italien. Je m'attendais à un de ces films putassiers avec une tribu de cannibales dépeçant à la chaîne de naïfs explorateurs blancs, prétexte aux débordements gores les plus complaisants. Que nenni ! J'ai en fait eu droit à un vrai slasher plutôt très efficace malgré un scénario pataud, avec sa bande de jeunes vacanciers qui débarquent sur une île grecque où la population a mystérieusement disparu. D'Amato ménage son suspense, révélant progressivement le responsable, son apparence et ses origines : un insulaire (George Eastman) qui, après avoir fait naufrage avec femme et gamin, est devenu fou et s'est converti au cannibalisme sauvage.

Le réalisateur prend ainsi le temps qu'il faut pour bien nous mettre les chocottes, surtout lorsque ses personnages se balladent dans les couloirs d'une vieille maison plongée dans la nuit, où leur propre ombre portée devient menaçante, générant alors une tension franchement insupportable. De ce côté là, le contrat est vraiment bien rempli. Le gore "salement" dit n'intervient que par brefs éclairs, parfois comiques (une nana qui se fait un bain de pied dans un seau où flotte une tête), parfois sacrément audacieux. Je ne peux résister à l'envie de citer les deux clous du film qui ont fait sa célébrité : George Eastman dévorant un foetus arraché au ventre de sa mère, et, à la fin, ce même triste sire se mettant à bouffer ses propres entrailles répandues au sol par un coup de pioche ! Le genre d'idée pleine de poésie qui fait encore aujourd'hui son petit effet. J'aime bien, à ce sujet, ce qu'en disait Jean-Pierre Putters dans Ze Craignos monsters, t. 2 : « On ne pourrait plus tourner une telle scène de nos jours, sous peine de se retrouver illico sur le plateau de Jean-Luc Delarue (et c'est vrai que la punition serait cruelle). » Titre mythique du cinéma d'exploitation italien. Je m'attendais à un de ces films putassiers avec une tribu de cannibales dépeçant à la chaîne de naïfs explorateurs blancs, prétexte aux débordements gores les plus complaisants. Que nenni ! J'ai en fait eu droit à un vrai slasher plutôt très efficace malgré un scénario pataud, avec sa bande de jeunes vacanciers qui débarquent sur une île grecque où la population a mystérieusement disparu. D'Amato ménage son suspense, révélant progressivement le responsable, son apparence et ses origines : un insulaire (George Eastman) qui, après avoir fait naufrage avec femme et gamin, est devenu fou et s'est converti au cannibalisme sauvage.

Sesso nero (Le Sexe noir), Joe D'Amato, 1979
Nouvelle attente déjouée. Je pensais que le titre était métaphorique mais en fait pas du tout. Il s'agit en effet d'un bon vieux boulard des familles, tourné à St-Domingue avec quelques "acteurs" locaux qui n'ont pas du être payés bien cher, ou en tout cas pas en fonction de leurs talents de comédiens. Bien que D'Amato se soit à cette époque déjà spécialisé dans le cinéma exotico-érotique, historiquement ce film est considéré comme le premier porno hardcore italien, avec représentation explicite de relations sexuelles non simulées.

