Extrospection

Un titre générique pour caser et partager mes passions, mes créations. Cinéma, musica, dessin et bouquins sont de la partie. Bref, les bouts de cervelle qui animent le specimen ÉLias_

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Mercredi 7 mai 2008

Le 4e numéro du zine Soudain ! est en passe d'être bouclé et promet de très jolies pages. Tu pourras notamment y retrouver mes treize planches d'...encore parmi les vivants, un récit autobiographique publié précédemment en ces lieux et que j'ai légérement retouché/reformaté pour sa version papier. Renseignements et commande directement sur le site de l'asso Vide-cocagne. Quelques auteurs seront également présents ce week-end à Cholet, dans le cadre du festival de la BD engagée.



Samedi 3 mai 2008
Samedi 26 avril 2008
Mardi 22 avril 2008

Gojira (Godzilla), Inoshiro Honda, 1954
Avec ce film, Honda livrait pour les studios Toho le maître étalon d'un genre qui allait devenir très populaire au pays du soleil levant : le "kaiju eiga" ou film de monstres géants. Par son ton constamment grave, ce Gojira premier du nom demeure sans doute comme son représentant le plus digne. Le film bénéficie de plus de la présence de l'immense Takashi Shimura, alors que ses rejetons n'auront droit qu'à des acteurs de seconde zone. Avec un noir et blanc propice à l'émergence de visions terrifiantes au réalisme quasi documentaire, porté par le thème musical bien inquiétant d'Akira Ifukube, le réalisateur montre bien l'effarement qui saisit une population face à une catastrophe aussi incroyable. Héritier direct des monstres créés par Willis O'Brien pour The Lost world (Hoyt, 1925) et surtout King Kong (Cooper+Schoedsack, 1933), Godzilla est surtout l'incarnation du traumatisme de la bombe atomique. Terre de catastrophes naturelles, le Japon subissait en 1945 un désastre qui allait profondément marquer son imaginaire. Les ruines et la menace d'un cataclysme deviennent alors la principale phobie d'un peuple, et l'on ne compte plus les films et les mangas qui mettent en scène des mégalopoles réduites en poussière. Symboles de la vanité humaine, de l'inconscience scientifique, de l'égoïsme politique. Créature antédiluvienne éveillée par les bombardements nucléaires, le lézard géant au souffle radioactif renvoie l'homme à sa mauvaise conscience. La victoire finale des humains ne suscitera nulle réelle exaltation, car nous savons désormais que rien ne nous préserve d'encourir prochainement une nouvelle colère divine.



Sora no daikaijû Radon (Rodan), Inoshiro Honda, 1956
Le ptérodactyle géant (Radon en VO) est un de mes streumons nippons préférés. J'aime sa silhouette et le déplacement d'air qu'il provoque et qui emporte tout sur son passage, pareil au souffle d'une explosion atomique. Néanmoins, il faut bien le dire, ce film est franchement peu imaginatif, ou bien il a perdu de son impact après tant d'autres oeuvres du même genre. En effet sur le plan du récit le spectateur a, non pas une longueur d'avance sur les personnages, mais 25 : le film s'appelle Rodan, il y a un gros monstre ailé sur l'affiche, pas la peine de tenter de nous tenir en haleine sur ses mystérieuses manifestations, le suspense est éventé. Si au moins il y avait une intrigue avec les humains digne de ce nom. Mais non, contrairement à la plupart des kaiju eiga qui s'arrangent toujours pour avoir une narration même empreinte de naïveté, ici c'est plat. Toute la première heure est ainsi consacrée aux différentes investigations des hommes au sein d'une mine ou d'un cratère, succession de scènes de réunion entre pseudo-scientifiques et militaires. Pas de héros à suivre, et l'ennui finit par pointer malgré les apparitions tout de même sympathiques d'une espèce de fourmi géante au cri horripilant. Plastiquement, le film nous offre heureusement de jolies images en Technicolor, tant dans la mine que sur les pentes des montagnes. Le plus gros défaut du film est qu'on ne voit pas assez Radon. Parce qu'une fois sorti de son trou, son carnage en ville est vraiment réussi, avec des maquettes non seulement très détaillées mais magnifiquement détruites. Oeuvres du magicien Eiji Tsuburaya, les immeubles miniatures se désagrègent en effet avec un réalisme stupéfiant. Certes, l'animal n'a aucune grâce dans son pitoyable battement d'ailes, et les câbles qui le soutiennent sont un peu trop souvent visibles. Mais sa menace est bien réelle, surtout lorsqu'un second spécimen le rejoint dans la mêlée. Bien qu'émouvante comme il se doit, la fin des deux compères est quand même un peu minable. On a droit à 10 minutes de plans d'explosion et de roquettes qui s'envolent, déclenchant une éruption volcanique et la mort des bestiaux sans plus de résistance que cela.



