Extrospection

Un titre générique pour caser et partager mes passions, mes créations. Cinéma, musica, dessin et bouquins sont de la partie. Bref, les bouts de cervelle qui animent le specimen ÉLias_

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Mercredi 26 juillet 2006

Illustration destinée à accompagner l'édito estival de Cinétudes, prochainement en ligne, où le blockbuster est envisagé comme un caprice de gosse. Je profite de cette occasion, pour un passage en revue des adaptations cinématographiques marquantes des aventures du Man of steel.




Superman the movie, Richard Donner, 1978
Une oeuvre qui me semble aujourd'hui tissée pour toujours dans la fibre nostalgique. J'ai presque envie de considérer ce film comme une succession de purs morceaux de cinéma : le prologue sur Krypton avec la scène du procès suivie de l'ouverture du dôme, visuellement superbe, la jeunesse à Smallville et ses paysages d'une beauté littéralement picturale, magnifiés par la lumière et le Cinémascope, la mort très émouvante et filmée avec pudeur du père adoptif (Glenn Ford), le tout premier envol du surhomme rouge et bleu depuis sa forteresse de solitude, arrivant droit sur le spectateur avant de virer de bord avec grâce, les séquences très screwball comedy de Clark et Loïs au Daily Planet, leur dialogue pimenté sur le balcon (« Do you like pink ? »), la fin qui tourne au film catastrophe caractéristique de ces 70's.


La mise en scène de Richard Donner est admirable, délicate et intelligente, trouvant des angles de prise de vue qui mettent à chaque fois bien en valeur la puissance et les mouvements du héros, recourrant à un montage parfois expérimental (la création de la forteresse). Dans la peau de Lex Luthor, Gene Hackman fait véritablement preuve de génie et Margot Kidder est irrésistible, composant une Loïs Lane dynamique et un peu fofolle. Christopher Reeve possède quant à lui un charisme incroyable. Son jeu est réellement subtil, va bien au-delà du simple port de costume et le réalisateur a vraiment su capter en lui toute la noblesse du héros majuscule, sollicitant la complicité du spectateur sans craindre d'être naïf. Ainsi ce plan final où Superman survolant la Terre adresse un clin d'oeil à la caméra est une idée aussi audacieuse que réussie. La musique malicieuse de John Williams sait assez génialement soutenir les différents rythmes du film, et j'adore le Love theme associé à Loïs, qui culmine lors de leur désormais mythique scène de vol dans la nuit de Metropolis. Nul n'est dupe de l'illusion cinématographique et pourtant on participe à 100%. Qui n'a pas été saisi de frissons lorsque le héros pousse son cri de rage devant le cadavre de Loïs et se propulse dans le ciel, poing en avant, bravant tous les interdits ? Quand on pense que c'est l'Anglais mou Guy Hamilton qui devait réaliser le film au départ.

Certes, certains décors font un peu maquette et carton-pâte (Krypton, l'Arctique, la rupture du barrage), les scènes de vol apparaissent approximatives, mais ça participe de cette esthétique de comic book de la vieille école. Lorsque le film est sorti, ces effets en plus d'être pour la plupart inédits représentaient le nec plus ultra de ce qu'il était possible de faire. Ce côté artisanal fait plaisir à voir aujourd'hui à une époque où les effets spéciaux tentent de nous en mettre plein la vue avant de nous charmer, et nous laissent un peu blasés. L'aspect psychologique du superhéros face à ses pouvoirs et à sa place dans la société est traité comme il faut, sans lourdeur ni perdre de vue le but premier de la production qui est de divertir. Ainsi le discours du père Marlon Brando à Clark qui lui explique les raisons de garder son identité secrète, valable pour tout superhéros constamment menacé de passer pour un freak. On sent qu'il y a eu une vraie réflexion sur le genre, exprimant le souci d'aborder Superman en tant que mythe américain (ses paysages emblématiques, le rythme de sa campagne, celui de sa ville). Vraiment un petit miracle que ce film qui cartonna méchamment à sa sortie.