L'histoire est plutôt intéressante mais finalement mal troussée. Un soi-disant New-yorkais moustachu (Mark Shanon, de son vrai nom Manlio Cercosimo) débarque sur l'île pour faire revivre le souvenir d'un amour perdu. Il sait qu'il ne lui reste que quinze jours avant qu'une opération chirurgicale ne le condamne à l'impuissance. Sur fond de malédiction vaudoue, entre deux hallucinations provoquées par ses douleurs ou par des drogues locales, l'homme va bien sûr tringler un peu tout ce qui passe (la femme de chambre, la femme de son pote, sa propre femme venue le rejoindre). On se ballade ainsi entre désir sexuel, fantasme, culpabilité et angoisse de la mort. Vers la fin, un personnage vient lourdement tenter de rationnaliser tout ça, avec une explication à la mord-moi-le-noeud (c'est le cas de le dire) à base de machination, de soeur jumelle cachée et de vengeance longuement préméditée. D'Amato en profite pour nous offrir quelques vues touristiques du coin mais filme quand même platement les scènes de uq, se contentant trop souvent d'un plan séquence type zoom avant/zoom arrière. Mention spéciale à la musique cependant, qui dans un genre italo-pop typique de l'époque se révèle étonnamment riche dans ses arrangements, et agréablement variée dans ses rythmes.
Le dénouement, dans son implacable logique, est quant à lui relativement puissant. Je le dévoile sans remord vu le peu de chance que quelqu'un ici ait l'occasion de voir ce film : l'homme, parvenu au bout de son chemin, possède enfin la femme de ses rêves sur la plage, puis se sectionne le sexe face à la mer. Son sang et sa chair se mêlent au sable et à l'eau, tandis qu'à l'horizon le soleil jette ses derniers feux.
par ÉLias_
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Kino
Voici l'illustration pour accompagner l'édito de Guillaume, qui vient juste d'être mis en ligne sur la page d'accueil de Cinétudes, ici. Son texte revient sur la dernière course aux Oscars, et en particulier sur certaines productions américaines récentes qui, par leur sujet et leur approche, semblent annoncer le retour au grand film politique, genre qu'on croyait oublié depuis 30 ans.
Je mets ça en parallèle avec une autre tendance, bien moins heureuse pour le coup, qui est celle des remakes à tout va des grands classiques du fantastique. À croire qu'on manque d'idées à Hollywood, et qu'on croit encore aux formules à succès.

Je mets ça en parallèle avec une autre tendance, bien moins heureuse pour le coup, qui est celle des remakes à tout va des grands classiques du fantastique. À croire qu'on manque d'idées à Hollywood, et qu'on croit encore aux formules à succès.

par ÉLias_
publié dans :
Kino
The Great mouse detective (Basil détective privé), Ron Clements, John Musker, Burny Mattinson, David Michener, 1986

Découvert à sa sortie en salle, je craignais un peu de le revoir, estimant qu'on était là dans le creux de l'inspiration des productions Disney. Basil appartient en effet à la période mal aimée du studio californien, mis en chantier après le gros bide de Taram et le chaudron magique, qui succédait lui-même à des films peu ambitieux même si plaisants, comme Rox et Rouky (1981) ou Bernard et Bianca (1977). Quelle ne fut pas ma joie en le revoyant l'autre jour de constater au contraire que le savoir-faire de la maison était bien là.
Inspiré de contes pour enfants dont le protagoniste est une souris détective, le film revisite avec drôlerie l'univers de Conan Doyle et de son héros aux déductions suprêmes, prônant la supériorité de l'intelligence sur la force brute. On se régale de voir le cerveau de Basil en action, décryptant de façon aberrante les indices les plus abscons. L'atmosphère anglaise est vraiment bien rendue, avec sa brume londonienne et ses coins louches peuplés de gueules patibulaires. Le film se déroule d'ailleurs intégralement de nuit. De même les accents tantôt distingués (le so british Dawson, ou l'écossais Flaversham), tantôt populos (les marins) ajoutent à la solidité de ce petit monde. Le générique indique que c'est la voix de Basil Rathbone qu'on entend lors d'une brève scène où Sherlock Holmes et Watson discutent en ombres chinoises ! On devine dès lors à qui le héros doit son nom.

Le design des personnages est vraiment réussi, même si on sait bien que Disney a l'habitude de mettre en scène des souris. La petite Olivia est vite attachante sans être mièvre, tandis que Basil a une classe incroyable. Face à lui, son ennemi juré est la grande réussite du film. Ratigan, un rat aux allures aristocratiques qui s'efforce de conserver son flegme en espérant ainsi passer pour une souris (et tout le monde a intérêt à jouer le dupe au risque de se faire boulotter par Felicia, une chatte domestiquée). Sa silhouette, larges épaules mais jambes minuscules, est franchement superbe et c'est un plaisir pour les yeux que de le voir prendre toute une série de poses grotesques. C'est Vincent Price qui lui donne sa voix en VO et son interprétation cabotine est en ce sens vraiment jubilatoire.