Furankenshutain no kaijû : Sanda tai Gaira (La Guerre des monstres), Inoshiro Honda, 1966
Assurément l'un des plus beaux kaiju eiga que j'ai pu voir. À première vue, le film ne se détache pas vraiment du genre en ce qui concerne les personnages humains et l'intrigue : même schéma narratif éculé (manifestations du monstre, incrédulité des autorités, déploiement lassant de forces militaires), interprétation au rabais (et Russ Tamblyn en western guest star), personnages aux réactions/déductions consternantes, etc. Mais ça se suit sans ennui, et ces "légèretés" font partie du charme. Akira Ifukube est toujours de la partie et compose un chouette thème avec des envolées de trompettes, ainsi qu'une chanson pop en anglais assez marrante. L'essentiel étant bien sûr les gros monstres qui bénéficient ici d'un traitement royal. Peut-être parce qu'ils sont humanoïdes, les deux géants semblent d'une expressivité bien plus poussée que les mutants caoutchouteux de la bande à Godzilla. Du coup, leur relation est vraiment intéressante, basculant tragiquement du soutien fraternel à l'affrontement fratricide. L'un étant bon et proche des humains, l'autre n'étant qu'une brute, Honda évite de verser trop facilement dans le manichéisme et crée des images d'une inattendue poésie, comme celle qui surprend un des monstres en train de s'abreuver paisiblement à un fleuve. Les combats sont plus gargantuesques que jamais avec des maquettes généreusement maltraitées. Les décors surprennent d'ailleurs par leurs vastes dimensions, offrant ainsi des plans assez inédits et très dynamiques. Le spectacle est aussi violent que fascinant et le film se conclut sur une note pleine d'inquiétude puisqu'on nous balance le générique de fin sans même confirmer la mort des monstres. Nous sommes encore dans la période sérieuse du genre, avant l'infantilisation dans laquelle il va bien vite sombrer.



Kaijûtô no kessen : Gojira no musuko (Son of Godzilla/La Planète des monstres), Jun Fukuda, 1967
Un scénario particulièrement insipide qui met en scène une équipe de scientifiques de pacotille isolés sur une île peuplée de monstres géants : mantes religieuses volantes, araignée et surtout Godzilla et son immonde rejeton. Ce foisonnant bestiaire va malheureusement susciter peu d'enthousiasme, la faute sans doute à la réalisation de Jun Fukuda, désespérante de mollesse. Ce décor d'île déserte se révèle n'être qu'un cache misère, le budget maquettes étant ainsi réduit au minimum. Il semble qu'il en fut de même pour le budget costumes, car on a vraiment l'impression qu'ils ont tous été fabriqués à partir de matériaux moisis. Et que dire du budget son ? Les cris du bébé Godzilla, véritable étron sur pattes baptisé Minya, sont encore plus horripilants que ceux de son père. C'est bien simple, on a envie de lui coller des baffes à chacune de ses apparitions. Le Roi lézard n'est plus la bête qui fait peur, le spectateur peut désormais éprouver de la sympathie pour lui. Clairement destiné aux enfants, le film est assez écoeurant par son ton bêtifiant (bébé Godzilla se gamelle, chiale, apprend à cracher son souffle atomique comme papa, etc.), les combats entre monstres sont d'une paresse innommable. À ce niveau-là, ce n'est même plus une question de mauvais goût, parce qu'alors, il y aurait encore du goût, même mauvais. On en retiendra heureusement une bien belle image finale, où père et fils s'étreignent sous la neige, attendant d'être congelés.



