Fin d'année, bilan, machin-chose, etc. Cette année j'ai vu des films qui m'ont touché, qui m'ont réjoui, qui m'ont ému et qui méritent de demeurer dans nos mémoires. Pour ne pas (trop) faire comme tout le monde, j'ai décidé de m'arrêter sur un top 11 de mes plus belles séances de l'an 2006. La hiérarchisation qualitative n'échappant jamais à un certain arbitraire, je les liste dans l'ordre de leur découverte :
1. Munich, Steven Spielberg
Un film âpre et douloureux, remarquablement écrit, qui parvient à aborder de front des questions délicates aux résonnances toutes contemporaines. Spielberg, dont la carrière ne cesse d'être passionnante, dirige l'ensemble avec une maestria qui laisse pantois.
2. Syriana, Stephen Gaghan
Entre un casting dense, un récit ambitieux et complexe et la maîtrise franchement virtuose des moyens dont dispose le réalisateur, voilà un film engagé tout simplement admirable d'intelligence. Une oeuvre précieuse et riche.
3. C.R.A.Z.Y., Jean-Marc Vallée
Avec cette magnifique chronique teintée d'autobiographie sur la famille et les relations père-fils dans le Quebec des 70's, Vallée poursuit dans la voie qu'il avait joliment entrouverte avec ses courts-métrages. Un film chaleureux et sincère, incroyablement bien joué, et mis en scène avec un sens du lyrisme souvent poignant.
4. United 93 (Vol 93), Paul Greengrass
Une véritable expérience de cinéma, tendue, très éprouvante et inoubliable. Un projet d'une cohérence jamais prise en défaut, qui échappe aux étiquettes (docu-fiction, cinéma-vérité, whatever). Un film important, essentiel même. Un memorial puissant, et digne.
5. Arrivederci amore, ciao, Michele Soavi
Un formidable polar, politique, excessif et noir, aux frontières du fantastique et parfaitement maîtrisé. Soavi déborde d'idées et préfère ne pas faire de tri pour la plus grande jubilation du spectateur. Alessio Boni interprète l'un des antihéros les plus surprenants jamais vus au cinéma. Un petit bijou.
6. Monster house, Gil Kenan
Le film d'animation de l'année, drôle, burlesque et plein d'esprit (dans tous les sens du terme). Une ode à l'imaginaire de l'enfance jamais mièvre, emballée par une mise en scène génialement inventive, entre morceaux de bravoure et moments de pure poésie.
7. Je vais bien ne t'en fais pas, Philippe Lioret
Vrai coup de coeur pour ce vrai beau film. Un propos d'une grande richesse, abordant autant de thèmes liés à la famille, aux amis, à l'amour, au travail, à l'envie de vivre et à celle de crever, à l'adolescence et au monde adulte, avec une justesse de tous les instants. Mélanie Laurent porte le film sur ses épaules et je suis tombé amoureux de son personnage, son sourire et ses larmes.
8. Children of men (Les Fils de l'homme), Alfonso Cuaròn
Scandaleusement mal distribué, un très grand film d'anticipation tout à fait actuel, d'une violence étonnante, plein de poésie et visuellement époustouflant. Dans sa mise en scène, Cuaròn retrouve la superbe fluidité de son Harry Potter et nous offre quelques plans séquences anthologiques.
9. El Laberinto del Fauno (Le Labyrinthe de Pan), Guillermo Del Toro
Une suite de visions obsédantes données à partager. Quand la pire horreur des contes de fée rejoint celle de l'Histoire des hommes, cela donne ce film désespéré, où la lumière peine à pointer, mais qui laisse à chacun la possibilité d'y échapper ou non en se réfugiant dans la fable.
10. Zwartboek (Black book), Paul Verhoeven
À la fois sublime portrait de femme et impitoyable portrait d'une époque, ce livre noir est une plongée courageuse et sans concession dans les bas-fonds de l'Histoire. Avec ce retour au pays natal, Verhoeven prend de vrais risques et livre en même temps une oeuvre-somme, complexe et bouleversante jusque dans ses dernières images. Et les acteurs sont tous excellents.
11. The Fountain, Darren Aronofsky
Une sublime et déchirante histoire d'amour fou, une oeuvre profondément singulière et poétique qui semble réinventer la notion de beauté au cinéma. Avec ce film, mes doutes sur le talent de Hugh Jackman s'envolent pour longtemps.
Parmi les autres titres qui m'ont également comblé sans parvenir à la transcendance de ceux qui précèdent, il y eut des films d'auteurs inspirés (Good night and good luck, Capote, The Prestige), des blockbusters décomplexés (Mission impossible III, X-men III, Casino royale), des toiles de maître achevées (Volver, Mémoires de nos pères, Les Infiltrés).
Dans la triste catégorie des déceptions, je me dois de citer Le Nouveau monde, Takeshi's, Miami vice, La Jeune fille de l'eau, Le Dahlia noir.
Et dans la famille vilaines purges, je voudrais Poseidon, Pirates des Caraïbes 2, World trade center, Je pense à vous.
1. Munich, Steven Spielberg Un film âpre et douloureux, remarquablement écrit, qui parvient à aborder de front des questions délicates aux résonnances toutes contemporaines. Spielberg, dont la carrière ne cesse d'être passionnante, dirige l'ensemble avec une maestria qui laisse pantois.
2. Syriana, Stephen GaghanEntre un casting dense, un récit ambitieux et complexe et la maîtrise franchement virtuose des moyens dont dispose le réalisateur, voilà un film engagé tout simplement admirable d'intelligence. Une oeuvre précieuse et riche.
3. C.R.A.Z.Y., Jean-Marc Vallée Avec cette magnifique chronique teintée d'autobiographie sur la famille et les relations père-fils dans le Quebec des 70's, Vallée poursuit dans la voie qu'il avait joliment entrouverte avec ses courts-métrages. Un film chaleureux et sincère, incroyablement bien joué, et mis en scène avec un sens du lyrisme souvent poignant.