L'affrontement final est à lui seul un petit bijou d'animation, démarrant par une poursuite en ballon dans le ciel nocturne de Londres avant de finir en baston apocalyptique au sommet de Big Ben. Les rouages mécaniques sont représentés en images de synthèse, peut-être une première pour le studio, ce qui permet des mouvements de caméra assez spectaculaires, où les personnages sur cellulo sont très bien intégrés. Lorsque Ratigan laisse enfin exploser sa rage et redevient rat, yeux exorbités, toutes griffes dehors, il est carrément flippant. Il peut rejoindre sans complexe les rangs des meilleurs méchants disneyiens.

Animation remarquable jusque dans ses petits détails, pas de tiédeur dans les gags (un sbire de Ratigan se fait bouffer par Felicia, Fidget la chauve-souris et ses apparitions bouh-fais-moi-peur, le numéro assez sexy de la chanteuse de cabaret), un rythme enlevé sans être expéditif, autant d'éléments qui font que Basil détective privé demeure un spectacle toujours appréciable aujourd'hui, en dehors des seules considérations nostalgiques. Le film est d'ailleurs timide en chansons (3 véritables morceaux seulement). Très chouette score d'Henri Mancini.
Du côté des auteurs, on notera que Clements et Musker poursuivront leur association en réalisant par la suite des titres fameux de la firme aux grandes oreilles : La Petite sirène, Aladdin, Hercule, La Planète au trésor, tandis que Burny Mattinson participera au scénario de La Belle et la Bête, Le Roi lion, Pocahontas, Mulan. Parmi les animateurs, d'autres talents : le grand Andreas Deja (l'animateur de Roger Rabbit, Jaffar, Scar ou encore Lilo), Rob Minkoff (réalisateur du Roi lion), ou encore Kirk Wise (réalisateur de La Belle et la Bête, Le Bossu de Notre-Dame).
En gros, il s'agit d'une promotion prestigieuse, qui a débuté sur Taram et le chaudron magique et ce Basil avant d'être directement responsable du renouveau du studio au début des années 90.


Découvert à sa sortie en salle, je craignais un peu de le revoir, estimant qu'on était là dans le creux de l'inspiration des productions Disney. Basil appartient en effet à la période mal aimée du studio californien, mis en chantier après le gros bide de Taram et le chaudron magique, qui succédait lui-même à des films peu ambitieux même si plaisants, comme Rox et Rouky (1981) ou Bernard et Bianca (1977). Quelle ne fut pas ma joie en le revoyant l'autre jour de constater au contraire que le savoir-faire de la maison était bien là.
Inspiré de contes pour enfants dont le protagoniste est une souris détective, le film revisite avec drôlerie l'univers de Conan Doyle et de son héros aux déductions suprêmes, prônant la supériorité de l'intelligence sur la force brute. On se régale de voir le cerveau de Basil en action, décryptant de façon aberrante les indices les plus abscons. L'atmosphère anglaise est vraiment bien rendue, avec sa brume londonienne et ses coins louches peuplés de gueules patibulaires. Le film se déroule d'ailleurs intégralement de nuit. De même les accents tantôt distingués (le so british Dawson, ou l'écossais Flaversham), tantôt populos (les marins) ajoutent à la solidité de ce petit monde. Le générique indique que c'est la voix de Basil Rathbone qu'on entend lors d'une brève scène où Sherlock Holmes et Watson discutent en ombres chinoises ! On devine dès lors à qui le héros doit son nom.

Le design des personnages est vraiment réussi, même si on sait bien que Disney a l'habitude de mettre en scène des souris. La petite Olivia est vite attachante sans être mièvre, tandis que Basil a une classe incroyable. Face à lui, son ennemi juré est la grande réussite du film. Ratigan, un rat aux allures aristocratiques qui s'efforce de conserver son flegme en espérant ainsi passer pour une souris (et tout le monde a intérêt à jouer le dupe au risque de se faire boulotter par Felicia, une chatte domestiquée). Sa silhouette, larges épaules mais jambes minuscules, est franchement superbe et c'est un plaisir pour les yeux que de le voir prendre toute une série de poses grotesques. C'est Vincent Price qui lui donne sa voix en VO et son interprétation cabotine est en ce sens vraiment jubilatoire.