Kingu Kongu no gyakushû (La Revanche de King Kong/King Kong s'est échappé), Inoshiro Honda, 1967
La Toho fête ses 35 ans alors la RKO lui prête son King Kong pour cette adaptation sur grand écran d'une populaire série animée américaine. Financé par une puissance internationale inconnue (mais assurément asiatique) le Docteur Wu et sa cape de Comte des Carpates conçoivent depuis leur base du Pôle Nord un plan machiavélique pour dominer le monde. Le savant fou a trouvé le moyen d'extraire l'élément X (sic), un minerai radioactif surpuissant, en fabriquant un robot géant de simiesque apparence : MekaniKong. Malheureusement, cette terrifiante machine ne supporte pas le rayonnement magnétique. Wu et ses sbires débarquent alors sur l'île Mondo pour refourguer le boulot à Kong mais une équipe de scientifiques de l'ONU va contrer ses plans. Après le bâtard King Kong vs. Godzilla, Honda est certainement très heureux de pouvoir rendre à nouveau hommage au film fondateur de Cooper et Schoedsack débarrassé du lézard. Il en profite pour remaker l'affrontement entre un T-Rex et Kong pour les beaux yeux d'une potiche blonde (du genre qui trébuche en fuyant). Affrontement qui tourne cependant vite au burlesque, le dinosaure n'hésitant pas à balancer ses deux pattes arrières dans la face du roi singe. C'est rigolo et en même temps ça fait de la peine pour la simple raison que le look de Kong est une catastrophe : tronche de papier mal mâché, yeux vitreux, bouche inexpressive, air débile. La huitième merveille du monde a pris un sacré coup de vieux. La complicité qui va naître entre l'animal et la potiche réussit néanmoins à faire naître un très léger soupçon d'émotion lorsque le gorille est filmé de dos, bien aidé par un joli thème mélancolique d'Ifukube. Mais dès qu'un contrechamp nous replonge dans son regard, on se marre en ayant presque honte. Au final, le réalisateur laisse quand même trop peu de place à ses monstres, et les scènes d'inspiration jamesbondienne avec les humains ont trop peu d'originalité et de folie pour vraiment passionner. On sourit à peine de l'avalanche de clichés (les sbires incapables, les gadgets, les ordinateurs à loupiottes qui se dérèglent, la partie d'échec pour bien faire comprendre qu'on a affaire à un génie du mal-mouahaha). Le duel très attendu entre Kong et son rival robotique s'avère particulièrement mou et peu cinégénique. Le superbe décor glacé du Pôle Nord était prometteur mais c'est au sommet de la Tour de Tokyo qu'aura lieu ce climax, les deux géants se contentant paresseusement de se coller des baffes jusqu'à ce que le méchant tombe, préservant un peu trop les maquettes d'immeubles. Bref, un honnête représentant d'un genre qui continue très sérieusement à dégénérer mais pas plus attachant que ça.