Superman III, Richard Lester, 1983
Le film annonce dès son ouverture que le ton est cette fois à la franche rigolade et au burlesque. On commence par un simili-sketch face caméra de Richard Pryor dans une agence pour l'emploi, et on enchaîne par une scène de pur slapstick dans les rues de Metropolis. Par la suite, les gags se poursuivront sur un rythme inlassable, parfois totalement surréalistes (les bonhommes signalant la priorité piéton qui se battent, Superman évitant des missiles comme dans un jeu vidéo). Doublés par le doubleur d'Eddie Murphy, les « Eh-eh, Supermec ! » de Richard Pryor demeurent pour moi précieux. Christopher Reeve est une nouvelle fois parfait. Et je ne sais pas jusqu'à quel point je fais preuve d'indulgence mais même le trio de méchants, pourtant volontairement grotesque, me fait marrer ; Robert Vaughn se régale manifestement de son cabotinage éhonté. Malgré certaines lourdeurs et surtout certaines baisses de rythme, le scénario tient la route. Le rôle de Margot Kidder tient plus du cameo qu'autre chose. Elle est artificiellement éjectée du film sous le fallacieux prétexte d'un voyage aux Bahamas. L'idée du retour de Kent à Smallville donne lieu à une jolie histoire avec une de ses anciennes copines de lycée et une tranche d'Americana fort touchante (Superman en étant l'incontestable incarnation).


La partie la plus réussie du film, la plus excitante, est bien évidemment celle où Superman, sous l'emprise d'un morceau de kryptonite incomplet, bascule du côté obscur. Le voir ainsi, mal rasé et l'air mauvais, éclater d'une pichenette de cahouète la vitrine d'un bar, envoyer balader les enfants où remettre à l'endroit la tour de Pise est un régal. Son affrontement avec son double dans la casse de bagnole est à juste titre anthologique. Et puis il y a ce final avec la customisation de la méchante soeur en cyborg destructeur, séquence qui à l'époque m'avait carrément traumatisé, comme pas mal de jeunes spectateurs, crois-je savoir. C'est assez intéressant d'ailleurs de voir la vision un peu fantaisiste que les scénaristes avaient de l'informatique à l'époque, où plus l'ordinateur est puissant, plus il est gros.

Une fois acceptée la surimportance accordée à Pryor, on s'amuse vraiment beaucoup devant ce volet iconoclaste. On a un peu l'impression que c'est l'équipe de Mad magazine qui est aux commandes, mais on pourra aussi bien y voir la patte de Richard Lester qui avait repris les rênes du deuxième volet des mains de Donner sans pouvoir y injecter son style. Il est évident que le film perd du coup une certaine classe, mais je trouve ces tentatives de renouvellement divertissantes. Quand Superman devient mauvais, c'est un peu comme s'il s'humanisait. Il montre qu'on peut en avoir marre de tout le temps sauver ces cons d'humains qui n'arrêtent pas de se mettre en situation de danger. C'est un peu comme si nous-même disposions de ses pouvoirs. Qu'en ferait-on ? Est-ce qu'on n'en profiterait pas effectivement pour faire des blagues en toute impunité, et se taper des gonzesses coincées sur la tête de la statue de la liberté ? Je trouve le postulat intéressant.





Superman returns, Bryan Singer, 2006
Bonheur simple et vrai de retrouver l'univers visuel du film de Donner plus ou moins "upgradé" (le plan d'ouverture sur la surface de Krypton, le voyage cosmique du générique, le design de la forteresse de solitude, la reprise des thèmes de John Williams). De même que de constater la reprise de pas mal de répliques et de détails qui renforcent encore la filiation entre les deux films, notamment le fait que Loïs soit une quiche en orthographe, le père de Lex Luthor qui lui disait « dégage ! », le transport aérien comme statistiquement le plus sûr, etc. Mais la comparaison achève quand même de bien enfoncer le Singer. Chez Donner, les dialogues sont mille fois plus piquants, Margot Kidder, Gene Hackman, Ned Beatty, le rédac-chef du Daily Planet sont véritablement inégalés. Le Lex Luthor de Kevin Spacey marche clairement sur les traces de Hackman mais en dix fois moins bien. J'ai juste bien aimé le luxe du grand salon de son bateau et aussi la scène très old school de destruction de maquette.  Autres trucs gênants qui ont la mauvais idée non seulement d'arriver très tôt mais aussi de gâcher certaines scènes très attendues : pour moi, Singer a un peu raté l'entrée en scène de son héros, alors que le premier plan où il apparaît aurait du être particulièrement chargé en émotion.