4. United 93 (Vol 93), Paul GreengrassUne véritable expérience de cinéma, tendue, très éprouvante et inoubliable. Un projet d'une cohérence jamais prise en défaut, qui échappe aux étiquettes (docu-fiction, cinéma-vérité, whatever). Un film important, essentiel même. Un memorial puissant, et digne.
5. Arrivederci amore, ciao, Michele SoaviUn formidable polar, politique, excessif et noir, aux frontières du fantastique et parfaitement maîtrisé. Soavi déborde d'idées et préfère ne pas faire de tri pour la plus grande jubilation du spectateur. Alessio Boni interprète l'un des antihéros les plus surprenants jamais vus au cinéma. Un petit bijou.
6. Monster house, Gil KenanLe film d'animation de l'année, drôle, burlesque et plein d'esprit (dans tous les sens du terme). Une ode à l'imaginaire de l'enfance jamais mièvre, emballée par une mise en scène génialement inventive, entre morceaux de bravoure et moments de pure poésie.
7. Je vais bien ne t'en fais pas, Philippe Lioret Vrai coup de coeur pour ce vrai beau film. Un propos d'une grande richesse, abordant autant de thèmes liés à la famille, aux amis, à l'amour, au travail, à l'envie de vivre et à celle de crever, à l'adolescence et au monde adulte, avec une justesse de tous les instants. Mélanie Laurent porte le film sur ses épaules et je suis tombé amoureux de son personnage, son sourire et ses larmes.
8. Children of men (Les Fils de l'homme), Alfonso CuarònScandaleusement mal distribué, un très grand film d'anticipation tout à fait actuel, d'une violence étonnante, plein de poésie et visuellement époustouflant. Dans sa mise en scène, Cuaròn retrouve la superbe fluidité de son Harry Potter et nous offre quelques plans séquences anthologiques.
9. El Laberinto del Fauno (Le Labyrinthe de Pan), Guillermo Del ToroUne suite de visions obsédantes données à partager. Quand la pire horreur des contes de fée rejoint celle de l'Histoire des hommes, cela donne ce film désespéré, où la lumière peine à pointer, mais qui laisse à chacun la possibilité d'y échapper ou non en se réfugiant dans la fable.
10. Zwartboek (Black book), Paul Verhoeven À la fois sublime portrait de femme et impitoyable portrait d'une époque, ce livre noir est une plongée courageuse et sans concession dans les bas-fonds de l'Histoire. Avec ce retour au pays natal, Verhoeven prend de vrais risques et livre en même temps une oeuvre-somme, complexe et bouleversante jusque dans ses dernières images. Et les acteurs sont tous excellents.
11. The Fountain, Darren AronofskyUne sublime et déchirante histoire d'amour fou, une oeuvre profondément singulière et poétique qui semble réinventer la notion de beauté au cinéma. Avec ce film, mes doutes sur le talent de Hugh Jackman s'envolent pour longtemps.
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Parmi les autres titres qui m'ont également comblé sans parvenir à la transcendance de ceux qui précèdent, il y eut des films d'auteurs inspirés (Good night and good luck, Capote, The Prestige), des blockbusters décomplexés (Mission impossible III, X-men III, Casino royale), des toiles de maître achevées (Volver, Mémoires de nos pères, Les Infiltrés).
Dans la triste catégorie des déceptions, je me dois de citer Le Nouveau monde, Takeshi's, Miami vice, La Jeune fille de l'eau, Le Dahlia noir.
Et dans la famille vilaines purges, je voudrais Poseidon, Pirates des Caraïbes 2, World trade center, Je pense à vous.
par ÉLias_
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Kino
Dernière contribution en date pour Cinétudes.com, mon analyse de Dune est en ligne à cette adresse. L'adaptation de la foisonnante saga de Frank Herbert par David Lynch se traîne une vilaine réputation, n'ayant à l'époque convaincu ni les fans ni les critiques. Lynch lui-même ne veut plus entendre parler de cet encombrant objet aujourd'hui. Pourtant, je trouve le résultat loin d'être indigne même s'il souffre d'impardonnables faiblesses. Je me suis efforcé d'en pointer les qualités comme les défauts, et de démontrer que la personnalité du réalisateur y est loin d'être en berne, tout en assumant le fait que le spectateur appréciera davantage cette transposition cinématographique s'il a d'abord lu le roman. Je suis d'ailleurs moi-même en train de me relire l'intégralité du cycle, et ces retrouvailles sont très enrichissantes.
« He who controls the spice, controls the universe ! »
Étant donnés la saison et le fait que la prochaine note sera inévitablement datée 2007, j'en profite pour vous adresser mes bons voeux pour la nouvelle année. J'avais démarré ce blog il y a un an également par une carte de voeux. La boucle est bouclée. Bonnes fêtes à toi, ami(e) lec-teur/trice.

« He who controls the spice, controls the universe ! »Étant donnés la saison et le fait que la prochaine note sera inévitablement datée 2007, j'en profite pour vous adresser mes bons voeux pour la nouvelle année. J'avais démarré ce blog il y a un an également par une carte de voeux. La boucle est bouclée. Bonnes fêtes à toi, ami(e) lec-teur/trice.

par ÉLias_
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Du nouveau sur Cinétudes.com, qui propose désormais des mises à jour mensuelles. Jérôme Reber (Hughes) signe un édito en forme de déclaration d'amour au Dahlia noir, le dernier film de Brian De Palma actuellement en salle, d'après le roman de James Ellroy. Un film au sujet duquel je ne sais encore trop quoi penser. Bel objet de réflexion mais spectacle trop rarement emballant, la faute peut-être à une narration qui joue la distance avec une sacrée audace. Voici mon illustration de l'article, qui renvoie moins à ma propre opinion qu'à la mauvaise presse qu'a connu le projet avant même sa présentation :

Sinon, j'ai ajouté un nouveau chapitre au dossier Joe Dante avec mon étude zélée du mésestimé Small soldiers, film de 1998. Je dis "mésestimé" parce qu'à l'époque de sa sortie on avait été peu nombreux à repérer le nom du réalisateur sur les affiches, et je m'étais senti encore plus seul à faire preuve d'enthousiasme en l'évoquant par la suite. La majorité de la presse était passée à côté et le film avait avant cela subi d'outrageants remaniements de la part du studio.