Kaijû sôshingeki (Destroy all monsters/Les Envahisseurs attaquent), Inoshiro Honda, 1968
The mega kaiju party ! Quinze ans après avoir créé le genre, la Toho proposait en effet de rassembler tout son bestiaire pour un grand baroud d'honneur. L'action se situe dans un futur proche, où les monstres ont été parqués sur l'île de Monsterland observée par des scientifiques sous mandat de l'ONU (Michael Crichton a-t-il vu ce film avant d'écrire son Jurassic park ?). On y retrouve entre autres, dans des costumes hélas pas reprisés pour l'occasion, Radon mon chouchou, Mothra revenue à l'état de mite géante, Manda la corde à linge, ce crétin d'Anguilas le porc-épic, évidemment Godzilla le king lizard en personne et malheureusement aussi Minya, son repoussant fiston. Plus la peine de créer du mystère, les créatures nous sont présentées en pleine lumière, sans plus de manière. La petite bande cohabite tranquille jusqu'au jour où une explosion détruit les barrières de sécurité qui les maintenaient dans l'île. Et c'est le lancement d'une grande tournée mondiale : Anguilas à Paris ! Godzilla à New York ! Rodan à Moscou ! Mothra à Pékin !... Seule Tokyo est un temps épargnée, les Japonais découvrant alors que les monstres sont téléguidés par des extraterrestres qui souhaitent envahir la Terre. Le film baigne dans une esthétique clairement pop art, avec ces costumes et décors aux couleurs primaires très primaires. Mention spéciale aux combinaisons des pilotes de la fusée lunaire et à leur casque modèle "tête de gland". L'intrigue avec les humains est très rigolote à suivre et parfois non dénuée de poésie. Ainsi les Killacs, des limaces baveuses extraterrestres qui se présentent aux humains sous la forme de jeunes filles au sourire étrange vêtues de capes à paillettes argentées, énonçant avec un calme glaçant la prochaine destruction de la civilisation terrienne. La photographie est souvent belle. Les thèmes musicaux d'Akira Ifukube s'expriment avec ampleur. Honda retrouve son poste de réalisateur et ça fait vraiment toute la différence avec l'incompétence d'un Jun Fukuda. Plans et cadrages dynamiques, avec des mouvements de caméra souvent saisissants qui parviennent enfin à donner toute la mesure de la puissance des monstres. Ce film sera l'un des derniers sur lequel oeuvrera Eiji Tsuburaya, responsable des effets spéciaux de la série et pratiquement l'inventeur du genre. Que ce soit en ville ou dans la campagne, les scènes de destruction et de baston sont toutes jubilatoires. L'intégralité du film ayant été tourné en studio, tous les plans larges d'extérieurs s'avèrent être des maquettes. Le climax nous offre un affrontement au pied du Mont Fuji entre tous les monstres qui se rangeront finalement du côté des humains et mettront une sévère déculottée à Ghidrah l'hydre volante à trois têtes. La bande son est alors sursaturée de samples de cris. À la fin, les kaiju sont quasiment devenus nos potes, guidés par leur seul instinct de protecteurs de la Terre. Ils retrouvent leur île et adressent de grands signes d'adieu aux spectateurs. Un excellent spectacle, plutôt bon enfant mais pas puéril.



Chikyû kogeki meirei : Gojira tai Gaigan (Godzilla vs. Gigan/Objectif Terre, mission apocalypse), Jun Fukuda, 1972
Là c'est du lourd, du vrai et bon nanar. Le scénar, crétinoïde au possible, enfile les invraisemblances comme des perles, la direction d'acteur est laissée en jachère, et l'infâme Fukuda fait un usage éhonté de stock-shots issus de précédents films de la série, avec faux raccords de rigueur qui ne cherchent même plus à duper qui que ce soit. Le spectateur s'inquiète d'une telle sécheresse d'inspiration dans la mise en scène des combats. Godzilla et son pote Anguilas vont une nouvelle fois protéger la Terre (enfin plutôt un terrain vague de la banlieue de Tokyo où a été construit un parc d'attraction), de l'invasion extra-terrestre (des cafards ayant pris l'apparence d'humain) qui contrôlent Ghidrah et Gigan. Ce dernier est un nouveau venu au design aberrant à base de scie circulaire dans le bide. Ici, on atteint un palier supplémentaire dans la misère des maquettes et la moisissure des costumes et on devine que la Toho cherche à faire du blé en en dépensant le moins possible puisque même le scénario pue le recyclage. Jamais Godzilla n'est apparu aussi facilement identifiable à Casimir, et il faut le voir dialoguer avec Anguilas à coup d'incrustation de phylactères ! On est dans l'infantilisme le plus irresponsable, le tout enrobé par une direction artistique très pop 70's c'est-à-dire ultra-kitsch. Les séquences avec les humains valent leur pesant de nanardise, ce qui fait qu'on se marre bien pendant tout le film, sans jamais s'ennuyer tant les péripéties sont généreusement consternantes, sans oublier l'inévitable discours moralisateur sur les risques du progrès avec ces machines qui peuvent aussi être sources de destruction pour l'homme. Amen.