La bonne idée du film elle est dans son titre. Superman revient et Singer aurait davantage pu jouer sur l'attente. Les spectateurs auraient à coup sûr suivi. Brandon Routh m'a un peu embarassé au tout début, je trouvais qu'il faisait beaucoup trop teenager. Ça s'améliore déjà bien avec son déguisement en Clark Kent, et l'acteur se révèle par la suite vraiment convaincant, son visage parfait étant bien exploité. Pour Loïs Lane, la jeunesse de l'actrice m'a semblé jouer contre son personnage — sans parler de la capacité qu'elle a de s'en prendre plein la face sans avoir une seule égratignure. Comme si le studio avait imposé que les acteurs principaux aient une différence d'âge minime par rapport au public ciblé. Quand je pense qu'il fut autrefois question de Nicolas Cage comme porteur du costume bleu et rouge, je me dis que c'est dommage de ne pas avoir davantage joué sur la maturité des personnages. Seul ce bon vieux Jimmy m'a paru judicieusement casté.

Dans la limite de ses moyens, que j'estime ici atteinte, Bryan Singer livre un film quand même soigné, respectueux du mythe mais en retour se montre peut-être un peu trop timide, n'osant jamais vraiment aller au bout de thématiques qui auraient du rendre le film passionnant : le héros qui revient déçu de la quête de ses origines, ses interrogations sur la juste place qu'il doit occuper dans la société des hommes, la question de la filiation, son inévitable destin de sauveur de la planète, tâche digne mais pesante alors que lui aurait tellement voulu être simplement aimé par Loïs. Tout ça donne souvent lieu à de belles images, poétiques voire iconiques : Superman atterrissant dans sa forteresse, se rechargeant au soleil, tombant crucifié dans l'espace, posant dans la chambre du fils, Superman regardant Loïs monter à travers les parois de l'ascenseur, puis Loïs dans les airs touchant du doigt la surface miroitante de l'eau. Mais les développements sont paresseux et frustrants. Ce n'est certainement pas par manque de temps et la responsabilité serait plutôt à chercher du côté des scénaristes (dialogues, construction du récit rarement exaltants). Le coup du gamin s'est avéré être un excellent rebondissement, par contre l'épilogue m'a semblé inutilement long, d'autant plus que le suspense est éventé. Question émotion, la magie est trop rare, et rayon humour c'est vraiment par indulgence que j'ai souri.


Loin de moi l'idée de vouloir refaire le film, mais il y a aussi un autre aspect qui aurait pu le rendre très fort : lors de l'arrivée de Kent au Daily Planet, des écrans de télé nous montrent quelques images d'actu sur des conflits ayant lieu un peu partout sur la planète. Pourquoi avoir cantonné les actions héroïques de Superman à Metropolis alors que ça aurait pu être super audacieux de faire en sorte que si le monde semble marcher au chaos depuis tant d'années, c'est peut-être lié à l'absence du superhéros. Tout le discours sur pourquoi le monde aurait besoin de Superman aurait pu être magnifiquement boosté par cette inscription dans la géopolitique. Les précédents film avaient bien profité de la guerre froide. L'image quasi divine de Superman portant l'énorme globe du Daily Planet apparaît ici comme un ersatz de cette problématique.

Bref, c'est moyennement maîtrisé et j'ai un avis plutôt mitigé, mais comme j'aime bien ce personnage j'ai pas non plus envie d'être trop sévère. Je verrai si ça vieillit bien.
par ÉLias_ publié dans : Kino
Lundi 17 juillet 2006
Bibi l'est tout content. Il vient d'avoir pour la seconde fois les honneurs d'une mise en ligne de chronique sur Nanarland, l'indispensable et excellent site consacré aux mauvais films sympathiques. Rendez-vous donc sur cette page et faites connaissance avec une perle du cinéma de mauvais genre allemand, Le Mort dans le filet (Ein Toter hing im Netz, Fritz Böttger, 1960). Au programme : île paradisiaque, bikinis et monstres velus.



Flashback : ma précédente chronique pour le site rendait hommage au dangereux Godfrey Ho et à son redoutable Ninja exterminator.
par ÉLias_ publié dans : Kino
Lundi 26 juin 2006
C'est avec une certaine émotion que je vous annonce la mise en ligne de ma chronique pour DVDClassik consacrée au magnifique A walk with love and death, de John Huston, cinéaste que j'admire énormément. Ce film, plutôt rare, est particulièrement cher à mon coeur, et occupe une place de premier choix au sein de ce que j'appelle mes films fétichestm.