Personnellement, je prends un plaisir invariable à chaque nouveau visionnage de cette satire intelligente et jubilatoire. J'espère donc lui rendre justice grâce à cette analyse que je vous invite à lire en suivant ce lien.


Sinon, j'ai ajouté un nouveau chapitre au dossier Joe Dante avec mon étude zélée du mésestimé Small soldiers, film de 1998. Je dis "mésestimé" parce qu'à l'époque de sa sortie on avait été peu nombreux à repérer le nom du réalisateur sur les affiches, et je m'étais senti encore plus seul à faire preuve d'enthousiasme en l'évoquant par la suite. La majorité de la presse était passée à côté et le film avait avant cela subi d'outrageants remaniements de la part du studio.
Personnellement, je prends un plaisir invariable à chaque nouveau visionnage de cette satire intelligente et jubilatoire. J'espère donc lui rendre justice grâce à cette analyse que je vous invite à lire en suivant ce lien.

par ÉLias_
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Kino
À l'origine : Patricia Highsmith, The Talented Mr. Ripley (Mr. Ripley en français), un thriller réellement brillant, prenant et d'autant plus réussi que la romancière nous invite à épouser la subjectivité de son antihéros, à trembler pour un personnage qui n'a franchement rien de sympathique, imposteur, fourbe et meurtrier, jusqu'à en avoir des sueurs froides. Comme le dit bien le 4e de couverture : « Highsmith pousse jusqu'aux limites du soutenable l'étude envoûtante d'un cas de schizophrénie meurtrière. » Le cinéma s'était très tôt intéressé à elle (Strangers on a train/L'Inconnu du Nord-express, Hitchcock, 1951), et ce roman en particulier a donné lieu à deux adaptations que j'adore tout autant sans que l'une vienne faire de l'ombre à l'autre, réalisées à 40 ans d'intervalle.
Plein soleil, René Clément, 1960
Avec Alain Delon, Maurice Ronet, Marie Laforêt...
La ressemblance entre Delon et Ronet rend déjà le principe de substitution crédible. Leurs faces à faces sont vraiment excellemment écrits et amusants, en particulier celui sur le bateau où ils discutent justement de la possibilité de l'imposture, sans qu'on sache qui joue, qui est sincère (la discussion prend place autour d'une partie de cartes). Clément cosigne l'adaptation avec Paul Gégauff, scénariste dont la collaboration soutenue avec Chabrol a montré qu'il s'y connassait en matière de perversité. Les modifications par rapport au roman sont assez importantes mais on n'ira pas jusqu'à parler de trahison. Le meurtre a ainsi lieu à coups de couteau sur le voilier de Dickie (rebaptisé ici Philippe), et non plus à coups de rames sur une barque de location. Et plus tard, en abandonnant son identité d'emprunt, Ripley se débarrassera de l'argent détourné en faisant croire que Philippe le lègue à Marge. Il entreprendra alors la séduction de cette dernière pour récupérer le magot en toute légalité. Il aura ainsi volé jusqu'au moindre bien de Philippe, de ses chaussures à sa promise, alors que le Tom Ripley du bouquin méprise Marge et n'est absolument pas intéressé par sa conquête. Dans ce rôle, Marie Laforêt est un peu irritante mais s'en sort quand même bien. Delon, de tous les plans, est tout simplement éblouissant. Le concept de charme vénéneux aura rarement trouvé plus belle incarnation. Notons l'agréable et prémonitoire apparition de Romy Schneider dans un rôle de figuration au tout début du film.
Le suspense fonctionne bien, notamment dans la scène où Ripley fuit la police par les toits. L'utilisation des décors naturels d'Italie, l'impression de filmage en pleine rue, à la volée, créent une esthétique un peu Nouvelle vague. Clément trouve de belles idées pour représenter les meurtres en hors champ (ainsi celui de Freddie, qui s'écroule sur des images de poulet et de tomates roulant au sol). Une scène est particulièrement remarquable : Ripley se promène peu de temps après le meurtre de Philippe dans un marché et semble fasciné par les poissons sur les étals. En fond musical, Nino Rota tisse une étrange partition avec un piano qui semble désaccordé. Toute la séquence donne le tournis, reflétant la culpabilité et le désordre mental qui agitent alors le protagoniste.
La fin est carrément géniale, et se détache elle aussi complètement du bouquin. On devine que Clément a voulu faire en sorte que la morale soit sauve et que le crime ne demeure pas impuni. Il amorce une conclusion faussement détendue, laissant croire au spectateur que Ripley a réussi. Et c'est un incroyable choc que de voir ressurgir le cadavre de Philippe. Le dernier plan (Ripley au soleil marchant totalement apaisé vers son arrestation) fait partie de ces fins que je qualifie de cosmique. Et je quitte alors le film sur une note sublime.
The Talented Mr. Ripley (Le Talentueux Mr. Ripley), Anthony Minghella, 1999
Avec Matt Damon, Jude Law, Gwyneth Paltrow, Cate Blanchett, Jack Davenport, Philip Seymour Hoffman (également au générique du Minghella suivant avec Jude Law : le très beau Cold mountain), Philip Baker Hall, James Rebhorn (très bon dans le rôle du père Greenleaf)...