Mekagojira no gyakushu (MechaGodzilla contre-attaque/Les Monstres du continent perdu), Inoshiro Honda, 1975
Dernière réalisation de Honda, quinzième film de la série. C'est la suite directe de Godzilla contre Mekanik monster (1974), et le scénario ne fait aucun effort pour justifier une reprise aussi peu imaginative des mêmes éléments : une race d'extraterrestre aux embarrassants costumes et au rire gras envisage de raser Tokyo car l'humanité l'a bien mérité. Ils reconstruisent pour ce faire les morceaux de MechaGodzilla, double robotique de Godzilla que ce dernier avait pourtant déjà vaincu dans le précédent épisode (c'est là que le spectateur commence sérieusement à se demander si on se foutrait pas un peu de sa gueule, à force) et s'adjoignent en plus les services de Titanosaurus, un genre de serpent de mer plutôt réussi. Cette fois, les maquettes de ville et les explosions sont plus présentes et assez spectaculaires, les combats sont nombreux, dynamiques et enfin lisibles, même si on n'échappe pas aux stock-shots du sempiternel défilé de forces armées. C'est toujours rigolo de voir ces monstres en caoutchouc se filer des claques et des kicks même quand leur adversaire est à terre, et rivaliser avec leurs insupportables cris monotones. Les personnages humains sont relativement plus complexes (enfin, faut voir d'où on est parti), avec notamment ce savant fou-mais-en-fait-gentil, désireux de se venger de l'incompréhension de ses compatriotes, et sa malheureuse fille-cyborg plusieurs fois victime de ses expériences. Ce qui n'empêche pas les situations d'être toujours aussi débiles. Ici Godzilla est clairement le sauveur de la Terre et l'ami des enfants, débarquant pour fritter les deux monstres alors que personne ne lui a rien demandé, pile au moment où des crétins de mômes vont être écrasés sous le pied de Titanosaurus. On notera d'ailleurs que, contrairement aux films précédents, on voit un peu plus les réactions de la population fuyant à l'arrivée des monstres, sous les appels au calme des haut-parleurs. Mais il ne semble jamais y avoir de victimes alors que des quartiers entiers sont dévastés. Bref, c'est un peu n'importe quoi mais ça reste distrayant.



Gojira (The Return of Godzilla/Godzilla 1985), Koji Hashimoto, 1984
Pour son 30e anniversaire, Godzi revient et il est pas content. Fini le Casimir radioactif moisi, le gentil protecteur des petits écoliers nippons. On demande au spectateur de faire comme si rien ne s'était passé depuis le premier film de Honda. Le monstre fait peau neuve, avec un corps aux articulations un peu plus dynamiques, et une gueule en animatronic davantage mobile, que le réalisateur filme non sans une certaine complaisance bien qu'elle demeure totalement inexpressive. Le début est assez sympathique et donne le ton avec son ambiance de film d'horreur à la The Thing (un cargo abandonné avec une grosse limace planquée). Puis il faut laisser le temps aux scientifiques de mettre un nom sur la nouvelle menace. Le scénario s'attarde sur les conséquences au niveau de la diplomatie internationale. On est en pleine guerre froide et le Japon assiste, impuissant, à la rivalité des deux grandes puissances qui cherchent le moindre prétexte pour tester leur armement. Cet arrière-plan sur la peur du nucléaire est un retour aux sources bienvenu et plutôt bien traité, Godzilla étant explicitement comparé à une bombe atomique sur pattes. La naïveté reste toutefois de mise : les déductions du scientifique font sourire, et on est consterné par la présence d'une nouvelle gourdasse qui ne sert à rien d'autre qu'à ralentir la fuite des héros en se vautrant lamentablement dès qu'elle court plus de trois foulées. Cette fois, le roi des monstres est entouré par des gratte-ciels qui font plus de deux fois sa taille, ce qui renouvelle pas mal l'imagerie du genre. En contrepartie, les maquettes sont moins détaillées que d'habitude. Les plans sont chouettes, avec de jolis effets de lumière mais Hashimoto s'endort un peu devant. Le spectacle est mou des écailles et il n'y a guère plus de 5 minutes de vraie baston. Le final quand à lui est plus émouvant que jamais, les humains regardant avec des larmes plein les yeux le lézard géant sombrer dans la lave d'un volcan.