L'affrontement final est à lui seul un petit bijou d'animation, démarrant par une poursuite en ballon dans le ciel nocturne de Londres avant de finir en baston apocalyptique au sommet de Big Ben. Les rouages mécaniques sont représentés en images de synthèse, peut-être une première pour le studio, ce qui permet des mouvements de caméra assez spectaculaires, où les personnages sur cellulo sont très bien intégrés. Lorsque Ratigan laisse enfin exploser sa rage et redevient rat, yeux exorbités, toutes griffes dehors, il est carrément flippant. Il peut rejoindre sans complexe les rangs des meilleurs méchants disneyiens.

Animation remarquable jusque dans ses petits détails, pas de tiédeur dans les gags (un sbire de Ratigan se fait bouffer par Felicia, Fidget la chauve-souris et ses apparitions bouh-fais-moi-peur, le numéro assez sexy de la chanteuse de cabaret), un rythme enlevé sans être expéditif, autant d'éléments qui font que Basil détective privé demeure un spectacle toujours appréciable aujourd'hui, en dehors des seules considérations nostalgiques. Le film est d'ailleurs timide en chansons (3 véritables morceaux seulement). Très chouette score d'Henri Mancini.
Du côté des auteurs, on notera que Clements et Musker poursuivront leur association en réalisant par la suite des titres fameux de la firme aux grandes oreilles : La Petite sirène, Aladdin, Hercule, La Planète au trésor, tandis que Burny Mattinson participera au scénario de La Belle et la Bête, Le Roi lion, Pocahontas, Mulan. Parmi les animateurs, d'autres talents : le grand Andreas Deja (l'animateur de Roger Rabbit, Jaffar, Scar ou encore Lilo), Rob Minkoff (réalisateur du Roi lion), ou encore Kirk Wise (réalisateur de La Belle et la Bête, Le Bossu de Notre-Dame).
En gros, il s'agit d'une promotion prestigieuse, qui a débuté sur Taram et le chaudron magique et ce Basil avant d'être directement responsable du renouveau du studio au début des années 90.

par ÉLias_
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The Ten commandments (Les Dix commandements), Cecil B. De Mille, 1956

Un film que l'inconscient collectif rattache à notre enfance et aux multidiffusions de fin d'année, au détriment de la version de 1923. Spectacle immense, pensé par son réalisateur et par la Paramount comme le plus grand film jamais fait, Les Dix commandements me réjouissent aujourd'hui comme hier. Les effets spéciaux sont toujours aussi impressionnants. L'utilisation de l'imagerie numérique ne rendrait pas plus belle la scène d'ouverture de la Mer Rouge. Le soin accordé à l'ensemble de la production, du choix des décors à l'arrangement des costumes, force l'admiration à chaque plan.

Charlton Heston incarne Moïse avec une sorte d'évidence qui fait qu'il est difficile d'imaginer un autre acteur dans la peau de ce personnage. Dans la seconde partie du film, une fois redescendu du Sinaï où il a reçu la révélation, ses yeux bleus et perçants ne semblent quitter un au-delà divin, au-dessus de ce que peut embrasser le regard des hommes. Il appose une pierre de plus à l'édifice de sa carrière, qui comptera encore d'autres rôles prestigieux.

De même, Yul Brynner EST Ramsès. Il porte les habits de Pharaon comme personne et sa présence physique compose un méchant de cinéma réellement mémorable. Anne Baxter/Nefertiri est elle aussi absolument parfaite en reine des salopes (il n'y a pas d'autre mot face à ses caprices et son machiavélisme).

Lors de mon récent revisionnage, j'ai particulièrement été intéressé par deux aspects, que je négligeais manifestement étant plus jeune. Tout d'abord la dimension politique. De Mille a réalisé un prologue, en général absent des diffusions télévisées, où il présente son film et explique sans ambiguïté que la parole de Dieu poussant le peuple à se libérer des chaînes de l'esclavage est intemporelle, et que les Pharaons d'hier sont les dictateurs d'aujourd'hui. Cette précision devait être particulièrement éloquente pour une société qui se remettait à peine d'une guerre mondiale généreuse en atrocités. Il ne s'agit donc pas que d'un conte merveilleux ou d'une leçon d'histoire. La lutte pour les droits civiques est plus que jamais d'actualité dans l'Amérique des années 50, et sous cet éclairage le film s'enrichit énormément.