Dans le rôle-titre, Matt Damon se révèle un parfait Monsieur Ripley et livre certainement une de ses plus mémorables performances à ce jour. Il joue assez audacieusement de son physique mal dégrossi, de son visage sans finesse, de sa carrure sans grâce. Car le Tom Ripley de Patricia Highsmith est à la base un être insignifiant, qui éprouve régulièrement la honte de lui-même. Envieux de l'aisance de Dickie, il est également conscient des défauts qui le rendent insupportable. Aussi il entreprendra le moment venu de recomposer un nouveau Dickie, d'améliorer l'ancien. Signant lui-même l'adaptation, Minghella illustre brillamment cet aspect du roman, apportant par ses dialogues ou par sa mise en scène de nouvelles idées qui viennent intelligemment caractériser les personnages. Son Ripley est une figure profondément pathétique, obsédé par le désir de recommencer à zéro, de tout effacer, à commencer par lui-même. Il nous est présenté dès le début comme ayant une tendance presque naturelle au mensonge et à l'imposture. Jude Law parvient aussi bien que Maurice Ronet à composer un Dickie tantôt séduisant par son enthousiasme, tantôt vrai salaud d'égoïste. La nature ambiguë des rapports entre les deux hommes est exprimée de façon plus que troublante. Paltrow apporte beaucoup au personnage difficile de Marge, au départ chaleureuse et accueillante (alors que dans le bouquin elle se méfie très vite de Tom), puis horrifiée et seule à saisir la vérité. Minghella ajoute encore d'importants rôles secondaires qui donneront ainsi plus d'opportunité au protagoniste d'exprimer ses affres, de révéler l'horreur de son crime et l'impasse dans laquelle son petit jeu l'a fait plonger. Les dernières scènes avec Jack Davenport sur le bateau pour Athènes sont à ce titre magnifiques et bouleversantes de douleur. Le final est sans doute moins spectaculaire que dans la version Clément, mais n'en est pas moins beau. Minghella pousse à fond l'exploration du tourment du personnage. Il nous abandonne avec un héros déchiré. C'est une conclusion extrêmement sombre, d'autant plus qu'elle ne résout rien. Chez Clément, Delon se faisait arrêter : fin de l'aventure. On a également droit à de très chouettes sequences de pur suspense où Ripley doit jongler entre ses deux identités (à l'Opéra notamment). Et le spectateur se surprend à faire corps avec l'imposteur, à espérer le voir échapper à la police.
Visuellement, le film est une splendeur, un spectacle d'une richesse infinie qui supporte plusieurs visionnages. Le montage de Walter Murch est une leçon de maître. Chaque plan, chaque raccord est soigneusement pensé, le tout étant encore embelli par des mouvements de caméra d'une grande élégance. Minghella donne peut-être encore plus d'importance que Clément aux décors naturels, qu'il s'agisse du village portuaire de Mongibello, de Naples, Rome ou Venise. Il s'efforce souvent de situer ses scènes dans des lieux connus (Panthéon, Piazza di Spagna, Fontaine des 4 fleuves, Forum), au risque de tomber dans le cliché carte postale, d'autant plus que la lumière est très travaillée. Mais le roman est précisément plein de l'émerveillement pour les beautés de ce pays. Il est donc assez justifié de nous amener à le partager. Enfin, la partition de Gabriel Yared n'est pas pour rien dans l'attachement que j'éprouve pour ce film. Qu'il s'agisse des différents arrangements du thème principal — que Yared reprendra bizarrement à la note près sur le Bon voyage de Rappeneau — ou de la chanson écrite pour Sinead O'Connor qui ouvre le film, la musique est tout simplement somptueuse et en parfaite harmonie avec le récit. Art de l'improvisation, le jazz envahit régulièrement la bande son, à la fois pour renforcer la couleur d'époque et pour signifier les prouesses d'inventivité dont Ripley doit sans cesse faire preuve pour se tirer des situations qu'il s'est lui-même créées. À sa sortie, le film est passé relativement inaperçu, considéré au mieux comme un remake sans intérêt du film de Clément. Pour moi, c'est une éblouissante réussite.
ATTENTION :
les lignes qui suivent contiennent quelques révélations qui pourraient
gâcher le suspense à ceux qui n'auraient pas vu le film.
les lignes qui suivent contiennent quelques révélations qui pourraient
gâcher le suspense à ceux qui n'auraient pas vu le film.
Plein soleil, René Clément, 1960Avec Alain Delon, Maurice Ronet, Marie Laforêt...
La ressemblance entre Delon et Ronet rend déjà le principe de substitution crédible. Leurs faces à faces sont vraiment excellemment écrits et amusants, en particulier celui sur le bateau où ils discutent justement de la possibilité de l'imposture, sans qu'on sache qui joue, qui est sincère (la discussion prend place autour d'une partie de cartes). Clément cosigne l'adaptation avec Paul Gégauff, scénariste dont la collaboration soutenue avec Chabrol a montré qu'il s'y connassait en matière de perversité. Les modifications par rapport au roman sont assez importantes mais on n'ira pas jusqu'à parler de trahison. Le meurtre a ainsi lieu à coups de couteau sur le voilier de Dickie (rebaptisé ici Philippe), et non plus à coups de rames sur une barque de location. Et plus tard, en abandonnant son identité d'emprunt, Ripley se débarrassera de l'argent détourné en faisant croire que Philippe le lègue à Marge. Il entreprendra alors la séduction de cette dernière pour récupérer le magot en toute légalité. Il aura ainsi volé jusqu'au moindre bien de Philippe, de ses chaussures à sa promise, alors que le Tom Ripley du bouquin méprise Marge et n'est absolument pas intéressé par sa conquête. Dans ce rôle, Marie Laforêt est un peu irritante mais s'en sort quand même bien. Delon, de tous les plans, est tout simplement éblouissant. Le concept de charme vénéneux aura rarement trouvé plus belle incarnation. Notons l'agréable et prémonitoire apparition de Romy Schneider dans un rôle de figuration au tout début du film.