Gojira tai Biorante (Godzilla vs. Biollante), Kazuki Omori, 1989
Second film de cette série post-84. Chaque opus consiste désormais à tester une nouvelle technologie pour anéantir une bonne fois pour toutes un Godzilla redevenu menaçant. L'intrigue proprement dite n'est pas inintéressante, entre espionnage international et biotechnologies. Mais la réalisation est vraiment mauvaise, la musique assez foireuse et presque toujours à côté de la plaque, le comportement des personnages souvent crétin, les acteurs très nuls, et on n'échappe pas au pénible ton sentencieux. Alors on se contente d'attendre les scènes avec Godzilla. On y note d'heureuses améliorations de son costume, de beaux aperçus de sa gueule béante avec sa langue et ses dents articulées. Même s'il ne s'y attarde pas, Godzi traîne un peu à Osaka, ce qui permet d'admirer de très belles maquettes de gratte-ciels. Ça explose bien, mais le lézard est par trop invincible, jamais on ne sent l’impact des balles et missiles qu’il reçoit. La violence n’est par contre plus suggérée lorsqu’il se fait bouffer et transpercer par les tentacules de Biollante. Cette créature génétiquement modifiée, oeuvre de la science des hommes, est particulièrement impressionnante, notamment dans sa dernière mutation.  Quelques séquences de face à face silencieux entre Godzilla et des humains isolés sont de même assez fortes.



Gojira vs. Mekagojira (Godzilla vs. Mechagodzilla II), Takao Okawara, 1993
L'un des opus les plus réussis de cette période. Visuellement le costume de Godzilla gagne encore en expressivité et il est même franchement terrifiant dans certains gros plans. C'est également le grand retour de Rodan et leurs affrontements sont tout à fait jouissifs et violents, bien soutenus par une mise en scène inventive, offrant quelques vues subjectives plutôt efficaces. Ces deux vétérans vont passer un très mauvais quart d'heure dès l'instant où Mechagodzilla intervient. Rien à voir avec le mecha d'autrefois qui était contrôlé par de méchants envahisseurs aliens : ici, le robot est le dernier espoir des Japonais. Terrassés à plusieurs reprises, les monstres ressuscitent et gagnent en puissance, et on apprend au passage que Godzilla possède un deuxième cerveau situé dans le fondement (chacun en tirera les conclusions qui s'imposent). Les décors sont bien variés, nous promenant de l'île déserte à la verte campagne, de la vieille ville de Kyoto à la zone industrielle, sous des éclairages tantôt nocturnes tantôt diurnes. À côté de ça, on est obligé de se gaver Godzilla Jr, certes relooké et moins tête à claque que celui d'il y a 20 ans, mais toujours agaçant dans son chantage à l'émotion. Les humains quant à eux ont cessé de se prendre la tête. Nulle rivalité ou trahison, pas de morale anti-scientiste, les enjeux sont simples : il faut régler son compte à Godzilla. Le monstre est néanmoins toujours personnifié de telle sorte qu'on ne se réjouisse jamais de ses défaites. Même en lui défonçant la gueule comme rarement, les humains ne se départissent jamais d'un certain respect, et ils le regarderont en tout sérénité s'enfoncer dans l'océan avec son rejeton retrouvé. Comment ça, déjà vu ?