Par ses personnages dont le coeur oscille entre grâce et douleur, par sa peinture juste d'une époque qui personnellement me fascine, cette romance médiévale me laisse à chaque fois bouleversé. J'espère lui avoir fait honneur avec ce texte que je vous invite à lire en cliquant ici.


par ÉLias_ publié dans : Kino
Mardi 13 juin 2006
Project A (Le Marin des mers de Chine), Jackie Chan, 1983
Une comédie d'action spectaculaire située à Hong Kong au début du XXe siècle, pleine de rythme et d'invention. Les trois complices Yuen Biao, Sammo Hung et Jackie Chan sont réunis dans un récit particulièrement bien construit et d'une complexité plutôt bienvenue. Les personnages sont nombreux, ça circule entre différents genres. Jackie parvient donner libre cours à son goût pour le pur burlesque, avec une bagarre de saloon mémorable, les situations vaudevillesques (qui culminent lorsque les héros infiltrent le repaire des pirates en jonglant avec les identités), sans oublier bien sûr des scènes de kung fu virtuose et puissant, et des cascades à couper le souffle dans des décors souvent très réussis. Et même si le film donne l'impression de ne jamais se prendre vraiment au sérieux, cela n'empêche pas l'affrontement final face au chef des pirates d'être impressionnant de brutalité et de rapidité. Bref, un spectacle hautement réjouissant, l'oeuvre d'un  acrobate de génie, ici particulièrement bien entouré. Sammo Hung est impayable de mesquinerie, Yuen Biao s'envole avec une grâce superbe, et lorsque tous combattent c'est un régal.
On a même droit à un hommage à Harold Lloyd lorsque Jackie s'accroche aux aiguilles d'une horloge, pendu au-dessus du vide. Sauf que là, l'acteur lâche prise et on le voit faire une chute de plusieurs dizaines de mètres, passant à travers deux pauvres stores pour l'amortir, le tout filmé en un seul plan qui ne s'arrête pas de tourner lorsqu'il se relève et continue sa course avec ses amis qui l'attendaient en bas ! Le bêtisier en générique de fin montrera qu'avant de réussir cette prise il avait raté le deuxième store, s'écrasant au sol (on le voit alors se traîner en hurlant de douleur) ! Quelle bande de malades ! Je ne sais pas si le public mérite ça mais en tous cas merci pour lui. Génial.


Police story, Jackie Chan, 1986
On est vraiment au coeur de l'âge d'or du cinéma de Jackie Chan, avec ici des cascades et des bastons plus violentes que jamais. L'acteur-chorégraphe-réalisateur délaisse la kung fu comedy pour le polar d'action contemporain. Dès le début du film on assiste à la dévastation totale d'un bidonville par le passage de bagnoles en fuite, sur une pente dangereusement raide. Scène littéralement halucinante, il faut le voir pour le croire. Par la suite on a droit à des scènes de pure comédie aussi idiotes que drôles, avec Jackie qui s'efforce de concilier vie de flic et vie privée entre Brigitte Lin et Maggie Cheung. Cette dernière, qui débute ici, ne fait certes pas d'étincelles mais assume très bien son rôle de la fiancée mimi (son personnage sera mieux exploité dans les suites).
Le récit bascule soudainement aux 3/4 du film, lorsque le héros, excédé et désespéré par le machiavélisme et l'impunité des méchants, pête soudain les plombs. L'humour de son personnage est alors éjecté au profit d'une impitoyable vendetta. La baston finale dans un gigantesque centre commercial est d'une rapidité et d'une violence époustouflante, un véritable ballet qui fait mal et laisse baba. Les cascadeurs s'en prennent vraiment plein la gueule et Jackie Chan confirme s'il en était encore besoin sa folie douce, lors d'un saut encore plus risqué que dans Project A, le long d'une rampe qui doit bien faire une trentaine de mêtres de haut et recouverte de guirlandes électriques. Saut qui s'achève avec la traversée d'une verrière ! Très fort.