Le suspense fonctionne bien, notamment dans la scène où Ripley fuit la police par les toits. L'utilisation des décors naturels d'Italie, l'impression de filmage en pleine rue, à la volée, créent une esthétique un peu Nouvelle vague. Clément trouve de belles idées pour représenter les meurtres en hors champ (ainsi celui de Freddie, qui s'écroule sur des images de poulet et de tomates roulant au sol). Une scène est particulièrement remarquable : Ripley se promène peu de temps après le meurtre de Philippe dans un marché et semble fasciné par les poissons sur les étals. En fond musical, Nino Rota tisse une étrange partition avec un piano qui semble désaccordé. Toute la séquence donne le tournis, reflétant la culpabilité et le désordre mental qui agitent alors le protagoniste.La fin est carrément géniale, et se détache elle aussi complètement du bouquin. On devine que Clément a voulu faire en sorte que la morale soit sauve et que le crime ne demeure pas impuni. Il amorce une conclusion faussement détendue, laissant croire au spectateur que Ripley a réussi. Et c'est un incroyable choc que de voir ressurgir le cadavre de Philippe. Le dernier plan (Ripley au soleil marchant totalement apaisé vers son arrestation) fait partie de ces fins que je qualifie de cosmique. Et je quitte alors le film sur une note sublime.
The Talented Mr. Ripley (Le Talentueux Mr. Ripley), Anthony Minghella, 1999Avec Matt Damon, Jude Law, Gwyneth Paltrow, Cate Blanchett, Jack Davenport, Philip Seymour Hoffman (également au générique du Minghella suivant avec Jude Law : le très beau Cold mountain), Philip Baker Hall, James Rebhorn (très bon dans le rôle du père Greenleaf)...
Dans le rôle-titre, Matt Damon se révèle un parfait Monsieur Ripley et livre certainement une de ses plus mémorables performances à ce jour. Il joue assez audacieusement de son physique mal dégrossi, de son visage sans finesse, de sa carrure sans grâce. Car le Tom Ripley de Patricia Highsmith est à la base un être insignifiant, qui éprouve régulièrement la honte de lui-même. Envieux de l'aisance de Dickie, il est également conscient des défauts qui le rendent insupportable. Aussi il entreprendra le moment venu de recomposer un nouveau Dickie, d'améliorer l'ancien. Signant lui-même l'adaptation, Minghella illustre brillamment cet aspect du roman, apportant par ses dialogues ou par sa mise en scène de nouvelles idées qui viennent intelligemment caractériser les personnages. Son Ripley est une figure profondément pathétique, obsédé par le désir de recommencer à zéro, de tout effacer, à commencer par lui-même. Il nous est présenté dès le début comme ayant une tendance presque naturelle au mensonge et à l'imposture. Jude Law parvient aussi bien que Maurice Ronet à composer un Dickie tantôt séduisant par son enthousiasme, tantôt vrai salaud d'égoïste. La nature ambiguë des rapports entre les deux hommes est exprimée de façon plus que troublante. Paltrow apporte beaucoup au personnage difficile de Marge, au départ chaleureuse et accueillante (alors que dans le bouquin elle se méfie très vite de Tom), puis horrifiée et seule à saisir la vérité. Minghella ajoute encore d'importants rôles secondaires qui donneront ainsi plus d'opportunité au protagoniste d'exprimer ses affres, de révéler l'horreur de son crime et l'impasse dans laquelle son petit jeu l'a fait plonger. Les dernières scènes avec Jack Davenport sur le bateau pour Athènes sont à ce titre magnifiques et bouleversantes de douleur. Le final est sans doute moins spectaculaire que dans la version Clément, mais n'en est pas moins beau. Minghella pousse à fond l'exploration du tourment du personnage. Il nous abandonne avec un héros déchiré. C'est une conclusion extrêmement sombre, d'autant plus qu'elle ne résout rien. Chez Clément, Delon se faisait arrêter : fin de l'aventure. On a également droit à de très chouettes sequences de pur suspense où Ripley doit jongler entre ses deux identités (à l'Opéra notamment). Et le spectateur se surprend à faire corps avec l'imposteur, à espérer le voir échapper à la police.
Visuellement, le film est une splendeur, un spectacle d'une richesse infinie qui supporte plusieurs visionnages. Le montage de Walter Murch est une leçon de maître. Chaque plan, chaque raccord est soigneusement pensé, le tout étant encore embelli par des mouvements de caméra d'une grande élégance. Minghella donne peut-être encore plus d'importance que Clément aux décors naturels, qu'il s'agisse du village portuaire de Mongibello, de Naples, Rome ou Venise. Il s'efforce souvent de situer ses scènes dans des lieux connus (Panthéon, Piazza di Spagna, Fontaine des 4 fleuves, Forum), au risque de tomber dans le cliché carte postale, d'autant plus que la lumière est très travaillée. Mais le roman est précisément plein de l'émerveillement pour les beautés de ce pays. Il est donc assez justifié de nous amener à le partager. Enfin, la partition de Gabriel Yared n'est pas pour rien dans l'attachement que j'éprouve pour ce film. Qu'il s'agisse des différents arrangements du thème principal — que Yared reprendra bizarrement à la note près sur le Bon voyage de Rappeneau — ou de la chanson écrite pour Sinead O'Connor qui ouvre le film, la musique est tout simplement somptueuse et en parfaite harmonie avec le récit. Art de l'improvisation, le jazz envahit régulièrement la bande son, à la fois pour renforcer la couleur d'époque et pour signifier les prouesses d'inventivité dont Ripley doit sans cesse faire preuve pour se tirer des situations qu'il s'est lui-même créées. À sa sortie, le film est passé relativement inaperçu, considéré au mieux comme un remake sans intérêt du film de Clément. Pour moi, c'est une éblouissante réussite.
par ÉLias_
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Kino
Cent films fétiches pour cent cinéastes vénérés. Voici — avec la part d'arbitraire et de subjectivité assumée que cela inclut — la liste des films qui représentent mes plus beaux moments de cinéma, oeuvres de tous genres, de toutes nationalités et de toutes époques vers lesquelles je peux revenir inlassablement, qui ont compté hier et qui comptent encore pour moi aujourd'hui. Je m'efforce de ne pas galvauder le terme "chef-d'oeuvre" et si je l'accorde aux titres qui suivent, ce n'est pas à la légère. Nulle hiérarchie, juste l'ordre alphabétique.