Gojira vs. Supesugojira (Godzilla vs. SpaceGodzilla), Kensho Yamashita, 1994
40 bougies et un nouveau retour en arrière, puisque Gojira redevient le sauveur de la Terre. On le voit en effet "s'associer" aux humains dans leur combat contre le SpaceGodzilla, un monstre assez impressionnant, double maléfique né d'une mutation de cellules godzillesques qui se baladaient dans le cosmos. Bébé Godzi revient faire son intéressant tandis que des mini-Mothra se joignent à la fête. Les humains combattent à bord de Mogera, un robot géant franchement peu efficace. On retrouve également Miki la télépathe, personnage croisé régulièrement dans la série à partir de Godzilla vs. Biollante. Le début se passe dans une île du pacifique, fidèle en cela aux films des 60's. On tente diverses expériences sur la bête avant que n'arrive son cousin spatial qui devient un enjeu bien plus inquiétant. Les affrontements sont spectaculaires mais manquent un peu trop de corps à corps à mon goût, les monstres se contentant de se cracher leurs rayons à la gueule. C'est joli mais un peu répétitif et il y a peu de destruction. Une fois en ville, SpaceGodzilla fait sortir des cristaux géants du sol, et la baston se déroulera entièrement dans ce paysage irréel. Vu le film dans sa version américaine et je soupçonne un remontage à la sauvage, tant les transitions sont abruptes et le doublage aberrant. Pas un seul dialogue qui semble à sa place. L'intrigue en devient sympathiquement nanaresque, le film se résumant à de l'action non-stop. Je ne sais pas si la musique est d'origine mais elle est particulièrement en verve ici. On notera l'avertissement final comme quoi, à force de polluer la Terre, on mériterait bien de se ramasser d'autres résidus from outer space. C'est pas faute d'avoir prévenu.



Gojira : fainaru uôzu (Godzilla final wars), Kitamura, 2005
Kitamura assume l'héritage nanaro-kitsch de la série en revenant à ses fondamentaux : complots extraterrestres, acteurs d'opérette, péripéties débiles. Le film pourrait donner l'impression d'avoir été pensé pour une exportation facile (présence du gweilo Don Frye en gros bourrin ricain punchliner, seul personnage à parler inexplicablement anglais pendant tout le film, et à converser ainsi avec les Japonais). Cela faisait d'ailleurs une éternité que la franchise n'avait pas bénéficié d'une distribution internationale. Le réalisateur s'attarde malheureusement sur une intrigue assez hors-sujet à base d'affrontements pénibles entre humains mutants et aliens. La mise en scène est rarement de très bon goût, multipliant des effets branchouilles déjà datés, la palme revenant à une scène de poursuite en moto qui multiplie sans raison les cabrioles insensées. Par contre la séquence où la troupe de militaires affronte un homard géant dans une usine est bien impressionnante. Et c'est bien ça que souhaite le public. Voir en action le gros lézard et ses copains en mousse. De ce point de vue là, les espoirs sont largement récompensés. C'est même l'un des kaiju eiga les plus spectaculaires qu'il m'ait été donné de voir. Rarement, j'ai eu l'impression d'une dévastation aussi radicale de la planète. Le dynamisme des combats est poussé plus loin que tout ce qui s'est fait auparavant. Le Roi des monstres n'a d'ailleurs jamais été aussi balèze. Alors que dans les films précédents il passait toute la longueur du métrage à affronter un ou deux adversaires, il terrasse ici les mêmes en quelques minutes seulement, au grand désespoir du chef des méchants, obligé de sortir de sa manche un nouveau golgoth. Final wars est bien un film conçu par et pour des fans, à l'image du générique d'ouverture qui convoque des extraits des précédentes aventures de Godzilla. Voir défiler la quasi-intégralité du bestiaire de la Toho dans des décors clins d'oeil (les grandes mégalopoles mais aussi les décors exotiques des îles) procure une intense jubilation. Un spectacle très référencé, donc, nostalgique mais pas rétrograde. La suit-motion n'a pas dit son dernier mot face aux effets numériques.
par ÉLias_ publié dans : Kino
Vendredi 18 avril 2008


Quel étrange destin parfois que celui de quelques planches de bandes dessinées. En février 2005, à l'occasion du Oz #12 spécial femmes, j'attaque le scénario et le storyboard d'un récit intitulé Aux abonnés absents. Il s'agit d'un nouvel égarement de Manuel K où — coquetterie de ma part — ce dernier n'apparaît pas physiquement.








Au mois de mai, pas du tout satisfait du rendu de ces premières pages, je lâche l'affaire. Ce n'est qu'en juin 2007 que je ressors cette histoire de mes cartons, dans l'idée de la proposer à Turkey comix. J'affine un peu le scénario et aère le storyboard.