Le second aspect concerne le travail de mise en scène qui apparaît en vérité extrêmement figé. Les scènes ne sont quasiment pas découpées, tout juste s'autorise-t-on à l'occasion un raccord dans l'axe. On devine que De Mille, soucieux de ne pas dénaturer ses sources au profit du seul spectacle, impose une esthétique qui semble directement inspirée des fresques antiques, et de la peinture néoclassique. Sur plus de 3h30 de métrage, il nous offre un monde fantastique, issu de la nuit des temps, et qui pourtant nous parle et n'a pas cessé de nous fasciner.


Un film que l'inconscient collectif rattache à notre enfance et aux multidiffusions de fin d'année, au détriment de la version de 1923. Spectacle immense, pensé par son réalisateur et par la Paramount comme le plus grand film jamais fait, Les Dix commandements me réjouissent aujourd'hui comme hier. Les effets spéciaux sont toujours aussi impressionnants. L'utilisation de l'imagerie numérique ne rendrait pas plus belle la scène d'ouverture de la Mer Rouge. Le soin accordé à l'ensemble de la production, du choix des décors à l'arrangement des costumes, force l'admiration à chaque plan.

Charlton Heston incarne Moïse avec une sorte d'évidence qui fait qu'il est difficile d'imaginer un autre acteur dans la peau de ce personnage. Dans la seconde partie du film, une fois redescendu du Sinaï où il a reçu la révélation, ses yeux bleus et perçants ne semblent quitter un au-delà divin, au-dessus de ce que peut embrasser le regard des hommes. Il appose une pierre de plus à l'édifice de sa carrière, qui comptera encore d'autres rôles prestigieux.

De même, Yul Brynner EST Ramsès. Il porte les habits de Pharaon comme personne et sa présence physique compose un méchant de cinéma réellement mémorable. Anne Baxter/Nefertiri est elle aussi absolument parfaite en reine des salopes (il n'y a pas d'autre mot face à ses caprices et son machiavélisme).

Lors de mon récent revisionnage, j'ai particulièrement été intéressé par deux aspects, que je négligeais manifestement étant plus jeune. Tout d'abord la dimension politique. De Mille a réalisé un prologue, en général absent des diffusions télévisées, où il présente son film et explique sans ambiguïté que la parole de Dieu poussant le peuple à se libérer des chaînes de l'esclavage est intemporelle, et que les Pharaons d'hier sont les dictateurs d'aujourd'hui. Cette précision devait être particulièrement éloquente pour une société qui se remettait à peine d'une guerre mondiale généreuse en atrocités. Il ne s'agit donc pas que d'un conte merveilleux ou d'une leçon d'histoire. La lutte pour les droits civiques est plus que jamais d'actualité dans l'Amérique des années 50, et sous cet éclairage le film s'enrichit énormément.

Le second aspect concerne le travail de mise en scène qui apparaît en vérité extrêmement figé. Les scènes ne sont quasiment pas découpées, tout juste s'autorise-t-on à l'occasion un raccord dans l'axe. On devine que De Mille, soucieux de ne pas dénaturer ses sources au profit du seul spectacle, impose une esthétique qui semble directement inspirée des fresques antiques, et de la peinture néoclassique. Sur plus de 3h30 de métrage, il nous offre un monde fantastique, issu de la nuit des temps, et qui pourtant nous parle et n'a pas cessé de nous fasciner.

par ÉLias_
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Une illustration toute fraîche pour accompagner l'édito du mois de mars de Cinétudes, à paraître en ligne très vite. Le texte, signé Plissken, s'attardera sur la frilosité pas toujours payante de certains producteurs et distributeurs quant à un cinéma qui refuse les calibrages des départements marketing. Le paradoxe étant qu'on va jusqu'à condamner des spectateurs qui voudraient quand même découvrir certains films par d'autres moyens. Le débat sera ouvert sur le forum du site, accessible depuis sa page d'accueil.


par ÉLias_
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