2001 : l'odyssée de l'espace (2001 : a space odyssey), Stanley Kubrick, 1968
L'Affiche rouge, Frank Cassenti, 1976
Les Ailes d'Honneamise (Honneamise no Tsubasa), Hiroyuki Yamaga, 1987
Les Ailes du désir (Der Himmel ûber Berlin), Wim Wenders, 1987
Amadeus, Milos Forman, 1984
Les Amants du cercle polaire (Los Amantes del circulo polar), Julio Medem, 1998
America, America, Elia Kazan, 1963
Apocalypse now, Francis F. Coppola, 1979
Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia (Bring me the head of Alfredo Garcia), Sam Peckinpah, 1974
Les Apprentis, Pierre Salvadori, 1995
Bande à part, Jean-Luc Godard, 1964
Barabbas, Richard Fleischer, 1962
Batman, le défi (Batman returns), Tim Burton, 1992
Bienvenue Mr Chance (Being there), Hal Ashby, 1979
Blade runner, Ridley Scott, 1982
The Blues brothers, John Landis, 1980
Boulevard du crepuscule (Sunset boulevard), Billy Wilder, 1950
Brazil, Terry Gilliam, 1985
Ce plaisir qu'on dit charnel (Carnal knowledge), Mike Nichols, 1971
Le Cercle rouge, Jean-Pierre Melville, 1970
Ceux qui m'aiment prendront le train, Patrice Chéreau, 1998
La Chair et le sang (Flesh+blood), Paul Verhoeven, 1985
Chantons sous la pluie (Singin' in the rain), Gene Kelly+Stanley Donen, 1952
Chasseur blanc coeur noir (White hunter black heart), Clint Eastwood, 1990
Les Chaussons rouges (The Red Shoes), Michael Powell+Emeric Pressburger, 1948
Chinatown, Roman Polanski, 1974
Cinema Paradiso (Nuovo Cinema Paradiso), Giuseppe Tornatore, 1989
Crash, David Cronenberg, 1996
Crimes et délits (Crimes and misdemeanors), Woody Allen, 1989
Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant (The Cook, the thief, his wife & her lover), Peter Greenaway, 1989
Les Demoiselles de Rochefort, Jacques Demy, 1967
La Dernière tentation du Christ (The Last temptation of Christ), Martin Scorsese, 1988
Deux filles au tapis (...All the marbles), Robert Aldrich, 1981
Dodes'kaden (Dô desu ka den), Akira Kurosawa, 1970
Down by law, Jim Jarmush, 1986
Drunken master II, Liu Chia Liang, 1994
Empire du soleil (Empire of the sun), Steven Spielberg, 1987
L'Étoffe des héros (The Right stuff), Philip Kaufman, 1983
Europa, Lars von Trier, 1991
Europe '51 (Europa '51), Roberto Rossellini, 1952
La Famille Tenenbaum (The Royal Tenenbaum), Wes Anderson, 2001
Furyo (Merry Christmas Mr. Lawrence), Nagisa Oshima, 1983
Le Géant de fer (The Iron giant), Brad Bird, 1999
Ghost in the shell (Kôkaku kidôtai), Mamoru Oshii, 1995
Gremlins 2 (Gremlins 2 : the new batch), Joe Dante, 1990
Hatari !, Howard Hawks, 1962
Heat, Michael Mann, 1995
Husbands, John Cassavetes, 1970
Il était une fois la révolution (Giù la testa), Sergio Leone, 1971
Incassable (Unbreakable), M. Night Shyamalan, 2000
L'Impasse (Carlito's way), Brian DePalma, 1993
Jackie Brown, Quentin Tarantino, 1997
Jin-roh (Jin-rô), Hiroyuki Okiura, 1998
Kids return, Takeshi Kitano, 1996
The Killer, John Woo, 1989
King Kong, Ernest B. Schoedsack+Merian C. Cooper, 1933
Lawrence d'Arabie (Lawrence of Arabia), David Lean, 1962
Light sleeper, Paul Schrader, 1992
La Ligne rouge (The Thin red line), Terence Malick, 1998
Little big man, Arthur Penn, 1970
Lost highway, David Lynch, 1997
Les Lumières de la ville (City lights), Charles Chaplin, 1931
Magnolia, Paul Thomas Anderson, 1999
Mar adentro, Alejandro Amenabar, 2004
Marathon man, John Schlesinger, 1976
Miller's crossing, Coen bros., 1990
Missing, Costa-Gavras, 1982
M le maudit (M), Fritz Lang, 1931
Nosferatu (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens), Friedrich W. Murnau, 1922
Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati), Ettore Scola, 1974
La Nuit américaine, François Truffaut, 1973
La Nuit des morts vivants (Night of the living dead), George A. Romero, 1968
Les Nuits de Cabiria (Le Notti di Cabiria), Federico Fellini, 1957
Pain et chocolat (Pane e cioccolata), Franco Brusati, 1973
Parle avec elle (Hable con ella), Pedro Almodóvar, 2002
Patton, Franklin J. Schaffner, 1970
Pink Floyd the wall, Alan Parker, 1982
Princesse Mononoke (Mononoke-hime), Hayao Miazaki, 1997
Les Proies (The Beguiled), Don Siegel, 1971
Promenade avec l'amour et la mort (A walk with love and death), John Huston, 1969
Que la fête commence..., Bertrand Tavernier, 1975
Les Raisins de la colère (The Grapes of wrath), John Ford, 1940
La Règle du jeu, Jean Renoir, 1939
Le Roi et l'oiseau, Paul Grimault, 1980
Seul au monde (Cast away), Robert Zemeckis, 2000
S.O.B., Blake Edwards, 1981
La Soif du mal (Touch of evil), Orson Welles, 1958
Soleil trompeur (Utomlyonnye solntsem), Nikita Mikhalkov, 1994
Sueurs froides (Vertigo), Alfred Hitchcock, 1958
Le Talentueux Mr Ripley (The Talented Mr. Ripley), Anthony Minghella, 1999
The Thing, John Carpenter, 1982
Tigre et dragon (Crouching tiger, hidden dragon), Ang Lee, 2000
Titanic, James Cameron, 1997
True Romance, Tony Scott, 1993
Une étoile est née (A star is born), George Cukor, 1954
La Vie de Brian (Life of Brian), Terry Jones, 1979
La Vie de bohème, Aki Kaurismaki, 1992
La Vie est belle (It's a wonderful life), Frank Capra, 1946
Voyage au bout de l'enfer (The Deer hunter), Michael Cimino, 1978
West side story, Robert Wise+Jerome Robbins, 1961
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2001 : l'odyssée de l'espace (2001 : a space odyssey), Stanley Kubrick, 1968
L'Affiche rouge, Frank Cassenti, 1976
Les Ailes d'Honneamise (Honneamise no Tsubasa), Hiroyuki Yamaga, 1987