J'avais montré le résultat ici et .
Aujourd'hui ces huit pages paraissent dans le numéro 15 de Bahniwé, qui sera présenté en avant-première ce week-end au festival de Perros-Guirec.



par ÉLias_ publié dans : Gribouille
Mardi 15 avril 2008

K

1996


1997


1999


2003


2006


2007


2008

Vendredi 11 avril 2008
« Toute l’oeuvre de Chirico n’est en réalité qu’une longue autobiographie, transposée, comme sur une scène de théâtre, en figures changeantes et insaisissables en tant que réalité — parce que la réalité n’existe pas —, mais plus vraies et durables que la réalité elle-même, par la force symbolique que leur art leur confère. »
Paolo Baldacci, Giorgio De Chirico 1888-1919, la métaphysique



Automne 1906, le jeune peintre Giorgio de Chirico s’inscrit à l’Académie des Beaux-arts de Munich. Souffrant régulièrement d’une affection intestinale, alité, il lit beaucoup et se passionne en particulier pour la philosophie de Nietzsche, Schopenhauer et Héraclite. C’est sa lecture de Des fins ultimes du Viennois Otto Weininger, où apparaît la notion de métaphysique géométrique, qui lui inspirera la formule “pittura metafisica”. Par la suite, les villes italiennes (Florence, Turin) vont nourrir son imaginaire et lui révéler pleinement cette perception métaphysique de l’espace et des objets. De Chirico abandonne progressivement ses premières influences (Böcklin) et élabore dans ses nouveaux tableaux — Les Énigmes — des atmosphères fortement marquées par la mélancolie nietzschéenne. En 1911, il adopte la pose du philosophe pour son premier autoportrait métaphysique. L'artiste conçoit les incursions de phrases latines dans cet autoportrait et ceux qui vont suivre sous l’influence directe de Dürer et des peintres de la Première Renaissance italienne (Masaccio, Botticelli). La phrase « Et quid amabo nisi quod aenigma est ? » (qu’aimerais-je, hors l’énigme ?) annonce l’autoportrait de 1920 où De Chirico porte une pancarte avec l'inscription « Et quid amabo nisi quod rerum metaphysica est ? » (qu’aimerais-je, hors la métaphysique des choses ?).


De Chirico s’est beaucoup exprimé sur sa technique et ses inspirations mais peu sur le sens de sa peinture, laissant le champ libre aux extrapolations de toutes sortes. Dans leurs textes, Breton, Apollinaire ou Calvino s’imaginent en balade dans les cités vides du peintre, terra incognita où chacun peut projetter sa psyché. Dans Composition métaphysique, autoportrait (1913), De Chirico est à l’état de fragments, soit autant d’éléments métaphoriques/métaphysiques qu’on retrouve dans d’autres toiles qui alors pourraient prétendre elles-aussi au statut d’autoportraits métaphysiques. Ainsi les mannequins et statues, figures emblématiques d’une mythologie toute personnelle. « À son image Dieu a fait l’homme, l’homme a fait la statue et le mannequin », écrivait Breton dans Les Pas perdus.

La ressemblance entre le peintre et son portrait n’est jamais mise en cause. Pas de déformation, pas d’altération. La stylisation est dans la pose, dans l’environnement. À ce titre, les autoportraits costumés des années 1940 cessent-ils vraiment de révéler l’essence de son être, sa métaphysique ? Les yeux du peintre restent tournés vers l’extérieur, vers le spectateur, renvoyant celui-ci en un double jeu de miroir au propre regard du peintre s’observant lors de l’exécution de l’autoportrait. Soi-même et l’œuvre ne font qu’un.


Ces autoportraits métaphysiques, peints de façon presque obsessionnelle, sont à l’image d'une œuvre, d'une vie, tendues vers un idéal de vérité, à la limite de l’invention. De Chirico s’ingéniait ainsi à brouiller les pistes, changeant les dates ou les titres de ses toiles, prétendant tantôt être Grec, tantôt être né en Italie. Bien qu’il s’en défende dans ses mémoires, on le soupçonne même d’avoir peint d’authentiques faux. Il meurt en 1978. Selon son souhait, sa pierre tombale est demeurée anonyme.


« La question de l’identité est une question métaphysique. »
Pascal Bonafoux, L'Autoportrait (qui ? par soi-même !)




 
 
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