Drunken master II (Combats de maîtres), Liu Chia Liang+Jackie Chan, 1994
Véritable apothéose de la kung fu comedy qui enchaîne les morceaux de bravoure pour la plus grande jubilation du spectateur. Jackie Chan reprend le rôle de Wong Feihong plus ou moins là où il l'avait laissé dans l'excellent premier volet réalisé presque vingt ans plus tôt par Yuen Woo Ping, sauf qu'ici on a droit à un film esthétiquement bien plus luxueux qui va surpasser non seulement l'original, déjà anthologique dans son genre, mais même la plupart des productions équivalentes tellement les talents et l'inspiration ont été ici réunis pour le meilleur. Et Jackie Chan demeure tout à fait crédible en garnement indiscipliné qui va pousser encore plus loin sa maîtrise de la boxe ivre lors de fascinantes démonstrations, au grand désespoir de ses parents. Casting de choc puisque le père est incarné par le sage Ti Lung, tandis qu'Anita Mui compose un personnage inénarrable de mère qui a érigé la mauvaise foi en tant qu'art, et assure presque à elle seule les scènes vaudevillesques les plus drôles. Liu Chia Liang lui-même, prestigieux véteran de la Shaw brothers, joue le rôle du vieux maître. La présence d'Andy Lau est anecdotique, et j'ai été content de recroiser le très attachant et doué Chin Kar Lok, même s'il est trop rarement utilisé.
Les chorégraphies sont phénoménales. Virtuoses et d'une invention constante, elles ont en plus la bonne idée de durer longtemps et d'exploiter toutes les possibilités offertes par les décors. La plus spectaculaire est peut-être celle qui réinvente la baston d'auberge, où Jackie et Liu Chia Liang font face à des dizaines de types armés de haches. Au milieu du film, on a droit à l'inévitable séquence masochiste où Jackie subit la nouvelle humiliation de sa vie avant de gagner en maturité et de s'engager pour un ultime affrontement. Lors de ce dernier acte, le personnage possède une vraie classe, vêtu d'un costume traditionnel chinois (le même que celui de Jet Li dans les Il était une fois en Chine. Le final, au coeur des flammes d'une mine de charbon, est une scène que je pourrais me passer inlassablement tellement ce qui s'y déroule dépasse l'entendement. Le jeu de jambe du boss de fin Ken Lo est juste incroyable. Chef-d'oeuvre.
par ÉLias_ publié dans : Kino
Dimanche 4 juin 2006
Retour sur quatre chefs-d'oeuvre du wu xia pian mettant en scène une figure mythique du cinéma de Hong Kong :  le sabreur manchot.


The One-armed swordsman (Un seul bras les tua tous), Chang Cheh, 1967
Assurément un très grand film. Le scénario qui mêle, sur fond de défis entre écoles, les notions traditionnelles d'honneur et de vertu, de vengeance et de rachat, d'apprentissage et de respect du maître, est particulièrement abouti et passionnant. Largement au-dessus du tout venant de la production hongkongaise de l'époque, notamment en ce qui concerne les émotions des personnages, qui trouvent ici un juste et merveilleux équilibre avec l'action. Les situations dramatiques sont fortes et prennent le spectateur aux tripes, du début à la fin.

Dans le rôle du héros mutilé, Jimmy Wang Yu est franchement éblouissant, passant par différents registres où sa dignité est remise en cause. Cadrées dans un scope couleurs classieux, les scènes d'action sont toutes sublimes, s'inscrivant dans de très beaux décors qui confirment l'éclatant savoir-faire du studio des Shaw Brothers. À sa sortie, The One-armed swordsman a été un succès colossal qui a véritablement donné ses lettres de noblesse à ce qui s'est alors imposé comme le genre-roi de Hong Kong.



Return of the one-armed swordsman (Le Bras de la vengeance), Chang Cheh, 1969
Cette fois, il n'y a plus de mythe à construire. Chang Cheh ne cherche pas à bouleverser des éléments déjà mis en place dans le premier volet. Cette suite directe va assez vite tourner au film d'aventures trépidant, riche, très riche en action, avec un petit côté feuilletonesque dans ses péripéties tout à fait savoureux. Wang Yu reprend son rôle de sabreur manchot et affronte ici les uns après les autres huit bretteurs qui possèdent chacun une arme spéciale et savent ruser. Les différentes scènes de baston sont aussi variées que ces armes et pleines de surprises, souvent bien sanglantes. Le nombre de mort est d'ailleurs bien hallucinant, avec un nombre de figurants apparemment variable en fonction des besoins de chaque scène. On a beau voir les corps tomber par dizaines, il en vient toujours de nouveaux. Visuellement, l'assaut final est vraiment fascinant, opposant combattants vêtus de blancs et combattants vêtus de noir. Le conflit prend ainsi une tournure presque absurde, quelque chose de purement plastique et l'on oublie les raisons qui ont motivé pareil carnage.

Par l'intermédiaire de son protagoniste, Chang Cheh introduit alors une dimension inattendue. La conclusion va en effet exprimer un véritable dégoût pour toute cette violence. Au-dessus des préoccupations mesquines de vengeance satisfaite, le héros quitte la scène, laissant les hommes à leur triomphe sanglant, rejettant tout honneur. On appréciera également la complémentarité apportée au guerrier par sa femme, véritable coeur de cet extraordinaire personnage.