Les Ailes du désir (Der Himmel ûber Berlin), Wim Wenders, 1987
Amadeus, Milos Forman, 1984
Les Amants du cercle polaire (Los Amantes del circulo polar), Julio Medem, 1998
America, America, Elia Kazan, 1963
Apocalypse now, Francis F. Coppola, 1979
Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia (Bring me the head of Alfredo Garcia), Sam Peckinpah, 1974
Les Apprentis, Pierre Salvadori, 1995
Bande à part, Jean-Luc Godard, 1964
Barabbas, Richard Fleischer, 1962
Batman, le défi (Batman returns), Tim Burton, 1992
Bienvenue Mr Chance (Being there), Hal Ashby, 1979
Blade runner, Ridley Scott, 1982
The Blues brothers, John Landis, 1980
Boulevard du crepuscule (Sunset boulevard), Billy Wilder, 1950
Brazil, Terry Gilliam, 1985
Ce plaisir qu'on dit charnel (Carnal knowledge), Mike Nichols, 1971
Le Cercle rouge, Jean-Pierre Melville, 1970
Ceux qui m'aiment prendront le train, Patrice Chéreau, 1998
La Chair et le sang (Flesh+blood), Paul Verhoeven, 1985
Chantons sous la pluie (Singin' in the rain), Gene Kelly+Stanley Donen, 1952
Chasseur blanc coeur noir (White hunter black heart), Clint Eastwood, 1990
Les Chaussons rouges (The Red Shoes), Michael Powell+Emeric Pressburger, 1948
Chinatown, Roman Polanski, 1974
Cinema Paradiso (Nuovo Cinema Paradiso), Giuseppe Tornatore, 1989
Crash, David Cronenberg, 1996
Crimes et délits (Crimes and misdemeanors), Woody Allen, 1989
Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant (The Cook, the thief, his wife & her lover), Peter Greenaway, 1989
Les Demoiselles de Rochefort, Jacques Demy, 1967
La Dernière tentation du Christ (The Last temptation of Christ), Martin Scorsese, 1988
Deux filles au tapis (...All the marbles), Robert Aldrich, 1981
Dodes'kaden (Dô desu ka den), Akira Kurosawa, 1970
Down by law, Jim Jarmush, 1986
Drunken master II, Liu Chia Liang, 1994
Empire du soleil (Empire of the sun), Steven Spielberg, 1987
L'Étoffe des héros (The Right stuff), Philip Kaufman, 1983
Europa, Lars von Trier, 1991
Europe '51 (Europa '51), Roberto Rossellini, 1952
La Famille Tenenbaum (The Royal Tenenbaum), Wes Anderson, 2001
Furyo (Merry Christmas Mr. Lawrence), Nagisa Oshima, 1983
Le Géant de fer (The Iron giant), Brad Bird, 1999
Ghost in the shell (Kôkaku kidôtai), Mamoru Oshii, 1995
Gremlins 2 (Gremlins 2 : the new batch), Joe Dante, 1990
Hatari !, Howard Hawks, 1962
Heat, Michael Mann, 1995
Husbands, John Cassavetes, 1970
Il était une fois la révolution (Giù la testa), Sergio Leone, 1971
Incassable (Unbreakable), M. Night Shyamalan, 2000
L'Impasse (Carlito's way), Brian DePalma, 1993
Jackie Brown, Quentin Tarantino, 1997
Jin-roh (Jin-rô), Hiroyuki Okiura, 1998
Kids return, Takeshi Kitano, 1996
The Killer, John Woo, 1989
King Kong, Ernest B. Schoedsack+Merian C. Cooper, 1933
Lawrence d'Arabie (Lawrence of Arabia), David Lean, 1962
Light sleeper, Paul Schrader, 1992
La Ligne rouge (The Thin red line), Terence Malick, 1998
Little big man, Arthur Penn, 1970
Lost highway, David Lynch, 1997
Les Lumières de la ville (City lights), Charles Chaplin, 1931
Magnolia, Paul Thomas Anderson, 1999
Mar adentro, Alejandro Amenabar, 2004
Marathon man, John Schlesinger, 1976
Miller's crossing, Coen bros., 1990
Missing, Costa-Gavras, 1982
M le maudit (M), Fritz Lang, 1931
Nosferatu (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens), Friedrich W. Murnau, 1922
Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati), Ettore Scola, 1974
La Nuit américaine, François Truffaut, 1973
La Nuit des morts vivants (Night of the living dead), George A. Romero, 1968
Les Nuits de Cabiria (Le Notti di Cabiria), Federico Fellini, 1957
Pain et chocolat (Pane e cioccolata), Franco Brusati, 1973
Parle avec elle (Hable con ella), Pedro Almodóvar, 2002
Patton, Franklin J. Schaffner, 1970
Pink Floyd the wall, Alan Parker, 1982
Princesse Mononoke (Mononoke-hime), Hayao Miazaki, 1997
Les Proies (The Beguiled), Don Siegel, 1971
Promenade avec l'amour et la mort (A walk with love and death), John Huston, 1969
Que la fête commence..., Bertrand Tavernier, 1975
Les Raisins de la colère (The Grapes of wrath), John Ford, 1940
La Règle du jeu, Jean Renoir, 1939
Le Roi et l'oiseau, Paul Grimault, 1980
Seul au monde (Cast away), Robert Zemeckis, 2000
S.O.B., Blake Edwards, 1981
La Soif du mal (Touch of evil), Orson Welles, 1958
Soleil trompeur (Utomlyonnye solntsem), Nikita Mikhalkov, 1994
Sueurs froides (Vertigo), Alfred Hitchcock, 1958
Le Talentueux Mr Ripley (The Talented Mr. Ripley), Anthony Minghella, 1999
The Thing, John Carpenter, 1982
Tigre et dragon (Crouching tiger, hidden dragon), Ang Lee, 2000
Titanic, James Cameron, 1997
True Romance, Tony Scott, 1993
Une étoile est née (A star is born), George Cukor, 1954
La Vie de Brian (Life of Brian), Terry Jones, 1979
La Vie de bohème, Aki Kaurismaki, 1992
La Vie est belle (It's a wonderful life), Frank Capra, 1946
Voyage au bout de l'enfer (The Deer hunter), Michael Cimino, 1978
West side story, Robert Wise+Jerome Robbins, 1961
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par ÉLias_
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Kino
Prigione di donne (Pénitencier de femmes perverses), Brunello Rondi, 1974Injustement incarcérée pour une histoire de trafic de drogue, une jeune Française découvre l'horrible réalité des prisons pour femmes. Progressivement, elle va passer de l'humiliation à la révolte.
J'avoue avoir beaucoup apprécié l'inattendue et surprenante poésie à l'oeuvre dans ce film. Brunello Rondi part en total freestyle, sans doute pas aidé par le remontage nawakesque des distributeurs français (raccords son/image régulièrement foirés). Les réactions des personnages, leurs dialogues semblent constamment à côté de la plaque, jouant la carte de l'excès pour rien et laissant à chaque fois le spectateur aterré par l'incongruité de certaines scènes : l'hystérie collective des détenues devant des images de bateaux de pêche, l'héroïne hurlant « Martine ! Je m'appelle Martine ! Entendez mon nom ! », les crises de larmes de ladite Martine devant le feu de joie des prisonnières révoltées. Un spectacle véritablement fascinant. J'attendais chaque nouvelle scène avec une vraie gourmandise tout en flippant quand meme pas mal en me disant que c'est bien le même Rondi qui a scénarisé ces merveilles que sont Europa '51, La Dolce vitta ou Fellini Satyricon. Comment garder son sérieux face à un dialogue tel que celui-ci, murmuré sur un bout de couette dans la cellule :
— J'entends des pleurs... ou des chants... quelqu'un qui pleure... quelqu'un qui chante...
— Ce sont les murs... les murs qui chantent...
— Ce sont les murs... les murs qui chantent...

On notera que les interprètes principales sont un peu trop jolies pour être honnêtes (parmi elles, la coléreuse Marilù Tolo qui a joué dans pas mal de westerns spaghetti) et que la protagoniste injustement emprisonnée fait franchement peu d'efforts pour démontrer son innocence. On sent que le réalisateur est en colère, dénonçant les institutions aussi bien familiales que religieuses, politiques ou sociales (le directeur de la prison et l'avocat sont deux croûlants). Ce violent réquisitoire est sans doute sincère, le générique mentionne d'ailleurs la présence d'un criminologiste comme consultant. Mais ces visées sont bien vites ruinées par tous les inserts pornos, scènes de douche, masturbation, striptease qui remettent bien vite le film sur les rails du pur cinéma d'exploitation. Si on devait en tirer une morale, ce serait : Méfiez-vous des ruines ! On y rencontre des jeunes drogués qui vous planquent des sachets pas nets dans les poches au moment où les flics décident de faire une rafle.
Emanuelle fuga dall'inferno (Révolte au pénitencier de filles), Bruno Mattei, 1983Une violente rivalité oppose deux prisonnières au sein d'une administration passablement corrompue. Une bande de dangereux hors-la-loi investit le lieu et va tenter d'obtenir sa liberté par une sanglante prise d'otage.
De la part de Bruno Mattei, je ne m'attendais pas à une mise en scène aussi soignée. Il y a une vraie ambition formelle : éclairages moches mais travaillés, vrais travellings, composition savante du cadre. Wow, Mattei tente des trucs. Son film est un représentant tardif — donc dégénéré — du genre, avec cette intrusion de quatre bandits psychopathes qui prennent les détenues en otage. On bascule alors dans le film d'action (poursuite en bagnole, fusillades, etc.), mixé avec un environnement rendu d'autant plus sordide que la production a manifestement peu de moyens. Le titre français est d'ailleurs assez bidon, étant donnée l'absence de révolte. J'ai bien aimé l'assaut minable du GIGN local mené par un sosie de Jean Lefebvre, molasson comme c'est pas permis (trois d'entre eux portent un masque à gaz sauf le quatrième qui s'encombre d'une caméra). Mention spéciale à "Helmut", le méchant aryen pas blond mais complétement ouf, cabotin impayable, tract vivant pour la méthode Stanislavsky et dont j'espérais une fin plus gore (on échappe de peu à l'éviscération).

"Star" du film, la Black "un seul m" Emanuelle Laura Gemser est catastrophique et son personnage est sans doute le moins intéressant du lot. L'intrigue se résoud avec une cavalcade à pieds hilarante entre deux mecs bien handicapés par leurs blessures et une Emanuelle qui suit derrière comme une roue de secours. Sinon, les gueules sadiques en très gros plan des matonnes ont failli me faire cauchemarder.

La fin est bien cocasse également. Alors qu'elle est emprisonnée à tort et qu'elle a prêté main-forte aux autorités, Emanuelle retourne derrière les barreaux avec la promesse bidon que son procès sera favorablement révisé. Vu l'état du système judiciaire dont témoigne le délabrement du décor qui sert de prison, on devine qu'elle pourra encore y croûpir le temps de 2 ou 3 autres films, celui-ci étant déjà une suite. Et tout ça se termine sur ce dialogue vertigineux qui laisse le spectateur sortir de la salle la tête remplie de passionnantes réflexions métaphysiques :
— Vous pensez que tout ce sang versé aura changé quelque chose ?
— ...peut-être.
— ...peut-être.
par ÉLias_
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par ÉLias_
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