The New one-armed swordsman (La Rage du tigre), Chang Cheh, 1971
Nouvel univers, nouveau héros, et le réalisateur met à l'honneur ses deux acteurs fétiches, avec au premier plan une belle composition de David Chiang. Son personnage, costume immaculé, nous est d'abord montré dans toute l'arrogance de sa jeunesse, puis, après avoir reçu sa raclée, promène sa tristesse en noir, se retenant de repenser à sa maîtrise du kung fu. Cheh en rajoute dans le sadisme, avec des clients d'auberge vraiment pas sympas qui prennent un malin plaisir à humilier l'handicapé devenu serveur. La figure du triangle amoureux est également l'un des aspects intéressants du film. L'amitié virile qui lie Chiang à Ti Lung est sans ambiguïté, et le personnage féminin y est incontestablement perdant. La vendetta finale du manchot est un très grand spectacle qui se termine en beauté grâce à l'emploi d'une technique inattendue contre un big boss particulièrement fourbe.

Comparativement, ce titre est peut-être moins immédiatement attachant que les deux autres. Ses enjeux semblent plus limités, mais c'est néanmoins un très chouette wu xia pian qui s'apprécie avec bonheur. Historiquement, La Rage du tigre est le premier film de sabre hongkongais à avoir connu une distribution en France dans les salles de quartier, et représente donc pour un paquet de spectateurs une oeuvre fondatrice.



The Blade, Tsui Hark, 1995
Le film de sabre ultime. Tsui Hark reprend la figure emblématique du sabreur manchot et pulvérise toutes les règles de la bienséance cinématographique. La sauvagerie ici à l'oeuvre laisse stupéfait, tant dans la forme que dans le fond. Les prouesses athlétiques des acteurs (Chiu Man Cheuk est magnifique) sont déjà balèzes, mais si le film impressionne vraiment c'est dans son acharnement à pratiquer la barbarie à tous les niveaux, sans pitié, avec littéralement l'énergie du désespoir. Les personnages s'en prennent plein la gueule en cette époque indéterminée où la vie semble avoir perdu toute valeur. Il est impossible de résister à ses pulsions, tant sexuelles que meurtrières. Toute la direction artistique, des costumes aux décors, est contaminée, tandis que la narration, avec cette voix off féminine, donne une patine presque mythologique au récit.

La caméra du cinéaste est littéralement plongée au coeur de la mêlée, vole, se ramasse par terre, se fait éjecter, fonce dans le tas. Les plans s'enchaînent sans qu'on puisse jamais les prévoir, chacun semblant hurler : « après moi le déluge ! » La violence est ressentie à tous les niveaux. Et le spectateur est emporté dans cet épuisant et somptueux torrent. Éprouvant et magnifique point de non-retour.


Ma première rencontre avec Tsui Hark date de la retrospective de la Cinémathèque, pas mal en avance sur son temps (le réalisateur démiurge tentait au même moment l'aventure hollywoodienne). J'étais sorti ébloui de la projection de Green snake (1993), spectacle totalement inédit pour moi. Quelques temps après, Canal+ avait eu la bonne idée de diffuser The Blade que je m'empressai d'enregistrer. Aujourd'hui le film sort chez HK Vidéo dans une splendide édition DVD qui s'annonce comme une indispensable acquisition. Quant à la trilogie de Chang Cheh, elle est disponible dans un coffret également remarquable chez Wild Side.

par ÉLias_ publié dans : Kino
Mardi 16 mai 2006
Illustration pour accompagner le prochain édito de Cinétudes, qui devrait être mis en ligne sous peu. Stefan Rousseau y dresse un état des lieux du destin de plus en plus compromis des films en salle et évoque les alternatives sérieuses offertes aujourd'hui aux cinéphiles par la technologie numérique (DVD et Home cinema).

par ÉLias_ publié dans : Kino
Jeudi 11 mai 2006
Cinétudes vient de mettre en ligne ma nouvelle contribution au dossier consacré à l'ami Joe Dante. Rendez-vous donc sur cette page pour lire ma chronique de Runaway daughters, un téléfilm méconnu très sympathique, réalisé en 1994. Il s'agit d'un remake d'un film de drive-in des années 50, une série B mettant en scène des ados en rupture de ban. Une occasion en or pour le cinéaste qui peut une nouvelle fois donner libre cours à sa nostalgie d'un certain cinéma.


N'hésitez pas ensuite à passer sur le forum pour en discuter.

par ÉLias_ publié dans : Kino
 
 
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